Pourquoi débrancher la 5G ?

Ceci n’est pas un complot. Débrancher la 5G ? est le titre d’un ouvrage publié par un collectif français de chercheurs regroupés autour de Jean-Michel Hupé, lui-même associé au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Malheureusement, on n’y trouve aucune réponse définitive, sinon peut-être ce conseil : permettre à la population d’avoir son mot à dire sur sa propre évolution technologique.

Car s’il y a un dénominateur commun à toutes les critiques et à toutes les théories du complots entourant l’émergence de nouvelles technologies et de nouvelles applications scientifiques comme les vaccins, c’est celui-ci : bien des gens partout dans le monde se sentent dépassés par le progrès qui les entoure et, manifestement, ça les agace.

L’auteur emprunte d’ailleurs ce point de vue et l’adapte à la 5G. Sa prémisse : on n’avait pas besoin de cette nouvelle génération de réseaux sans fil. Sommes-nous tombés dans un piège tendu par les technos pour qu’elles puissent s’en mettre encore plus dans les poches ?

« Le développement de la technologie de téléphonie 5G est un cas d’école de la course en avant technologique et de l’obsolescence programmée », lance-t-il dès l’avant-propos.

Cela donne le ton.

 

Opération séduction

Le premier tiers de l’ouvrage de 155 pages porte sur une opération séduction faite par l’industrie pour convaincre les autorités et le public des bienfaits à venir promis par la 5G, y compris un bon nombre de nouvelles applications révolutionnaires, dont on ne connaît pas encore la nature.

Interventions chirurgicales à distance, réalité virtuelle et augmentée sans fil, voitures autonomes totalement à l’épreuve des accidents… Tout ceci n’est, aux yeux du chercheur, que de la poudre aux yeux pour justifier des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars dans de nouvelles tours cellulaires et de nouveaux appareils sans fil. On parle même déjà des réseaux 6G

Le hic : on ne sait pas si ces technologies verront le jour. On ignore encore plus en ce moment si les bénéfices qu’on tirera de la 5G seront supérieurs à ses inconvénients.

C’est une fuite en avant sur laquelle, à l’évidence, les gouvernements et la société civile ont complètement perdu le contrôle. L’industrie rappelle qu’on ne pouvait pas prévoir avant le lancement des réseaux actuels,
appelons-les 4G ou LTE, l’impact qu’auraient sur l’économie et la société l’iPhone, les téléphones
Android et leurs boutiques respectives d’applications mobiles.

Ce qu’on sait et ce qu’on ignore

Quels sont les inconvénients de la 5G ? Là, on entre dans un espace flou. Le deuxième tiers de Débrancher la 5G ? revisite les craintes que cette nouvelle technologie sans fil ait un impact négatif sur la société, l’environnement et la santé. Surtout, on passe à travers un bon paquet d’études scientifiques qui disent une chose, puis l’autre, et qui se contredisent sans cesse.

L’impact social de la 5G n’est pas bien différent de celui associé à tout le virage numérique actuel. Il est surtout géopolitique : la menace russe et chinoise en matière de cyberterrorisme est réelle et déjà documentée. Le cas de l’équipementier Huawei, banni des réseaux 5G occidentaux, explicite comment le sans-fil est devenu au fil des ans une infrastructure critique pour les États.

L’effet de la mobilité sur les enfants et tout ce temps qu’ils passent devant les écrans est un autre détail qui turlupine le chercheur. Là encore, la 5G ne fera probablement rien pour améliorer la situation, mais on ne peut pas l’accuser d’être à la source du problème.

En matière de santé, le rôle des ondes dans la formation de cancers chez l’humain, l’impact sur le cerveau de la chaleur produite par les téléphones cellulaires ou l’hypersensibilité électromagnétique sont soulevés. L’auteur recense à peu près toutes les études portant sur ces sujets et elles vont dans tous les sens. L’impact de la 5G sur la santé humaine, s’il n’est pas nul, n’est pas différent de l’impact des réseaux actuels.

L’entrée en service de nouvelles fréquences aura quant à elle des effets qu’on ignore à l’heure actuelle.

En somme : on en ignore beaucoup plus sur l’impact de la 5G qu’on en sait.

Devoir collectif

 

« Le passage à la 5G offre une belle opportunité de questionner et de remettre en cause le vide démocratique qui structure pourtant en profondeur nos vies », conclut Jean-Michel Hupé dans la dernière portion de son livre. L’auteur suggère une mise en débat démocratique des choix technologiques à venir.

Évidemment, on ne peut pas prêcher contre la vertu. On ne sait pas comment cela se passe en France, mais au Québec, on demande et redemande sans cesse (et généralement en vain) « un débat de société » sur tout et sur rien. Cela va de l’entretien des piscines privées extérieures aux soins médicaux couverts par l’assurance maladie en passant par la place qu’occupent sur nos routes les vélos et les trottinettes électriques. Faudrait-il ajouter à cette litanie l’évolution des technologies sans fil ?

Cela dit, les technologies sans fil sont déjà encadrées par la loi, aussi incomplète soit-elle. Ceux qui désirent voir la loi changer ont toujours l’option d’exercer leur devoir démocratique et de voter pour le parti qui répondra le mieux à leurs demandes, même si, il faut l’avouer, nos élus ont démontré plus d’une fois leur incapacité à bien encadrer des enjeux technologiques.

Un autre moyen tout aussi puissant que possède le citoyen est son droit de consommer, ou pas, les produits qu’on lui propose. Ces cinquante dernières années, on a vu plus d’une avancée technologique avorter, faute d’une demande suffisante : le successeur du disque compact, la télévision 3D, peut-être la réalité virtuelle… et le Minitel, sorte de rival français d’Internet disparu en 2012.

Bref, Débrancher la 5G ? pose les bonnes questions. On y trouve des réponses éclairantes. Mais comme pour bien d’autres choses, la réponse la plus importante se trouve probablement dans votre portefeuille.

Débrancher la 5G ? Enquête sur une technologie imposée

Collectif Atécopol, Écosociété, Montréal, 2022, 160 pages.

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