L’inflation et le dividende

Le président de la Réserve fédérale des États-Unis prévient que la lutte contre l’inflation sera longue et fera souffrir les ménages et les entreprises. Quant au dividende versé aux actionnaires…

Dans un discours attendu prononcé dans le cadre de la rencontre des banquiers centraux à Jackson Hole, Jerome Powell a prévenu que le retour à la stabilité des prix « prendra du temps » et entraînera « une longue période de croissance plus faible » ainsi qu’« un ralentissement du marché du travail », évitant évidemment le mot « récession ». Si la baisse de l’inflation observée en juillet est la bienvenue, « une amélioration sur un mois est loin d’être suffisante » et devra être confirmée. Sinon, le retour de la hausse des prix autour de 2 % entraînera une série de « coûts regrettables ». Mais y renoncer serait encore plus dommageable, a-t-il martelé, selon le texte de l’Agence France-Presse.

M. Powell a redit que la Fed était prête à « une autre forte hausse exceptionnelle des taux » à la prochaine réunion du Comité monétaire du 21 septembre, après déjà deux resserrements consécutifs de 75 points de base. Il a aussi prévenu que les taux d’intérêt iraient en territoire « restrictif », ajoutant que la barre du taux dit neutre n’était plus d’actualité pour l’instant. Depuis le début de l’année, la Réserve fédérale a fait passer le taux au jour le jour de zéro à une fourchette entre 2,25 % et 2,50 %. Selon Oxford Economics, la Fed est sur la voie d’une hausse additionnelle de 125 points de base d’ici la fin de l’année.

Wall Street a plutôt mal encaissé la dureté des propos de Jerome Powell. Le Dow Jones a chuté de 3 % et effacé plus de 1000 points. Le Nasdaq a abandonné 3,9 % et le S&P 500, 3,4 %.

Année faste pour les dividendes

 

N’empêche qu’un peu plus tôt cette semaine, la firme de gestion britannique Janus Henderson publiait son indice Global Dividend, qui pointe un bond de 11,3 % des dividendes mondiaux entre les deuxièmes trimestres de 2021 et de 2022, et ce, au grand soulagement des actionnaires et des investisseurs institutionnels, dont les portefeuilles sont autrement malmenés par la morosité boursière. La croissance dite sous-jacente ressort à 19,1 % une fois pris en compte le jeu des taux de change, la composition de l’indice impliquant une conversion en dollars américains.

Les dividendes versés ont établi un nouveau record de 544,8 milliards de dollars américains, et 94 % des 1200 entreprises composant l’indice ont augmenté ou maintenu leur dividende. « Il est étonnant de constater que, malgré les énormes perturbations économiques causées par la pandémie, les dividendes mondiaux sont désormais supérieurs au niveau record qu’ils avaient atteint avant la pandémie », remarque Janus Henderson.

Au Canada, ils ont également atteint un record, en hausse de 12,7 % sur une base sous-jacente, grâce aux producteurs de pétrole et aux banques. Ainsi, 97 % des sociétés américaines et canadiennes ont augmenté ou maintenu leurs dividendes, avec les pétrolières revendiquant 40 % de la croissance. Statistique Canada a calculé que les industries non financières ont vu leur bénéfice avant impôt bondir de 30,7 % entre les deuxièmes trimestres de 2021 et de 2022, contre une hausse de 3 % pour les industries financières. Dans le premier camp, les entreprises engagées dans la fabrication de produits pétroliers ont engrangé un bénéfice avant impôt en hausse de 313 % et celles s’activant dans l’extraction pétrolière, de 212 %.

Il y aura ralentissement, compte tenu de la conjoncture. Le cabinet Janus Henderson relève tout de même sa prévision de versements de dividendes mondiaux à 1560 milliards en 2022, soit une croissance globale de 5,8 % en glissement annuel, ou une croissance sous-jacente de 8,5 %.

À voir en vidéo