Lente réglementation crypto

La marche de la réglementation d’un univers évoluant de krach en krach se fait d’un pas plutôt lent. Aux États-Unis, on en est encore à définir la cryptomonnaie.

La cryptosphère connaît cette année l’une des pires corrections de sa jeune histoire. Au-delà des lourdes pertes accusées par les investisseurs, les secousses se veulent plus systémiques, se faisant ressentir sur l’ensemble de la chaîne menant au minage en amont.

Surtout, le krach est venu, une nouvelle fois, braquer les projecteurs sur la fragilité et les lacunes d’un écosystème soumis à tous les risques. Il rend la réglementation plus que nécessaire, un encadrement qui permettra notamment d’instaurer la confiance dans l’industrie et d’attirer davantage d’investisseurs institutionnels.

D’ailleurs, l’univers crypto s’est réjoui cette semaine de voir la géante BlackRock faire fi de sa résistance initiale pour ouvrir à sa clientèle institutionnelle le chemin vers les cryptomonnaies, en commençant par le bitcoin. La plus grande firme de gestion d’investissement au monde, avec 10 000 milliards de dollars américains d’actif sous administration, a connecté sa plateforme technologique Aladdin à la plateforme d’échanges Coinbase.

Le réseau d’Aladdin compte quelque 55 000 professionnels de l’investissement revendiquant un actif sous gestion de 21 600 milliards de dollars américains, soit 4 % de l’actif mondial, écrit GlobalBlock Digital Asset Trading.

Après avoir longtemps associé la monnaie numérique à la fraude et au blanchiment d’argent, BlackRock retient désormais que ses clients institutionnels s’intéressent de plus en plus à une exposition au marché des éléments d’actifs numériques et mettent l’accent sur les moyens de gérer efficacement le cycle de vie opérationnel de ces actifs, poursuit GlobalBlock. Le spécialiste en courtage d’actifs numériques cite également les conclusions d’un rapport d’EY indiquant que près du quart des gestionnaires de fonds prévoit d’accroître son exposition aux cryptoactifs au cours des deux prochaines années.

Petits pas réglementaires

 

Mais l’heure est toujours aux petits pas sur la scène réglementaire aux États-Unis, au grand désarroi des autorités judiciaires. Ce n’est que récemment que les enjeux liés à la cryptosphère reçoivent la pleine attention du Congrès américain. Les défenseurs de la monnaie numérique se réjouissaient du dépôt, mercredi, d’un projet de loi bipartisan proposé par les leaders du Comité sénatorial de l’agriculture.

Ce dernier, qui supervise la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), veut accorder à la CFTC une « compétence exclusive » sur les transactions de cryptomonnaie en conformité avec la loi sur les matières premières.

S’il est adopté, l’on accolerait à la monnaie numérique la définition de « marchandise numérique » plutôt que celle de valeur mobilière. L’on confierait également au CFTC, plutôt qu’à la Securities and Exchange Commission, la responsabilité de superviser les transactions et de forcer l’enregistrement des plateformes de marchandises numériques. Et ce, au plus grand souhait d’une industrie estimant que la CFTC lui est
plus favorable.

On en est là au sud de la frontière, 13 ans et trois gros krachs plus tard, après une douzaine de fraudes et de montages à la Ponzi et des centaines de milliards de dollars évaporés, rappelait l’Associated Press.

Pendant ce temps, le bitcoin s’échangeait vendredi sous les 23 000 $US, à 67 % sous son sommet de novembre 2021. Il domine le marché avec une part de 41 % d’une capitalisation qui, revenant au-dessus de 1000 milliards de dollars, n’en est tout de même qu’au tiers de son sommet de 3000 milliards établi en novembre.

Carte de la réglementation

 

La plateforme de comparaison de produits Hello Safe s’est intéressée à la légalisation des cryptomonnaies dans les pays à l’échelle planétaire. Elle propose une carte, avec juillet 2022 comme dernière mise à jour. On y voit qu’en juillet dernier, 99 pays (50,8 %) autorisent l’utilisation de cryptomonnaies.

Au Canada, les transactions via des cryptomonnaies sont totalement autorisées. L’usage de ces monnaies est légalisé dans les 27 pays de l’Union européenne. Après l’Europe, l’Amérique est le deuxième continent qui compte le plus de pays autorisant les cryptomonnaies, avec 51,4 % d’entre eux (18 pays). Le Salvador et la Centrafrique sont les deux seuls pays au monde à avoir reconnu le bitcoin comme monnaie officielle,
résume Hello Safe.

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