Quoi prioriser quand l’inflation s’emballe?

Certains sont fortement préoccupés par la hausse du coût de la vie et s’adaptent rapidement ; d’autres choisiront peut-être de se réfugier dans le déni, tant qu’ils ne feront pas face au pire. Pourquoi ? D’abord parce que, ces 10 dernières années, l’accès au crédit a été si facile, si « abordable », diront certains, que le taux d’endettement des ménages canadiens a crû jusqu’à accaparer 186,2 % de leurs revenus disponibles en 2021. Or, notre relation avec l’argent est aussi une relation émotive. Après avoir travaillé si fort pour gagner son pain, qui ne s’est pas déjà dit : « Je le mérite bien » ?

Dans le contexte actuel où tout coûte objectivement plus cher, le pire serait de maintenir cette attitude. Cela pourrait compromettre vos objectifs financiers à plus long terme, vous forçant, dans quelques années, à constater que votre épargne a ralenti ou, pire, stagné, ou encore que votre bilan financier s’est détérioré avec l’augmentation de la dette.

Priorité à l’épargne avant tout

D’abord, déconstruisons l’idée voulant qu’épargne rime avec privation. Épargner, c’est se donner de l’argent à soi-même en premier. Investir est un privilège. Et c’est surtout la plus belle récompense que vous puissiez vous offrir après avoir consacré tant de temps à générer votre revenu. Je pense que beaucoup sous-estiment la quiétude que peut procurer un plan d’épargne par comparaison avec la satisfaction artificielle — et surtout très brève — qui vient avec la consommation de biens matériels.

Pour la majorité des gens, le montant disponible pour l’épargne est celui qui reste à la fin de l’année. La nature humaine étant ce qu’elle est, cette stratégie — spécialement dans un contexte de société de consommation — s’avère insuffisante dans la plupart des cas. Or, votre priorité en contexte d’inflation sera d’accorder à l’épargne une importance capitale. Le tout au moyen d’une stratégie claire.

Bien que les formules universelles n’existent pas en finances personnelles, vous devriez peut-être envisager une réflexion et, surtout, une planification complète si vous n’épargnez pas 10 % de votre revenu net.

Vous avez bien lu : 10 %. Ce constat peut faire mal, mais en période d’incertitude économique, l’épargne vous permettra de vous placer, vous, au centre de vos priorités. Votre bonheur ou votre liberté à court terme en seront peut-être affectés, mais ce sera passager. Et plus vous ferez ce constat tôt dans votre vie, moins les rajustements vous paraîtront douloureux.

Attitude gagnante : être proactif

Vous ne pouvez pas contrôler la hausse du coût de la vie ni l’imminence d’une récession, mais il vous est très certainement possible de prendre certaines décisions avant qu’il ne soit trop tard.

D’abord, revoir son budget. En tant que maître de vos finances, vous avez toujours le choix d’analyser vos dépenses actuelles et passées afin de dresser un budget pour suivre et modifier celles-ci. Le budget se compose de dépenses fixes sur lesquelles la hausse de l’inflation pèse directement. Une analyse des dépenses réelles faites au cours des 6 à 12 derniers mois est la première étape requise. Elle vous permettra d’évaluer avec précision les catégories de dépenses qui vous coûtent le plus cher. Les dépenses discrétionnaires, quant à elles, sont aussi soumises à l’inflation, mais elles ne sont pas « nécessaires » et ce sont celles que vous pouvez contrôler, même si c’est désagréable.

Reporter certaines dépenses. Bien que cela ne soit pas nécessairement la recommandation la plus agréable à entendre, face à l’incertitude économique des prochains mois, et étant donné la hausse du coût de la vie et des taux d’emprunt, faire preuve d’un optimisme prudent va nécessiter, selon moi, certaines décisions difficiles. Vous devriez reporter, voire annuler, tous vos projets et travaux non urgents, par exemple cette nouvelle salle de bains ou ce nouvel ensemble de patio, votre voyage, etc.

Rembourser vos dettes de consommation. Faites les choix qui s’imposent afin de réduire au maximum vos dépenses ou d’éliminer vos dettes à taux d’intérêt élevé ou variable (en hausse !). Si le recours au refinancement hypothécaire quand les taux étaient très bas vous a semblé une bonne chose, le même choix dans un contexte de hausse des taux devient vite financièrement insensé.

Vous l’aurez compris, l’exercice budgétaire touche aux valeurs personnelles. Et lorsque le coût de la vie augmente, dans la mesure où on souhaite maintenir l’épargne, établir ses priorités devient vite incontournable. L’idée n’est pas de se priver de tout et de renoncer à tout plaisir immédiat, mais de trouver un équilibre.

Cette chronique fait relâche jusqu’à la fin du mois d’août. Je vous invite dans l’intervalle à me soumettre vos études de cas, vos questions et vos suggestions de sujets à explorer cet automne à slachapelle@ledevoir.com.

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