Carburer à l’essence

Il y a une forte odeur d’essence dans la plus forte hausse annuelle depuis janvier 1983 de l’indice des prix à la consommation (IPC) observée en mai. La saison des vacances s’amorce avec des coûts à la pompe en hausse de près de 50 % en un an.

L’inflation a poursuivi sa folle ascension en mai, avec un saut de 7,7 % comparativement à mai 2021, accélérant le rythme après une hausse de 6,8 % enregistrée en avril. L’accélération est principalement due à l’augmentation de 12 % des prix de l’essence d’avril à mai. Statistique Canada ajoute que, sans l’essence, l’IPC a augmenté de 6,3 % d’une année à l’autre en mai, contre une progression de 5,8 % en avril, ce qui confirme des hausses de prix généralisées et éloigne l’atteinte d’un pic inflationniste fortement attendu.

Les prix de l’énergie ont augmenté de 34,8 % d’une année à l’autre en mai. Pour l’essence, les consommateurs ont payé 48 % de plus qu’en mai 2021. La majoration des prix du pétrole brut aura aussi entraîné une hausse (de 95,1 %) des prix du mazout et d’autres combustibles, ajoute l’agence fédérale.

Intentions de voyage

 

Statistique Canada a lié l’augmentation des prix du pétrole brut en mai à l’incertitude à l’égard de l’offre dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais aussi au rebond de la demande sous l’effet de l’augmentation continue du nombre de voyages par suite de l’assouplissement des restrictions liées à la COVID-19.

Le mois dernier, le nombre de résidents canadiens qui sont revenus de l’étranger en avion s’est élevé à 1,1 million, soit une augmentation de plus de 1 million par rapport à mai 2021. De plus, 1,4 million de résidents canadiens sont revenus des États-Unis à bord d’une automobile, soit une augmentation de plus d’un million de voyages depuis mai 2021.

Cette pression haussière exercée par les voyages pourrait se poursuivre durant l’été. Dans le sondage de juin de CAA-Québec, il est ressorti que le désir de prendre des vacances était très fort pour 67 % des Québécois. Malgré des prix records à la pompe, 69 % des vacanciers indiquent que l’automobile reste le moyen de transport qui sera le plus utilisé. Ce qui n’empêche pas le sondage d’évoquer un retour en force des voyages par avion, « alors que 15 % des voyageurs s’envoleront vers leur destination, une hausse de 10 points depuis l’an dernier », et non loin des 19 % comptabilisés en 2019.

Mais si l’automobile reste privilégiée, 43 % des vacanciers affirment que la hausse du prix de l’essence aura un impact sur la planification de leurs vacances. « Les principaux changements observés sont la distance de leur itinéraire, les déplacements une fois à destination ou les dépenses en restauration et en divertissement. »

Fait à noter, l’engouement pour les véhicules récréatifs continue sa progression, alors que 10 % des vacanciers en feront leur moyen de transport principal, soit le double des résultats d’avant la pandémie. Le sondage ne dit toutefois pas si ces VR vont demeurer immobilisés plus longtemps dans les terrains de camping.

Taxes sur l’essence

Dans la foulée, les pressions sont très fortes pour que les gouvernements abaissent leurs taxes sur l’essence comme moyen d’adoucissement. Le président américain, Joe Biden, a annoncé mercredi qu’il voulait supprimer pour la saison estivale la taxe fédérale sur le gallon d’essence et de gazole, tout en exhortant les États à alléger ou à retirer leurs propres taxes. L’influente patronne du camp démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait rejeté la semaine dernière une telle idée, qui relève selon elle du « showbiz », souligne un texte de l’Agence France-Presse, qui rappelle également les déclarations en 2008 de Barack Obama qui, sur fond de hausse des prix du carburant déjà, qualifiait la suspension de taxe de mesure « gadget ».

D’autant que le problème demeure un déséquilibre entre l’offre et la demande, amplifié par la poussée spéculative gonflant d’au moins 25 % les cours énergétiques actuels.

À ces distorsions sur les prix du brut s’ajoute la montée des marges de raffinage, dont les capacités hors Russie, déjà sous tension, subissent les effets des sanctions. Au cours de la dernière année, l’influence de la marge de raffinage sur l’évolution des prix à la pompe a été 1,4 fois plus élevée que celle du prix du brut.

Sans oublier que l’expérience indique que de telles réductions vont rarement totalement garnir les poches des consommateurs. Sans compter, également, le signal qu’enverraient les gouvernements quant au sérieux de leurs engagements climatiques.

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