Apple joue les rétrofuturistes

Le MacBook Air est offert cet été en quatre couleurs, dont un bleu-noir appelé « Minuit » qui était jusqu’ici inédit dans le catalogue de portables d’Apple.
Photo: Chris Tuite Agence France-Presse Le MacBook Air est offert cet été en quatre couleurs, dont un bleu-noir appelé « Minuit » qui était jusqu’ici inédit dans le catalogue de portables d’Apple.

Apple a marqué un grand coup en lançant, il y a deux ans, une première génération de Mac dénués d’un processeur Intel. Le fabricant californien poursuit dans cette voie cet été en proposant deux blocs-notes animés par la deuxième génération de son propre système sur puce appelé M2. Une prise en main confirme le gain de puissance, mais dans le cas du MacBook Pro, on reste sur notre faim.

Sans doute que le MacBook Air, l’autre Mac qui hérite en primeur de la puce M2, s’avère la meilleure prise des deux nouveautés estivales. L’appareil coûte à la base 200 dollars de moins et, sur papier, sa mécanique ne souffre pas tant de la comparaison avec le Pro à écran de 13 pouces.

Celui-ci est le seul des trois MacBook Pro à hériter de la nouvelle puce. Elle est un peu plus grosse que sa prédécesseure et ne peut simplement être greffée à sa place. Il faut revoir un peu l’agencement des composants internes pour que tout cadre sous le même boîtier.

Car c’est un peu ça, aussi : ce nouveau Mac a une mécanique digne du futur, mais il conserve la même allure qu’en 2016. Il revient avec deux ports USB-C Thunderbolt d’un côté et une sortie pour un casque d’écoute de l’autre. Apple n’ajoute même pas son fameux port d’alimentation MagSafe qu’on trouve pourtant ailleurs.

On reconnaît au premier coup d’oeil l’infâme barre tactile Touch Bar en haut du clavier, qui heureusement laisse de la place pour un lecteur d’empreinte et une touche d’échappement matérielle, ce qui évite de les activer par erreur. Mais cette barre tactile, conçue pour afficher des touches d’action rapide selon l’application ouverte, est toujours aussi superflue qu’en 2016, année de sa mise en marché initiale.

M2 : oui, mais…

Sous le capot, le MacBook Pro gagne quelque 20 % en muscle et près de quatre heures en autonomie pour un total avoisinant les 20 heures de lecture vidéo. C’est très bien. Sa nouvelle puce n’a toutefois pas la même agilité que ses deux homologues plus imposants. Les MacBook Pro à écran de 14 et 16 pouces sont animés par une version révisée de la puce M1 appelée M1 Pro. Chez Apple, on le concède d’emblée : la puce M2 a été conçue pour être supérieure à la M1 de base, pas aux autres.

Il faut dire qu’à 1700 dollars, le modèle à écran de 13 pouces est autrement plus abordable que les deux autres, vendus à partir de 2500 dollars.

Alors, qu’est-ce qui fait de ce MacBook un… Pro ? Un système de ventilation qui garde sa quincaillerie au frais quand la performance de pointe est de mise. Une pointe qui, expliquaient les ingénieurs d’Apple durant sa conférence des développeurs au début juin, n’est activée que quand c’est réellement nécessaire. Comprendre : pas souvent.

Durant une semaine d’essais, sauf pendant les bancs de performance comparée qui poussent volontairement la machine à fond, la ventilation s’est fait entendre un nombre de fois comparable au nombre de voies ouvertes la nuit ces jours-ci dans le tunnel Ville-Marie, à Montréal. Lire : pas souvent.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, à grands coups d’édition vidéo et de montage multimédia. Résultat : la ventilation est audible, mais moins que sur les modèles précédents. L’encodage, lui, se fait à une vitesse tout à fait acceptable. Pour ça, l’appareil hérite d’un « moteur multimédia » qui ajoute une accélération matérielle bienvenue lors de la lecture ou de l’encodage de fichiers contenant du son, de l’image ou les deux. Même dans des formats plus lourds, comme de la vidéo en ultra haute définition (UHD ou 4K). Sa carte graphique compte aussi deux coeurs de plus que celle du MacBook Air.

On n’a pas pu essayer le MacBook Air à puce M2. Une chose à la fois… mais on a l’impression que le temps gagné en utilisant un Pro pour du travail informatique un peu plus exigeant n’est pas énorme. Évidemment, la différence de prix entre les deux modèles laisse aussi entendre qu’ils ont davantage de similitudes que de différences.

Une autre de ces différences est l’affichage. Le MacBook Pro a une densité de pixels par pouce un brin supérieure (227 ppp contre 224 pour le MacBook Air). Son affichage a un cadre un peu plus large qui masque la caméra Web. Pas d’encoche noire au haut de l’écran pour lui !

Gris ou gris

 

Il y a une catégorie de professionnels qui n’en démordent pas : il leur faut un MacBook Pro pour travailler. Même si, souvent, ce travail ne nécessite pas une mécanique très puissante. Jusqu’à tout récemment, il y avait un gouffre qui séparait la gamme Pro des autres Mac. Il faut dire que, pendant quelques années, les MacBook d’entrée de gamme étaient animés par une version mobile et, disons, édulcorée de processeurs pas très puissants conçus par Intel.

Cette époque est bien révolue. Chez Apple, on sait dans quel sens souffle le vent. Le MacBook Pro est au deuxième rang des ordinateurs portables les plus vendus dans le monde, tout juste derrière… le MacBook Air. Ce dernier est offert cet été en quatre couleurs, dont un bleu-noir appelé « Minuit » qui était jusqu’ici inédit dans le catalogue de portables d’Apple.

Pas de ça pour le MacBook Pro : c’est gris… ou c’est gris. Un peu étonnant de la part d’une société qui n’a jamais craint d’être plus colorée que les autres. Mais cela révèle peut-être quelque chose de plus fondamental à propos du nouveau venu : l’appareil fera l’affaire des habitués. Il permet à Apple d’offrir un Pro amélioré et à petit prix qui ne fera aucune ombre aux autres Pro, plus puissants.

Mais, de toute évidence, le MacBook Pro est destiné à demeurer le numéro deux dans le catalogue de portables d’Apple.

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