De l’inflation à la récession

Sur les marchés financiers, l’attention des investisseurs s’est déplacée des dérives accompagnant l’inflation galopante à la crainte d’une récession. Entre les deux, la stagflation voudrait se manifester.

On voit, d’ailleurs, les banques centrales s’engager inconditionnellement à rétablir la stabilité des prix et employer un ton ferme, projetant des taux directeurs au-dessus des 3 % — au-delà des taux dits neutres — d’ici le début de 2023, une hausse qui viendrait s’ajouter aux effets de la fin de l’assouplissement quantitatif.

Mais au-delà du durcissement des intentions visant aussi la prévention d’un désancrage des attentes inflationnistes, on voit déjà que, seulement à mi-chemin de ce parcours, les dernières hausses du taux sur le financement à un jour produisent certains effets sur la demande. On les observe ici et là dans les secteurs des biens et des services aux États-Unis. L’érosion de la confiance des ménages se manifeste sur les dépenses en biens durables et discrétionnaires, ce qui ralentit la production industrielle et le taux d’utilisation des capacités manufacturières, tandis que le refroidissement du marché immobilier, des deux côtés de la frontière, surprend les analystes par sa rapidité.

Pour en rajouter, le Conference Board a révélé que 75 % des 750 patrons interrogés dans le monde considéraient soit qu’une récession se profilait à l’horizon, soit qu’elle était déjà effective. Il faut rappeler que le PIB américain s’est contracté au premier trimestre et que l’antenne d’Atlanta de la Réserve fédérale a révisé à 0 % sa prévision de taux de croissance pour le deuxième trimestre, lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse.

Bay Street rattrapée

 

À Bay Street, la soudaine forte contraction cette semaine de l’indice S&P/TSX vient témoigner de ce déplacement des préoccupations vers la récession, même si l’inflation n’a pas dit son dernier mot, comme pourrait en témoigner la statistique sur l’indice des prix à la consommation, attendue à la hausse mercredi. Car historiquement, l’inflation sied bien à une Bourse de Toronto sous l’influence du poids des matières premières et du secteur du pétrole et du gaz dans son indice de référence. D’ailleurs, un fonds négocié en Bourse (FNB) engagé dans le pétrole et le gaz peut facilement afficher un rendement total de 40 % depuis le début de l’année.

L’indice de référence du parquet torontois a abandonné 6,6 % cette semaine, et ainsi enregistré sa pire performance hebdomadaire en plus de deux ans et gonflé à 14 % son recul depuis le début de l’année.

Ailleurs, sur Wall Street, la hausse des taux d’intérêt pour lutter contre le dérapage inflationniste puis, désormais, l’augmentation des probabilités d’une récession plombe les indices de référence, sous l’influence des valeurs technologiques hautement sensibles en ce qui concerne le loyer de l’argent. Le S&P 500 est désormais en repli de 23,5 %, du sommet du 3 janvier au creux de jeudi, et le Nasdaq, en repli de 33,7 % depuis son haut de novembre. Ici, un FNB tout technologie peut aisément comptabiliser une perte sur papier de plus de 32 % depuis le début de l’année.

Dans d’autres classes d’actifs, les pertes sur papier gravitent autour de 15 %, que l’on soit avec un portefeuille conservateur, équilibré ou obligataire —, les actions et les obligations ayant affiché une corrélation positive en écho aux pressions haussières sur les taux. Parmi les moins fortes pertes, les FNB à dividende élevé, à actions valeur ou exclusivement consacrés aux services publics et aux infrastructures montrent des rendements négatifs depuis le début de l’année, sous les -5 %. S’y ajoutent les fonds alternatifs liquides, avec un indice Alternative Mutual Funds de la Banque Scotia en recul de 2,4 % après cinq mois.

On voit les investisseurs rediriger leurs liquidités vers les titres défensifs et recourir à la méthode de la moyenne d’achat afin d’abaisser le coût moyen de leurs positions existantes. Des gestionnaires de portefeuille articulent aussi leurs stratégies autour d’obligations afin de tirer profit des taux plus élevés après une longue période de faiblesse, et de bénéficier des gains à l’échéance à attendre des obligations déjà émises, voyant leurs cours déprimer sous la montée des taux.

Selon un survol de la Banque Nationale, le S&P 500 a connu 11 épisodes de correction de 20 % ou plus (du sommet au creux) depuis 1956, dont huit ayant été accompagnés d’une récession. Le recul s’étend sur 297 jours, en moyenne, s’il est accompagné d’une récession, de 141 jours sinon. La perte totale de l’indice atteint 37 % et 28 % respectivement.

Nous en sommes présentement à 165 jours.

 

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