Et la gagnante est…

L’an dernier, la Fédération canadienne des contribuables avait décerné son prix Teddy pour la dilapidation de fonds publics à l’ex-gouverneure générale du Canada Julie Payette pour avoir « déshonoré la fonction de gouverneure générale tout en gaspillant des millions de dollars de l’argent des contribuables ».

Mme Payette l’avait emporté sur des concurrents aussi redoutables que l’ex-ministre de la Santé Patty Hajdu, qui avait dépensé 73 000 $ pour des vols de fin de semaine afin de retourner chez elle à Thunder Bay, alors qu’elle recommandait aux Canadiens de ne pas se déplacer en raison de la pandémie, ou encore au ministère Affaires mondiales Canada, lauréat de l’année précédente, pour avoir consacré 60 000 $ à une exposition de jouets sexuels géants en Allemagne et à une autre qui présentait des photographies prises par Bryan Adams.

L’actuelle gouverneure générale, Mary Simon, a pris une sérieuse option sur le prix 2022 avec sa facture de 80 000 $ pour des services de traiteur dans l’avion qui l’amenait à Dubaï, en mars dernier, avec une suite royale, pour faire acte de présence à l’exposition universelle.

Apparemment, Mme Simon se serait elle-même émue du montant élevé de ces dépenses et en rejette la responsabilité sur les ministères de la Défense nationale et des Affaires étrangères.

Peut-être la facture lui avait-elle été présentée en français, dont l’apprentissage demeure son calvaire, et peut-être n’avait-elle pas réalisé le caractère scandaleux de ce traitement de pacha, alors que les Canadiens n’arrivent plus à suivre la hausse du coût de la vie. Il est vrai que cela a dû lui paraître bien modeste à côté des fastes de l’émirat.

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À Ottawa comme à Québec, la classe politique a senti le besoin de s’indigner, mais le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, n’a pas voulu dire s’il trouvait ces dépenses « raisonnables » ou non, expliquant ne pas connaître le « contexte » de ces agapes.

Ces choses-là sont délicates. Lors de son mémorable voyage en Inde, on avait aussi reproché au premier ministre Trudeau d’avoir fait venir un chef cuisinier à grands frais pour régaler ses hôtes. Que celui qui n’a jamais péché lance la première pierre…

Ce n’est évidemment pas d’hier que les dépenses excessives du gouverneur général font les manchettes. Avant Julie Payette, il y avait eu David Lloyd Johnston, Michaëlle Jean, Adrienne Clarkson… C’est pratiquement devenu la norme.

« Être nommé gouverneur général, c’est un peu comme gagner une succession de tirages à la loterie », écrivait l’an dernier le directeur de la Fédération canadienne des contribuables pour le Québec, Renaud Brossard. Il y a la résidence de Rideau Hall, la Citadelle de Québec, les voyages et autres petites gâteries, mais le vrai gros lot est surtout ce qui permet d’embellir la retraite, soulignait-il.

Par exemple, une pension annuelle de 150 000 $ à vie, peu importe l’âge du bénéficiaire ou la durée de son mandat. En admettant que Mme Payette vive jusqu’à 90 ans, M. Brossard avait calculé que cela totaliserait près de 5 millions de dollars. Tout ex-gouverneur général peut en outre facturer jusqu’à 206 000 $ par année en billets d’avion, repas, hôtels et frais de bureau.

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Tout le monde sait bien que cela n’a aucun sens. Une étude sur la question avait été commandée en 2018 par le gouvernement Trudeau, mais elle n’a jamais eu de suite. Pas plus que la pétition mise en ligne par le sénateur Claude Carignan, qui avait également présenté un projet de loi visant à éliminer la pension et les frais de représentation accordés à Mme Payette, qui avait dû quitter ses fonctions prématurément à la suite d’un rapport dévastateur sur le climat toxique qu’elle avait installé à Rideau Hall.

En avril dernier, un sondage Angus Reid révélait que 71 % des Québécois étaient favorables à l’abolition de la monarchie au Canada. Dans l’ensemble du pays, une courte majorité (51 %) était du même avis. Bien entendu, cela nécessiterait de modifier la Constitution, autrement dit de rouvrir la boîte de Pandore et de provoquer ainsi un nouveau psychodrame.

Le « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec », qui tient lieu de politique constitutionnelle à la CAQ, prévoit l’abolition de la fonction de lieutenant-gouverneur, ce qui exigerait aussi l’accord d’Ottawa et de l’ensemble des provinces canadiennes.

Certes, l’avenir de la nation ne tient pas à l’élimination de ces prévenances dont on entoure la représentante de Sa Gracieuse Majesté, mais le maintien d’une institution aussi désuète que coûteuse n’en illustre pas moins l’incapacité du fédéralisme canadien à se moderniser, ni même à simplement faire preuve de décence.

Cette chronique sera de retour au déclenchement de la campagne électorale. Bon été à tous.

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