L’érosion du pouvoir d’achat reste palpable

La croissance des salaires a beau s’accélérer, elle ne parvient qu’à atténuer l’érosion du pouvoir d’achat. Le Québec s’en sort beaucoup mieux depuis quelques mois, mais les tensions sur le coût de la vie restent palpables.

Statistique Canada souligne que le salaire horaire moyen de l’ensemble des employés a progressé de 3,9 % (+1,18 $, à 31,12 $) sur 12 mois en mai au Canada, en hausse par rapport à l’augmentation de 3,3 % observée en avril. Le Québec se démarque en la matière avec une augmentation de 6,9 % (+1,97 $, à 30,46 $) par rapport à mai 2021, contre 5,7 % en avril, indique l’Institut du Québec. Le tout étant à mettre dans la perspective d’une hausse des prix à la consommation se vivant en accéléré depuis près d’un an, pour atteindre 6,8 % d’une année à l’autre en avril, contre 6,7 % en mars.

Or, derrière cette moyenne, on observe que les Québécois ont payé 9,2 % de plus en avril pour les aliments achetés en magasin comparativement à avril 2021, alors que les frais de logement ont augmenté de 6,9 % . Les coûts de transport ont bondi de 12 % d’une année à l’autre, dont 42,1 % pour l’essence, alors que les prix de la composante Énergie sont en augmentation de 27,4 %. La hausse de la facture a été de 8,8 % pour l’achat de biens, de 4,7 % dans les services.

L’inflation se montre des plus tenace et si l’on se fie au dérapage observé aux États-Unis, rien n’indique une accalmie dans les prochaines statistiques. S’ajoute à la réalité de chacun l’impact d’une hausse des taux d’intérêt, qui s’annonce pour être plutôt ressenti.

À l’échelle canadienne, l’accélération de la croissance du salaire horaire moyen mesurée en mai a été un peu plus forte chez les employés permanents (+4,5 % sur 12 mois) et les employés à temps plein (+4,3 %). Elle a été également plus élevée pour les hommes (+4,2 %, à 32,95 $) que pour les femmes (+3,7 %, à 29,23 $). Faible consolation, depuis janvier, la croissance mensuelle sur 12 mois a été constante pour le salaire des femmes, le taux d’augmentation partant de 1,5 % en janvier, alors qu’elle a été relativement stable du côté des hommes.

Enfin, la hausse a été de 5,1 % chez les non-syndiqués, de 2 % chez les syndiqués.

Tension palpable

 

La tension est palpable. Statistique Canada revient à son Enquête canadienne sur la situation des entreprises, au deuxième trimestre de 2022, où on lit que 55,2 % des entreprises disaient s’attendre à ce que l’inflation devienne un problème plus important lors de leurs discussions avec leurs employés au sujet de l’augmentation des salaires au cours des 12 prochains mois, y compris plus des trois quarts des entreprises des services d’hébergement et de restauration.

Le constat est clair. Dans l’enquête menée par Statistique Canada publiée jeudi, près de trois Canadiens sur quatre ont déclaré que la hausse des prix a une incidence sur leur capacité à assumer leurs dépenses quotidiennes comme le transport, le logement, les aliments et l’habillement.

Il en résulte une modification des comportements pour s’adapter à cette nouvelle réalité, notamment en modifiant les habitudes de dépenses et en reportant l’achat d’une maison ou le déménagement dans un nouveau logement locatif.

Lorsqu’il leur a été demandé dans quel domaine ils ont été les plus touchés par la hausse des prix au cours des six mois précédant l’enquête, 43 % des répondants ont souligné les aliments.

Suivent le transport (32 %), le logement (9 %) et les dépenses courantes du ménage (8 %). « En raison de la hausse des coûts dans d’autres catégories, comme le logement et le transport, les Canadiens ont également été moins en mesure de prévoir des fonds pour les aliments. » Parmi les autres
observations :

20 % des Canadiens ont déclaré qu’il était très (7 %) ou plutôt (13 %) probable que leur ménage doive se procurer des aliments ou des repas auprès d’organismes communautaires ;

27 % ont déclaré avoir dû emprunter de l’argent à des amis ou à des parents, s’endetter davantage ou avoir recours au crédit pour assumer leurs dépenses quotidiennes au cours des six mois précédents ;

24 % ont déclaré avoir dû puiser dans leur épargne pour payer leurs dépenses. Par ailleurs, 29 % ont déclaré qu’ils épargnaient moins et 19 % ont déclaré qu’ils ne sont plus en mesure de le faire chaque mois.

On peut également rappeler que chez les consommateurs québécois, le nombre de dossiers d’insolvabilité compilés par le Bureau du surintendant des faillites a bondi de 25 % entre février et mars. Sur une base trimestrielle, l’augmentation dépasse les 8 % par rapport au quatrième trimestre de 2021.

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