Inflation dans le renouvelable

e développement des énergies renouvelables se ressent fortement de l’inflation des coûts des intrants, à laquelle s’ajoute un coût du financement plus élevé. Une mise en pause pourrait suivre l’an prochain après l’ajout de nouvelles capacités records en 2021 puis en 2022.

La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) indiquait que, sous le coup du renchérissement des frais de transport et de l’explosion des cours des matières premières, la facture des investissements entrant dans la construction de nouvelles capacités de production d’énergie renouvelable a fait un bond de 15 à 25 % entre 2020 et 2022. La guerre de Vladimir Poutine contre l’Ukraine est venue amplifier un mouvement haussier qui s’installait déjà sous l’influence de la transition énergétique et qui effritait une décennie d’allégement des coûts dans cette filière avant la pandémie.

Le prix du cobalt a plus que doublé en un an. Celui du nickel a effectué un saut de 94 % de janvier 2021 à mars 2022, de 76 % pour l’aluminium, de 34 % pour le cuivre… de 738 % pour le lithium. Pour les batteries aux ions de lithium des voitures électriques, la part des alliages de cathodes est passée de 3 % du coût total en 2015 à plus de 20 % sous l’effet d’une demande excédentaire accrue, a illustré l’AIE, dans un texte de l’Agence France-Presse (AFP).

Les sanctions en réaction à l’attaque non provoquée de l’Ukraine vont ajouter leur effet. Gestion de placements Manuvie écrivait en février que la Russie est l’un des plus grands producteurs mondiaux de métaux critiques. Elle est le plus important exportateur de palladium (20,7 % du volume total) et se classe au deuxième rang derrière le Chili pour ce qui est du cuivre affiné (7,1 %). Le pays détient également la troisième position pour le nickel (11,2 %) et l’aluminium (9 %).

Quant aux coûts de transport, point d’assouplissement à l’horizon. À l’impact sur les cours pétroliers d’une demande croissante face à une offre serrée s’ajoute une contrainte de capacité de raffinage plutôt ressentie. La Russie est le deuxième exportateur net de pétrole, mais aussi de produits pétroliers. Avant la guerre, elle dirigeait 75 % de ses exportations de produits raffinés vers l’Europe et les États-Unis, a rappelé lundi le Financial Post dans un blogue. Il découle des sanctions de fortes pressions sur des capacités de raffinage hors Russie déjà sous tension, propulsant à la hausse des prix de l’essence et du diesel déjà stratosphériques.

On voit l’influence du raffinage dans les données des prix à la pompe colligées par Kalibrate. Pour l’essence ordinaire à Montréal, au 2 juin dernier, le prix de gros affichait la plus forte progression sur un an, de 84 %, contre 63 % pour le prix du brut. La marge de raffinage comptait pour 25 % du prix à la pompe, contre 16 % en juin 2021. Il s’agit d’une augmentation de 56 %, alors que le poids du brut est resté en définitive inchangé.

Encore concurrentielle

 

L’AIE se réjouit, toutefois, que l’énergie d’origine renouvelable reste concurrentielle par rapport aux autres énergies. Elle l’est davantage, et de loin, si on ajoute les externalités négatives de l’énergie fossile au jeu des comparaisons. Le pétrole brut, qui est aujourd’hui le combustible fossile le moins cher par unité d’énergie selon la Banque mondiale, a vu son prix multiplié par quatre depuis le creux d’avril 2020, et haussé de 63 % sur un an.

Et l’AIE disait en mai s’attendre à de nouveaux records cette année en matière de nouvelle capacité de production. Aux préoccupations de fond en matière de sécurité énergétique et de changement climatique se greffe le conflit en Ukraine, qui force les pays de l’Union européenne à se défaire de leur dépendance au pétrole et au gaz russe, dans le cadre d’un exercice plus large de refonte de leur mix énergétique. L’Agence prévoit que 320 gigawatts d’énergie renouvelable seront mis en ligne cette année, soit l’équivalent de la demande annuelle totale de l’Allemagne, surpassant son record de 295 gigawatts, établi l’an dernier sous l’action des engagements dans l’énergie solaire de la Chine, de l’Union européenne et de l’Amérique latine. Il s’agissait d’une hausse de 6 % par rapport à 2020, qu’il faut inscrire dans un contexte de distorsions sur la chaîne d’approvisionnement.

« L’impact de la pandémie de COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont poussé l’inflation à des sommets de plusieurs décennies et entraîné une flambée des prix de l’énergie dans certaines économies avancées, laissant les décideurs politiques se démener pour trouver une énergie moins chère et fiable », lit-on dans un texte de l’AFP.

La croissance devrait toutefois plafonner l’année prochaine, les progrès de l’énergie solaire étant compensés par une baisse de 40 % de l’expansion de l’hydroélectricitéet une croissance stagnante de la production d’énergie éolienne, prévoit l’AIE.

Mais quant à la biocapacité de la Terre de répondre à cette demande en croissance exponentielle, l’AIE invite les industriels à innover pour réduire fortement leurs besoins en métaux.

 

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