Roman québécois: Hymne à l'amour

Son éditeur le présente ainsi: Pierre Monette a fait de la radio pendant quelques années, de l'enseignement pendant trop longtemps, pas assez de voyages, trop d'articles et quelques livres. Mais il a vécu quinze ans avec Diane.

Dans Dernier automne, un récit poignant, Pierre Monette raconte en pointillé les derniers mois d'existence de sa compagne de vie atteinte d'un cancer incurable. «La plupart des gens font quelque chose de leur vie; je voudrais faire quelque chose de la mort de Diane — ne serait-ce qu'un livre.» Par-delà l'indicible de la perte, la voix de l'écrivain s'élève, entre cris et chuchotements.

Malgré la gravité des propos et les boules d'émotion qui serrent la gorge, la vie, obsédante, ne cesse de résonner. L'annonce de la disparition prochaine de sa compagne a pour effet de magnifier l'importance de chaque jour qui passe, de voler à la mort des moments de tendresse et de sérénité.

Le récit est à l'image des quarante-huit préludes et fugues qui composent Le Clavier bien tempéré de Bach, par Glenn Gould, que Diane écoute en faisant la sieste. Autant de pages d'un journal intime embrassant une gamme infiniment variée de sentiments, d'humeurs et de passions. Glenn Gould jouait comme s'il enveloppait son piano de tout son corps. Pierre Monette écrit que l'amour pour sa femme reste tout son horizon.

Le sourire d'une vie

Dernier automne s'ouvre sur la nouvelle de la condamnation de Diane. «Je l'ai prise dans mes bras et nous avons pleuré. Je lui ai dit qu'elle était ce qui m'était arrivé de meilleur dans ma vie.» Désormais, il n'y a plus de place dans leur existence pour autre chose que l'essentiel. La mort produit un «redoublement de vie», comme l'écrit Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe.

De nouveau, ils connaissent la ferveur d'être deux, amoureux. Diane prépare sereinement et même avec humour son départ. Fébrile et consciente qu'elle n'a pas un instant à perdre, elle fait penser au moine bouddhiste qu'on voit sur les gravures asiatiques. En équilibre sur des bambous, il fait tomber les fruits d'un manguier. Ce geste symbolise la dynamique du vivant qui l'emporte sur une pensée concentrée inutilement sur la mort. Elle informe sa famille, ses amis, leur offre des objets qui sont importants pour elle. Le couple retourne voir une dernière fois ses amis à Martha's Vineyard. Diane est «resplendissante de bonheur». L'écriture a du souffle, de la respiration.

Puis, l'élan se casse. Les semaines se contractent. La maladie divise la lumière par l'obscurité et les jours par les nuits. Il est terriblement difficile pour l'auteur de voir dépérir celle qu'il aime. Choisissant les mots, les contenant, il exprime son désarroi intérieur, sa fragilité d'homme. «Je n'ai plus aucun moment à moi, ne serait-ce que pour me remettre de mes émotions [...] J'ai parfois envie de m'abandonner à ce raz de marée de tristesse.»

Suivent des pages bouleversantes sur la séparation, l'hospitalisation et la mort. Effondré — «je suis dans la surdité du monde» —, l'auteur laisse éclater la puissance des mots. L'émotion, à son comble, déferle sur la page et appelle une pause, un silence, avant de continuer la lecture.

Une pièce musicale composée par un ami, l'accordéoniste argentin Raul Barboza, se fait entendre et le récit se referme sur une photo de Diane «sous son capuchon jaune dont elle relève le coin de sa main droite gantée de rouge avec ce sourire qui lui est venu du fond de l'âme: le sourire d'une vie».



Écrire vrai

L'homme moderne occulte la mort. Il ne sait plus mourir. Pour lui, elle est une catastrophe qui ouvre un état de crise. Comme une invitation à dépasser cette perception tragique de la mort, Pierre Monette a placé en exergue de son roman un extrait de Couleurs d'automne du poète-philosophe Henry-David Thoreau.

Dans ce long poème en prose à la gloire de l'été indien ressenti comme une promesse et non comme un déclin, Thoreau écrit: «Elles — les feuilles d'automne — qui étaient si altières dans les branches, elles retournent à la poussière et redescendent au pied de l'arbre où elles acceptent de se répandre, de se décomposer et de servir de nourriture à de nouvelles générations de leur espèce avec le même contentement qu'elles trouvaient dans les hauteurs. Elles nous montrent comment mourir. On se demande si un jour viendra où les hommes, avec leur claironnante croyance en l'immortalité, auront assez de grâce et de maturité pour trouver leur repos avec la même sérénité.»

En reconstituant par petites touches l'image de la femme de sa vie, Pierre Monette trace un arc de mots en forme d'hommage à celle qui clamait avec joie «l'importance de vivre pleinement plutôt que de vivre longtemps». Rédigé dans l'urgence du deuil, porté par une émotion «plus que vive», Dernier automne ne cède jamais au pathos. Écrire vrai est chose rare en pareilles circonstances.

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Dernier automne

Pierre Monette

Le Boréal

Montréal, 2004, 214 pages