Hors-jeu: Et tout ça

Rien qu'à voir les restrictions nécrologiques et cruciverbiales ci-dessous, on voit bien que l'exiguïté de l'espace imparti aujourd'hui à la section des sports prohibe le tataouinage. Pas question de pérorer.

Trêve de circonlocutions et de périphrases. Il faut aller droit au but. Cerner l'essentiel jusqu'à ce qu'il se rende inconditionnellement en criant «chute». Dire les vraies affaires. Charger l'enclave. Convaincre les pendules de se remettre à donner l'heure juste. Préférer le risque du raccourci de l'approximation au confort illusoire de la démonstration par étapes. La meilleure défense c'est l'attaque, demain est un autre jour, une victoire en avril est aussi importante qu'en septembre, le cadran est notre pire ennemi et tout ça.

D'abord, comme cette chronique occupe du terrain et empêche donc la présentation de quelques nouvelles, faisons office de service public: 7-3, 41-7, 34-31, 104-102, Liverpool, République tchèque, Vijay Singh, 100 millions $US, ski alpin, cricket. Voyez comme il s'en passe des affaires pendant que vous cuvez votre carte de crédit.

Cependant, au hockey, il ne se passe rien. Vous voilà à jour. Vous dire, il n'y a même pas eu de reportage à la télé mettant en vedette un enfant de joueur de la Ligue nationale qui pleure parce que papa n'a pas les moyens de lui offrir un cadeau de plus de 100 000 $US, est parti en Sibérie et lui a appris que le père Noël, jusque-là présenté sous les traits d'un propriétaire d'équipe de gros marché peu regardant à la dépense, n'existe plus. Ça doit être que les journalistes d'enquête sont aussi en congé.

À la boxe, le troisième messager de l'au-delà s'est fait passer le K.-O. au bout de 57 secondes environ, et le plus extraordinaire demeure que personne ne sait qui au juste étaient les deux premiers messagers, et que personne n'a songé à le lui demander.

Comptez-vous donc chanceux qu'il y ait encore des chercheurs consciencieux qui travaillent les jours fériés: les sources très mal rémunérées mais combien compétentes de Hors-Jeu, pour ne pas les nommer parce qu'elles veulent conserver l'anonymat sans lequel la vraie nouvelle ne sortirait jamais. Ainsi, dimanche est décédé Reggie White. White, je le précise pour tous les amis lecteurs qui écoutent Nos chanteurs quétaines chantent des chansons quétaines du temps des fêtes plutôt que de se renseigner sur les enjeux de la société à l'âge du sport-ludisme-système-procuration (joli concept, non? j'en ai eu l'idée pendant le réveillon, entre le pâté à viande et la bûche), fut un ailier défensif de football américain qui s'illustra avec Philadelphia et Green Bay avant de devenir pasteur. Au sens, soyons clair, de curé et non de moutons. D'ailleurs, son surnom était «le ministre de la défense», un calembour savoureux tout en deuxièmes degrés et en allusions politiques fines qui fait non seulement rire mais, beaucoup plus important comme l'a fait remarquer Brian Tobin au gala de la gouvernante générale dimanche soir, fait réfléchir.

Bref, Reggie White est mort d'une crise cardiaque dans son sommeil. Il avait 43 ans. Bon, évidemment, je vous entends déjà persifler à votre tendre moitié par-delà le petit déjeuner: gros, football, déchaînement d'ardeur au jeu, début quarantaine, infarctus du myocarde, toi, chéri-e, mettons que tu te mets à ma place et que pour une fois tu réponds à une question hypothétique, est-ce que tu imaginerais de suspecter à part toi qu'il pourrait y avoir en cause ici en l'occurrence comme une possibilité d'effets délétères a posteriori de substances stimulantes qui ne soient pas les bons légumes verts que contient la soupe Chunky, hmmm? Si c'est le cas, je vous le dis poliment, vous êtes sur une fausse piste.

En réalité, White était le deuxième messager. Tenez, lorsque, joueur autonome, il a accepté l'offre des Packers, il a dit que c'était Dieu qui lui avait raconté qu'il fallait qu'il y aille pour gagner un Super Bowl, ce qui fut d'ailleurs fait en 1997. Ensuite, White a annoncé sa retraite, mais il est revenu au jeu peu après, encore une fois à la suite d'un fax divin. Et vous qui pensiez que, tout naturellement, Dieu aurait eu tendance à encourager un club au nom évocateur de sa miséricorde, les Saints par exemple, ou à la rigueur de sa toute-puissance, les Titans mettons.

C'est donc bel et bien Dieu qui a ramené Reggie au bercail. Remarquez, si la perte du footballeur est suffisante pour que l'on se rappelle avec un trémolo dans les tripes la douce époque où il y avait juste 30 équipes, celle du penseur ouvert, éclairé et postmoderne qui disait notamment vouloir «guérir» les homosexuels, elle, sera beaucoup moins lourde.

Quant au premier messager, je ne vous dévoile pas son identité. Na. Vous n'avez qu'à avoir des sources comme tout le monde.

jdion@ledevoir.com