Médias: Les images fortes de 2004

En Ossétie, de jeunes écoliers tout propres pour leur première journée d’école basculent dans une horreur innommable.
Photo: Agence Reuters En Ossétie, de jeunes écoliers tout propres pour leur première journée d’école basculent dans une horreur innommable.

Dernière chronique de l'année, et retour sur les images médiatiques fortes qui ont marqué 2004, à la télévision, dans les journaux, dans les magazines, sur Internet. Un palmarès très subjectif, et dans le désordre.

Porno irakienne. À la prison d'Abou Ghraïb, des prisonniers tenus en laisse par des soldats américains, attachés, humiliés, et les regards d'une soldate hilare. Deux conclusions. D'abord que cette guerre était merdique, le reste du monde le savait, les Américains ont commencé à le comprendre. Ensuite, que les soldats américains sont exactement comme le reste du monde: appareils photo numériques et Internet permettent maintenant de se créer sa propre porno personnelle.

Le mamelon de 500 000 $. Au Super Bowl, au tout début de l'année, Janet Jackson dévoile son sein une seconde et quart, et l'Amérique est à feu et à sang. La chaîne de télévision écope d'une amende de 500 000 $ du CRTC américain, devant qui les réseaux de télévision font des courbettes. Pendant ce temps, la guerre continue en Irak et Bush s'apprête à être réélu. Cherchez l'erreur.

Liberté, je crie ton nom. Ils étaient des milliers cet été à revendiquer dans les rues de Québec le droit d'entendre un animateur de radio déverser son fiel et faire des bruits de pets. CHOI-FM, c'est le débat de l'année dans le monde des médias au Québec, débat qui teste autant les limites de la liberté d'expression que la capacité de gagner de l'argent sur les ondes sans rendre de comptes à personne. Nostalgie: il y a eu une époque où la jeune génération marchait dans la rue pour le progrès social et l'indépendance du Québec.

Rentrée des classes à Beslan. En Ossétie, de jeunes écoliers tout propres pour leur première journée d'école basculent dans une horreur innommable. Les images les plus bouleversantes de l'année. Que dire de plus?

L'Américain décapité. Dans une entrevue en novembre au Monde, le directeur de CNN international prédisait qu'à l'avenir, des terroristes capables de maîtriser les technologies pour envoyer des images live de leur prise d'otages exigeraient que les médias diffusent ces images sous peine de tuer ces otages. Encore un effort, on y est presque. Nicolas Berg, lui, n'était évidemment plus là pour voir sa mort faire le tour d'Internet.

Le producteur déchu. Guy Cloutier en première page de tous les journaux la semaine dernière: un homme brisé, et le procès à sensation de l'année. Une tragédie médiatique complète: un homme puissant, une famille vedette, une victime mystérieuse dont l'identité est connue de la moitié du Québec (mais personne n'a le droit de dire son nom publiquement). Deux lueurs d'espoir quand même: voler son enfance à des enfants suscite une intolérance grandissante, et ce n'est pas vrai que les puissants échappent toujours au châtiment.

Double Bush. Rarement un président américain a-t-il suscité autant de titres ironiques dans la presse internationale cet automne. Après le 2 novembre, tout le monde a compris qu'on ne défaisait pas un président avec un documentaire, même gagnant de la Palme d'or à Cannes. Mais il ne faut jamais faire l'erreur d'oublier que la moitié de l'Amérique est contre George W.

Les pustules de la victoire. Sûrement une des photos de l'année: Viktor Iouchtchenko, candidat à la présidence ukrainienne, avant, beau bonhomme, et après, défiguré par un empoisonnement à la dioxine. Plus palpitant qu'un roman de science-fiction ou de politique fiction. Et en plus, il incarne vraiment le renouveau pour son peuple.

Le chignon de Raël et la barbe mal faite de M. Bougon. Difficile de trancher, puisque ce sont deux images qui illustrent le renouveau de Radio-Canada en 2004, qui a réussi à soulever un débat avec Les Bougon l'hiver dernier, et à faire l'événement chaque dimanche soir cet automne avec Tout le monde en parle. À travers tout ça, les images angoissantes de Grande Ourse. TVA domine toujours, mais c'est Radio-Canada qui a créé les images qui restent.

Athlètes en Olympie/Patinoires vides. Deux images sportives fortes. D'abord la compétition tenue sur l'ancienne Olympie lors des Jeux olympiques en Grèce. Émouvant clin d'oeil à l'histoire, qui permet de constater que, dans l'Antiquité, il semblait manquer de cantines et de toilettes pour les spectateurs. Ensuite, une non-image: des patinoires vides dans toute l'Amérique. Il y a des choses plus importantes dans la vie que le sport professionnel, mais on a le droit de s'ennuyer du hockey, non?

Oui, il y a eu aussi Haïti... et l'élection de Paul Martin... et plein d'autres images... mais le jeu consistait à en trouver douze. Cette chronique sera de retour dans deux semaines. Joyeuses fêtes à tous, conduisez prudemment et n'oubliez pas de fermer les lumières en sortant.

pcauchon@ledevoir.com