Bulletin de l'opposition

Les bottes d'André Boisclair étaient grandes à chausser, mais Diane Lemieux a fait un parcours presque sans faute à sa première session au poste de leader parlementaire de l'opposition. La «lionne de Bourget» a fait preuve d'une maîtrise de soi à laquelle elle ne nous avait pas habitués. Elle a même réussi à donner une leçon de procédure à son vis-à-vis libéral, Jacques Dupuis, qui a dû retarder d'une journée l'introduction du bâillon. A.

Lentement mais sûrement, Louise Harel commence à percer la cuirasse du ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui s'est souvent retrouvé sur la défensive, notamment dans le dossier de la bactérie C. difficile. Le ton doucereux de la députée d'Hochelaga-Maisonneuve contraste avec la pointe d'arrogance qui transparaît plus fréquemment dans les réponses de M. Couillard. A.

On ne donnait pas cher de l'avenir de Pauline Marois, fin août, quand elle a réclamé la tenue d'une course au leadership. Contre toute attente, les choses ont finalement tourné en sa faveur. Alors qu'elle n'osait plus ouvrir la bouche, elle a acquis une nouvelle liberté de manoeuvre sans encourir la moindre sanction. Selon le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir, les Québécois voient en elle un aussi bon chef pour le PQ que Gilles Duceppe. Une performance honnête, sans plus, à l'Assemblée nationale. B.

La crise de la vache folle a donné beaucoup de visibilité à Maxime Arseneau, qui a su en profiter. Il est vrai que la ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier, est une cible plutôt facile, mais M. Arseneau a démontré une bonne connaissance de ses dossiers. B.

S'il est vrai que les communautés culturelles ont boudé les urnes, la victoire totalement inattendue du PQ à l'élection partielle dans Laurier-Dorion n'en demeure pas moins un exploit remarquable, dont tout le mérite revient à Elsie Lefebvre. B.

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Tous les députés d'opposition aimeraient faire face à un ministre qui clame bien haut l'échec de son propre gouvernement, comme l'a fait Yves Séguin après la conférence sur la péréquation. Tout au long de la session, François Legault n'a eu qu'à faire écho aux propos du ministre des Finances. Ses manoeuvres pour remplacer Bernard Landry ont cependant manqué de franchise ou de subtilité. B-.

Les réflexions à voix haute de Jean-Pierre Charbonneau hérissent ses collègues, mais il a réussi un des bons coups de la session en invitant à l'Assemblée nationale le chef James Gabriel, accompagné de policiers mohawks et de femmes résidant à Kanesatake, pour témoigner à quel point le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, faisait une appréciation erronée de la situation sur le territoire de cette réserve. B-.

Jonathan Valois a mis un certain temps à s'ajuster à son nouveau rôle de critique en matière d'affaires intergouvernementales canadiennes. Il a finalement trouvé un bon os à se mettre sous la dent avec la nomination de l'ancien directeur général du Conseil de l'unité canadienne, Jocelyn Beaudoin, au poste de délégué du Québec à Toronto. Il a été nettement moins impressionnant dans sa tentative d'amoindrir les conclusions du rapport dit des «Trois Mousquetaires», portant sur les jeunes et la souveraineté, qu'il avait rédigé avec deux de ses collègues. B-.

Il a fallu que les organismes communautaires dénoncent publiquement la mollesse du PQ pour que Camil Bouchard s'attaque sérieusement aux modifications du régime d'aide sociale. Mieux vaut tard que jamais: il a tout de même réussi à faire reporter le projet de loi 57. B-.

Mario Dumont a toujours eu le don de trouver de bonnes «lignes». Cette fois-ci, il a dénoncé «l'abattoir libéral» de Colbex après avoir découvert que ses membres ont versé 65 000 $ à la caisse du PLQ. On ne peut cependant pas dire qu'il s'épuise aux travaux parlementaires. La victoire à l'élection partielle dans Vanier a redonné une nouvelle vie à l'ADQ, mais elle a été ternie par son flirt démagogique avec le mouvement Scorpion et la station radiophonique CHOI-FM. B-.

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Daniel Turp n'avait rien à gagner à céder les affaires intergouvernementales canadiennes au profit de la culture et des communications, d'autant moins que la discrétion de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, doit lui laisser passablement de temps libre. C.

D'un dossier à l'autre, Richard Legendre demeure égal à lui-même. Il a été aussi discret en qualité de critique en matière d'affaires municipales qu'il pouvait l'être quand il s'occupait du développement régional. Si au moins il était mauvais, on le remarquerait! C.

En sa qualité de porte-parole en matière de transports, le député de Beauharnois, Serge Deslières, doit porter la responsabilité de la veulerie du PQ, qui a approuvé sans la moindre protestation la loi spéciale qui a mis les municipalités et les MRC à l'abri de tout recours collectif qu'auraient pu intenter les riverains de pistes de motoneige à la suite du jugement Langlois. Navrant. D.

On a beau avoir l'habitude de ses exagérations, le député de Richelieu, Sylvain Simard, réussit toujours à nous étonner. Cette fois-ci, il s'est vraiment surpassé en déclarant le plus sérieusement du monde que les élections en Ukraine avaient été annulées pour des raisons beaucoup moins graves que le financement obscur du camp du NON par Option Canada lors du référendum de 1995. Qu'un ancien ministre des Relations internationales puisse proférer une pareille énormité dépasse l'entendement. D.

Le club des silencieux a doublé ses effectifs au cours de la dernière session. En 32 séances, six députés ont trouvé le moyen de ne poser aucune question à l'Assemblée nationale. Aux deux membres les plus anciens du club, Rosaire Bertrand (Charlevoix) et André Boulerice (Saint-Marie-Saint-Jacques), se sont joints leurs collègues Nicole Léger (Pointe-aux-Trembles), Lorraine Richard (Duplessis), Jean-Claude Saint-André (L'Assomption) et Cécile Vermette (Marie-Victorin). Dans le cas de Mme Léger, il s'agit du prix à payer pour avoir réclamé une course au leadership. D.

mdavid@ledevoir