Hors-jeu - Encore des cadeaux

Voilà l'un des problèmes au-devant desquels l'on court lorsque l'on souffre d'abonnement compulsif à des publications d'intérêt: ne plus savoir à qui se fier pour demeurer au courant de la marche du monde. Prenons un exemple au hasard. La semaine dernière, le magazine Us Weekly rapportait qu'Anna Kournikova et Enrique Iglesias s'étaient mariés discrètement en novembre lors d'une petite escapade à Puerto Vallarta.

Or j'étais assis là, en proie à de compréhensibles convulsions, à me demander quoi donner comme cadeau de noces à ces amis qui ont pas mal tout, et surtout comment m'excuser d'être autant en retard, lorsque l'envoyé de Postes Canada a déposé dans ma boîte à lettres format rural aux couleurs de feu le regretté ex-pilote de stock-car décédé Dale Earnhardt — seulement 75 $US, on court vite prendre les renseignements pertinents et commander à www.xtechnologies.info — la toute dernière livraison du magazine People. Le magazine People, je le souligne pour les parmi vous qui ne s'intéressent qu'à la saison de la LNH avec pas de hockey, est ainsi nommé parce qu'il traite des gens, des gens ordinaires qui font des choses ordinaires dans des circonstances ordinaires. D'ailleurs, l'hebdomadaire a failli s'appeler Ordinary, mais les départements des ventes, du marketing, de la rédaction et des actionnaires s'y sont opposés.

Et le magazine People affirme qu'Anna Kournikova et Enrique Iglesias ne se sont pas épousés pantoute. À preuve, ils ne sont pas allés se faire griller à P. Vallarta depuis la mi-octobre. Plus: à l'instar de ce qui est dit d'un joueur qu'on veut mettre à la porte sans trop écorcher son amour-propre, le mariage ne figure pas dans les plans du resplendissant duo. Pour ce qui est du jonc qu'Anna porte par intermittence à l'annulaire de sa main gauche, il s'agit bien d'un jonc, mais ce n'est pas un jonc de mariage. C'est clair?

Allez-vous leur ficher la paix, maintenant?

À moins qu'Us Weekly ait raison? Comment savoir? Qui croire? Pourrons-nous dormir pendant la plus belle des nuits? Ou devrons-nous nous bourrer de barbituriques précieusement conservés dans notre étui à pilules en forme de ballon de soccer, qui nous attend en souriant pour 22 $US à kyledesign.zoovy.com/product/RP95SOCCER?

En tout cas, c'est très grave.

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D'autres magnifiques idées-cadeaux sport nous proviennent d'Angleterre, où, par-delà le flegme, l'autodérision, la pluie et Tony Blair, on ne semble pas s'ennuyer tous les jours.

Pour qu'on vous remercie jusqu'à la fin des temps, faufilez donc sous le beau sapin roi des forêts d'un-e ami-e, d'un-e collègue, d'un-e prospect-e ou de n'importe qui qui vous passe par la tête un abonnement au club Gymbox, situé dans le quartier Holborn de Londres (billets d'avion non compris). Le gymnase révolutionnaire dans ses idées et ses méthodes offre une multitude de programmes d'entraînement, dont The Shag Workout qui garantit «une augmentation de la fréquence, de l'intensité et de la qualité des orgasmes de la clientèle».

On ne niaise pas, ici, là.

Pour ne rien vous cacher, le procédé, qui ne fait aucunement appel au toucher, a permis à des participantes d'atteindre le grand zénith pendant la séance d'entraînement. À ce compte-là, il va sans dire que l'inscription ne peut être trop cher payée. La technique adoptée a été baptisée FASTER (pour Flexibility, Agility, Stamina, Tone, Endurance and Rhythm) et, selon un porte-parole de l'établissement, «25 % des inscrites ont rapporté, après avoir suivi le programme, avoir connu cet évanescent et si recherché orgasme multiple». On s'informe en cachette à www.gymbox.co.uk.

Par ailleurs, toujours dans le domaine du britanno-coquin, vous n'aurez sans doute jamais cru qu'on pourrait rigoler autant en jouant au soccer sur table. Pourtant, pourtant, pourtant. Subbuteo, fabricant de plusieurs jeux de ce type, vient de lancer l'ensemble de deux figurines représentant un nu-vite et un membre des forces de l'ordre pour lui courir après. Deux kits sont offerts à 5,99 £ pièce, à savoir: un nu-vite masculin et un policier masculin, et une nu-vite féminine avec une policière féminine, le tout accompagné des règlements inhérents.

«Un ajout formidable à n'importe quel match de Subbuteo. Utilisez votre nu-vite pour interrompre la partie et empêcher votre adversaire de marquer le but gagnant», dit la description du produit. L'improbable se trouve à www.subbuteoworld.co.uk: cliquez sur «items for sale», puis sur «new accessories», défilez ensuite jusqu'à l'article numéroté 1002. Shocking.

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Dernière heure: la revue Pense et compte, fondée ici même il y a à peu près deux semaines, ce lieu de prise de position en défensive, cet espace de délibération qui joue de la cervelle comme d'autres du coude, ce steeplechase de l'intellect où on réfléchit même les pieds trempes, a décidé d'ouvrir ses pages non encore écrites à un vigoureux débat: comment comprendre Ricky Williams et, si oui, pourquoi, et c'est quand qu'on va où?

On vous résume ça à grands barbeaux, Ricky Williams est (était) un joueur de football américain, un porteur de ballon et un très bon à part ça. L'été dernier, à quelques jours du début du camp d'entraînement des Dolphins de Miami, il a annoncé sa retraite à l'âge tendre de 27 ans. Si on a bien compris entre les lignes de ses phrases, la raison principale de sa décision était la suivante: il voulait pouvoir continuer de fumer du pot, une pratique interdite par les règlements de la NFL. Aujourd'hui, il se bat en cour afin d'éviter d'avoir à rembourser 8,6 millions $US que lui ont versés les Dolphins en bonis.

Donc, dimanche, Williams était interviewé à l'émission 60 Minutes, au réseau CBS. Et il a dit à peu près ceci: «La raison pour laquelle je me suis retiré était que j'avais échoué à un troisième test antidopage et que je craignais que mon usage de la marijuana ne devienne connu du public.»

Oui mais, en prenant sa retraite, il prouvait que, il soulevait mille questions, ah et puis euh laissez donc faire.

jdion@ledevoir.com