Santé: Pourquoi Noël?

Cette année, Nicolas a déclaré qu'il ne croit pas au père Noël. C'est bien embêtant, il n'a que cinq ans. Avant-hier, c'est Noémie, 15 ans, qui critiquait Noël — la surconsommation et l'abus de tout. Noël, pourquoi faire?

Pourtant, si ce rituel existe depuis toujours — c'était déjà le solstice d'hiver — et dans toutes les religions, peut-être vaut-il la peine de se demander si cela a encore un sens... À quoi servent les mythes? Les rituels et les symboles? Pour la santé, s'entend. La santé mentale.

L'évidence, d'abord: Noël est un passage de la nature. Les jours les plus courts sont terminés et nous allons vers la lumière. Les lumières partout, c'est déjà un rituel. On sait bien que les rituels donnent aux enfants le sentiment de sécurité dans le quotidien. Mais Noël? Pour les grands? Mon amie Murielle Forest, une psychologue, m'a expliqué ça simplement.

L'ancrage dans la vie, mais en plus grand: «Noël c'est le rythme d'une vie. Pas la vie quotidienne: la vie humaine, au sens de continuité, génération après génération. C'est le même besoin de stabilité, de sécurité, de continuité, mais transposé à un niveau universel. Le niveau de l'histoire, de notre histoire, de notre passé, de nos origines. Une manière de dire que je ne suis pas la première personne à inventer la vie. Je fais partie d'un tout.»

Mais il n'y a rien de plus déprimant qu'un rituel vidé de son sens. «Pour qu'un rituel soit porteur de mieux-être, il doit être vivant, résonner, avoir un écho à l'intérieur de la personne. Sinon, c'est une coquille vide, et on entre dans les obligations, les conventions. C'est aussi ce qui explique que les grands moments de l'année sont des moments de dépression: on est dans un état de disponibilité à un vrai rituel et on n'est pas dans la vraie communication, on n'a pas de sentiment d'appartenance. Alors, Noël est plus déprimant que le 26 mars!»

Peut-on associer les symboles et les mythes à ce besoin de rituels? «Ce sont des images, des histoires qui permettent de nous rattacher à une dimension de nous-mêmes, ce qu'on peut appeler l'inconscient collectif.»

Dans nos vies, me dit Murielle Forest, «il y a un pôle de changement et un pôle d'immuable. Les symboles et les mythes nous ramènent à l'immuable; ils font irruption dans nos vies à travers les rêves, la création ou la maladie mentale, dans les grands moments de changement ou de crise. Quand on est dans un pôle de transformation, d'évolution, on a besoin de se rattacher à l'immuable en soi. C'est une recherche d'équilibre. Toutes les grandes fêtes, comme Noël, sont des périodes de transformation de la nature. Cette dimension liée à la nature est profonde et constante».

C'est donc tout ça qu'il faudra expliquer à Nicolas et à Noémie. Ce serait triste que Nicolas croie qu'on lui a menti, qu'il se sente trahi en découvrant que le père Noël est un symbole. Après tout, Noël est une occasion comme une autre pour éduquer nos enfants. La manière de parler des mythes, de la magie et de nos croyances, quelle que soit notre culture d'origine, parle des valeurs qui nous tiennent à coeur.

Au fur et à mesure du développement des enfants, il comprennent. Par exemple, entre quatre et six ans, ils se rendent compte que les dessins animés ne sont pas de vraies personnes. Pourtant, ils continuent d'aimer «les p'tits bonhommes». Ils vont pouvoir aimer le père Noël de la même façon si les parents leur disent qu'il est un symbole, un personnage qui représente l'esprit du temps des Fêtes. Car le père Noël n'est-il pas une icône qui représente la gentillesse et la générosité? Il ne s'agit pas de commerce ou de cadeaux mais de partage.

À la limite, si je suis les traces de ma psy préférée, je rattache toutes les guignolées de Noël — cette expression de solidarité — au ciment social, voire à la survie de notre société. Au delà des critiques qui y voient un renforcement de l'ordre établi, il y a ce geste de tendre la main qui parle de notre humanité. On a choisi Noël pour la dire — quel hasard...

Que dira-t-on en plus à Noémie, qui nous juge du haut de ses 15 ans? Murielle Forest me dit: «C'est intéressant car l'adolescence est un passage où on cherche à recréer de nouveaux rituels. Il peut aussi y avoir de mauvais rituels qui ne sont pas bénéfiques pour la personne, la dope, par exemple, il y a toute une vie autour de la drogue qui ressemble à un rituel, qui veut répondre à ce besoin d'appartenance. De la même manière, l'hyperconsommation qui remplace les rituels est un dérapage. Et les ados sont hyper vigilants pour nous mettre devant nos contradictions et nos incohérences.»

Ah! ça... Noël est la fête du partage mais on est dans une société individualiste — mon vin est plus important que la solidarité... On assiste à la parade du père Noël en novembre, les articles des Fêtes arrivent dans les magasins alors qu'Halloween n'est pas terminé. Est-ce que ça vous tue, vous aussi? Vous avez bien entendu les gens se plaindre des lumières de Noël qu'on installe trop tôt? Noël toute l'année, ce n'est plus Noël, n'est-ce pas... C'est comme ça qu'on a tranquillement vidé le rituel de son sens. On se retrouve à se demander: pourquoi Noël?; on a un peu le sentiment que le plaisir de la fête est amoindri, qu'elle est un peu vidée de son sens — on a suivi l'époque, et on se sent abandonné...

Que faire? Murielle Forest me répond: «Je pense qu'il faut accepter que, face à Noël, beaucoup parmi nous sont dans un passage à vide. On souhaite que les gens puissent réinventer un rituel. C'est difficile, il faut se refaire des repères sans tomber dans l'obligation. Je pense qu'on est dans une période de reconstruction du rituel, on est en recherche.»

«Comment réussir à garder vivant le rituel, à se centrer autour de ce qu'il y a d'authentique?» C'est la question que je vous pose, amis lecteurs. Quels sont vos nouveaux rituels?

vallieca@hotmail.com



Dans ma dernière chronique, j'ai écrit ceci à propos du Depo-Provera: «Vous le savez sans doute: une injection aux trois semaines et les ovaires cessent de pondre.» Il aurait fallu lire: «une injection aux trois mois».