Inflation durable

Le pic espéré en mars n’est pas venu. L’inflation a plutôt crû davantage en avril. Et tout indique que pour mai, pour juin…

L’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 6,8 % d’une année à l’autre en avril, dépassant le 6,7 % de mars. La poussée aurait été plus importante, n’eût été une hausse des prix de l’essence plus faible en avril qu’au mois précédent, indique Statistique Canada. Mais avec la progression de plus de 10 % des prix à la pompe jusqu’à présent en mai, ce n’est que partie remise.

L’agence fédérale ajoute que les Canadiens ont payé 9,7 % de plus en avril pour les aliments achetés en magasin. La hausse a été généralisée. Cela dit…

Cette augmentation dépasse les 5 % pour un cinquième mois de suite, mais là encore, il ne semble pas y avoir d’accalmie en vue. Les répercussions de l’invasion de l’Ukraine sur le cours des matières de base entrant dans la production agricole — tels pétrole, gaz naturel, engrais, fertilisants et grains — se font toujours sentir. À ces pressions sur les producteurs s’ajoutent des coûts de financement accrus découlant de la remontée du loyer de l’argent. La Banque mondiale prévoyait en avril une poussée moyenne de 42 % des cours pétroliers de référence cette année — avec un brent se maintenant autour des 100 $US le baril —, d’au moins 20 % des prix hors énergie, de 18 % des prix des produits agricoles, de 16 % de celui des métaux. Aussi, de 40 % du prix du blé, une flambée que vient d’attiser l’Inde avec sa décision d’interdire ses exportations de blé par souci de sécurité alimentaire.

Une réponse des gouvernements sous forme de restrictions des exportations, de contrôle des prix et de subventions ne fait qu’exacerber la pression sur les prix et les déséquilibres découlant d’une offre insuffisante, avertit la Banque mondiale. Et ce choc d’offre s’en trouve renforcé par une approche « zéro COVID » de Pékin ajoutant aux distorsions déjà mesurées sur la chaîne d’approvisionnement.

Effet de substitution annihilé

 

Cette hausse généralisée des prix couvrant un large spectre des matières de base réduit d’autant, voire annihile, l’effet de substitution. La Banque mondiale donne l’exemple du pétrole brut qui, malgré un prix multiplié par quatre depuis le creux d’avril 2020, s’affiche comme étant le combustible le moins cher par unité d’énergie. Cette position était normalement occupée par le charbon et le gaz naturel lors des précédentes périodes de tension pétrolières.

Statistique Canada cite également le taux de chômage, qui a atteint un creux record en avril, pour rappeler qu’un marché du travail vigoureux tend à exercer une pression haussière sur les prix. S’ajoutent les augmentations salariales plus musclées à entrevoir dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et d’érosion du pouvoir d’achat. La croissance des prix continue de dépasser largement l’accroissement du salaire horaire moyen des employés, qui était de 3,3 % d’une année à l’autre en avril.

Sur le marché résidentiel particulièrement tendu, auparavant, la faiblesse des taux d’intérêt permettait d’atténuer le coût de remplacement par le propriétaire, qui est lié aux prix des nouveaux logements, et les autres dépenses pour le logement en propriété. Or, l’indice du coût de l’intérêt hypothécaire a augmenté de 0,2 % en avril, affichant sa première hausse depuis avril 2020, a noté Statistique Canada. La Banque du Canada est engagée depuis mars dans un processus de resserrement de sa politique monétaire qui, dans ce contexte de forte inflation persistante, pourrait pousser le taux directeur à 2,25 % à la fin de l’été, et à 2,5 % à la fin de l’année. Voire à 2,75 %, selon la nouvelle projection de Sébastien Lavoie, économiste en chef de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, qui misait auparavant sur 2,25 %.

Les locataires ne sont pas épargnés. Les prix du loyer à l’échelle canadienne ont augmenté de 4,5 % en avril comparativement au même mois en 2021. Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins, voit pour le Québec une hausse de 4,8 % du prix moyen du loyer en 2022 et de 5,5 % l’an prochain, sous l’impulsion d’un taux d’inoccupation des logements locatifs passant de 2,5 % en 2021 à 1,8 % cette année, et à 1,5 % en 2023.

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