Les Québécois et le pis-aller canadien

Le premier ministre Legault a beau exalter la « fierté » des Québécois et leur faire miroiter une plus grande autonomie, la réalité est qu’ils sont de plus en résignés à s’accommoder du Canada tel qu’il est.

Depuis 1992, le Groupe de recherche sur l’opinion publique (GROP) a fourni au camp souverainiste des analyses portant sur divers enjeux. Il vient de publier son ultime rapport, intituléLa question nationale 30 ans plus tard : où en sommes-nous ?, qui s’accompagne d’un sondage effectué par la firme Léger en février dernier.

On y mesure notamment l’appui aux diverses options constitutionnelles qui se sont offertes aux Québécois au fil des ans : l’indépendance, la souveraineté-association, le statut particulier et le statu quo.

Aujourd’hui comme hier, le premier choix des francophones est une formule hybride, que ce soit la souveraineté-association (60 %) ou le statut particulier (68 %), c’est-à-dire une variante de cette mythique « troisième voie » qui ressurgit périodiquement — et à laquelle on peut associer le nouveau projet pour les nationalistes du Québec de la CAQ.

Malgré leur réticence à couper les liens avec le Canada, ils ont longtemps préféré l’indépendance au statu quo. En 1992, année du référendum sur l’accord de Charlottetown, c’était le cas de 46 % des francophones, alors que seulement 18 % optaient pour le statu quo.

En 1995, quand 49,4 % des Québécois ont dit oui à la « souveraineté-partenariat » proposée par le gouvernement Parizeau, l’appui à l’indépendance tout court avait grimpé à 54 % chez les francophones ; le statu quo, 22 %.

Au cours des années suivantes, l’écart entre les deux s’est progressivement rétréci, jusqu’à atteindre le point de bascule. Aujourd’hui, 49 % des francophones se disent en faveur de l’indépendance, mais l’appui au statu quo récolte aussi 58 %.

Ce renversement résulte sans doute moins d’une reconnaissance des mérites du Canada que d’une dépolitisation du sentiment d’appartenance au Québec que les plus jeunes générations éprouvent toujours. Mais il n’en a pas moins de graves conséquences sur le rapport de force dont Québec dispose — ou ne dispose plus — face à Ottawa et au reste du pays.

 
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Aux yeux de Robert Bourassa, l’indépendance constituait une « police d’assurance » qu’il pouvait utiliser pour forcer le Canada anglais à négocier un nouvel arrangement constitutionnel, que ce soit l’accord du lac Meech ou l’entente de Charlottetown. On peut être d’avis qu’il a mal joué ses cartes, mais cela est une autre histoire.

Même quand la ferveur souverainiste a atteint un paroxysme, la majorité des Québécois ne souhaitaient pas quitter le Canada, mais simplement qu’on leur témoigne un minimum de considération. L’appui massif donné à l’accord du lac Meech attestait d’ailleurs du peu qu’ils exigeaient.

Malgré tout, Ottawa est demeuré longtemps hanté par la crainte qu’un coup de sang les amène à claquer la porte. Même après le Non de 1995, on a sorti l’artillerie lourde avec la Loi sur la clarté et on a supplié Jean Charest de débarquer à Québec pour empêcher Lucien Bouchard de déclencher un autre référendum.

Bien entendu, le gouvernement Trudeau a aussi ses sondages. Fini le bluff ! Il sait maintenant qu’en dépit des rebuffades et du Quebec bashing, les Québécois se sont résignés à vivre dans le Canada tel qu’il est plutôt que de prendre le risque d’une sécession. Dès lors, il n’a plus aucune raison de céder aux demandes du premier ministre Legault, qui prend d’ailleurs bien soin de ne brandir aucune menace.

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Mardi, à l’Assemblée nationale, le chef parlementaire du PQ, Joël Arseneau, a rappelé à M. Legault que Justin Trudeau lui avait signifié sèchement qu’il n’avait « rien à cirer » de ses demandes en matière d’immigration et lui a demandé comment il entendait « composer avec une telle humiliation ».

Puisque la majorité des Québécois sont opposés à l’indépendance, mais qu’ils seraient d’accord à ce que le Québec ait l’autorité sur la réunification familiale, le premier ministre en a conclu que la stratégie de son gouvernement était préférable à celle du PQ.

M. Legault peut bien multiplier les pirouettes à la période de questions, cela ne règle pas le problème. Il le sait très bien. Mais à partir du moment où Ottawa dit non et que la population préfère vivre avec ce non plutôt que de se rebeller, que peut-il faire ?

Il est difficile de dire dans quelle mesure la désaffection envers le PQ est le résultat ou la cause de la faveur grandissante du statu quo constitutionnel. Pendant 50 ans, la menace qu’il a fait planer a sans doute constitué l’argument le plus efficace que pouvaient faire valoir les partisans d’une réforme en profondeur du fédéralisme. Ils risquent de le regretter autant qu’ils l’ont détesté.

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