L’exode libéral

Il est tout à fait normal que les partis politiques connaissent des périodes de renouvellement plus ou moins mouvementées, qui correspondent généralement à la fin d’un cycle politique.

Au début des années 1990, tout le monde savait que le départ de Robert Bourassa n’était qu’une question de temps, et il était clair que plusieurs poids lourds de son gouvernement le suivraient. Personne n’a été surpris de voir les Claude Ryan, Lise Bacon, Marc-Yvan Côté, Gil Rémillard et autres tirer leur révérence.

De la même façon, il fallait s’attendre à ce que les vétérans de l’ère Charest, comme Pierre Arcand, Lise Thériault ou Christine St-Pierre, annoncent leur retraite. Tout le monde comprenait aussi qu’un homme comme Gaétan Barrette ne voudrait pas finir sa vie active sur les banquettes de l’opposition.

L’exode des députés du PLQ auquel on assiste présentement sort toutefois de l’ordinaire. À ce jour, 11 élus sur 27 ont décidé de ne pas se représenter, et on peut prévoir que d’autres s’ajouteront bientôt à la liste.

Les années de misère que les sondages laissent entrevoir n’ont évidemment rien de très stimulant. Le PLQ peut raisonnablement espérer conserver son statut d’opposition officielle, mais ceux qui ont goûté aux plaisirs du pouvoir n’ont aucune envie d’entreprendre une longue traversée du désert, comme celle à laquelle les libéraux ont été condamnés durant les années Duplessis.

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Même dans l’opposition, le travail de député peut néanmoins être très gratifiant. D’ailleurs, bien des choses vont changer au lendemain du 3 octobre. Rebâtir un parti sur de nouvelles bases peut aussi représenter un défi emballant. Encore faut-il éviter de décourager les bonnes intentions.

Malgré la « mauvaise blague » du premier ministre Legault, Pierre Arcand, qui siège à l’Assemblée nationale depuis 15 ans, a encore de belles années devant lui, mais il ne fait assurément pas partie de la relève.

Une députée comme Paule Robitaille, qui a été élue dans Bourassa-Sauvé en 2018, aurait cependant pu participer à la reconstruction, si on l’avait encouragée le moindrement. Au contraire, on semble avoir tout fait pour lui donner envie de partir.

Cette ancienne journaliste avait pris son rôle très à cœur et elle adorait le travail sur le terrain. Elle faisait de son mieux pour soutenir les efforts des organismes communautaires, très actifs dans ce quartier défavorisé qu’est Montréal-Nord.

Le dossier de la Solidarité sociale lui allait comme un gant, mais elle n’était pas dans les bonnes grâces de Dominique Anglade, qui a eu la curieuse idée de lui confier plutôt celui de l’Agriculture. Personne ne conteste l’importance de ce secteur d’activité, mais son lien avec Montréal-Nord est pour le moins ténu. On peut comprendre que Mme Robitaille ait conclu qu’on ne tenait pas beaucoup à ses services et décidé d’aller voir ailleurs.

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Le départ des piliers du gouvernement Bourassa n’avait pas été causé par une divergence de vues fondamentale comme celle qu’avait provoquée le « beau risque » de René Lévesque.

Quand les libéraux sont revenus au pouvoir avec Jean Charest, Claude Ryan a repris du service comme père spirituel, et Marc-Yvan Côté a ramené les méthodes de financement qui l’ont rendu tristement célèbre.

Le PLQ d’aujourd’hui est plongé dans un désarroi idéologique qu’illustre bien le départ de Mme Robitaille. En 2018, elle avait quitté son poste à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada et avait adhéré au PLQ parce qu’elle partageait la vision de Philippe Couillard, axée sur la défense des droits individuels et le multiculturalisme.

Avec le virage nationaliste opéré par Dominique Anglade dans l’espoir de se reconnecter à l’électorat francophone, la députée de Bourassa-Sauvé n’était plus dans l’air du temps et s’est retrouvée largement isolée au sein du caucus.

Au surplus, ses liens avec le milieu communautaire l’ont placée en porte-à-faux avec l’équipe dirigeante de l’arrondissement de Montréal-Nord, élue sous les couleurs de l’Ensemble Montréal de Denis Coderre et proche des libéraux.

Quand un parti vit une période de désaffection, comme c’est le cas du PLQ, il est d’autant plus important pour celui ou celle qui le dirige de se rapprocher de ses députés, alors que Mme Anglade a plutôt eu le réflexe de s’en remettre à sa garde rapprochée.

Tout le monde tient maintenant pour acquis qu’elle ne survivra pas à la dégelée qui attend les libéraux le 3 octobre. Au cours de la campagne électorale, ce sera « sauve qui peut ! » et « chacun pour soi ». Ce n’est généralement pas une recette gagnante.

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