La nouvelle «bucket list» du milliardaire

Pour être milliardaire, il faut évidemment posséder au moins un milliard de dollars. Certains diront qu’il est préférable d’avoir un milliard de dollars en actifs. Cela évite d’avoir trop de comptant, chose que le fisc pourrait plus facilement taxer que, disons, l’un ou l’autre des attributs suivants, qui feront de vous non seulement une personne milliardaire, mais une personne milliardaire plus représentative de l’an 2022.


Un quasi-monopole. Amazon écrase la concurrence dans le monde du magasinage en ligne. Sa part du marché nord-américain était de 50 % en 2021. Amazon est perçu par ses critiques comme un monopole dans la mesure où l’entreprise est propriétaire d’une plateforme incontournable pour les cyberdétaillants et où son principal concurrent est… Amazon, qui vend aussi ses propres produits en ligne. De son côté, Facebook a fait de son fondateur Mark Zuckerberg un jeune milliardaire qui est ces jours-ci la cible des autorités américaines et européennes en raison de ses pratiques commerciales jugées anticoncurrentielles. Et bien sûr, Elon Musk dirige Tesla. Le fabricant de voitures électriques comptait l’an dernier pour 14 % des ventes mondiales de véhicules électriques, mais pour 70 % des ventes nord-américaines. C’est ce qu’on appelle une position dominante.


Un réseau social (ou à tout le moins un média numérique). On ne sait pas où Elon Musk se situera en tant que grand patron de Twitter sur un spectre où les extrêmes pourraient être Jeff Bezos, qui s’est porté acquéreur en 2013 du Washington Post puis qui semble avoir laissé ses journalistes tranquilles, et Donald Trump, qui a donné son nom à la plateforme sociale Truth, en apparence réservée aux adeptes des théories politiques d’une certaine droite américaine. Ce qu’on sait, en revanche, c’est que Musk vient de se joindre au club sélect des milliardaires propriétaires de leur propre porte-voix numérique, au même titre d’ailleurs que le baron médiatique australo-américain Rupert Murdoch, qui tente un retour dans les médias du Royaume-Uni avec la chaîne spécialisée TalkTV.


Une cohorte de fans. La montée en flèche d’Apple au sommet de la pyramide boursière a culminé en janvier 2022 lorsque l’entreprise de Cupertino a atteint une valeur de
3 billions
(3000 milliards) de dollars américains. Mais cet essor a gagné en vitesse à mesure que les applications mobiles d’investissement autonome ont conquis une jeune génération d’investisseurs adorateurs de la marque californienne. La même chose vaut pour Tesla qui, grâce à une cohorte d’investisseurs de la première heure indéfectibles, conserve une valeur boursière démesurée compte tenu de la performance financière actuelle de l’entreprise. Mais n’allez pas dire ça aux inconditionnels de l’une ou de l’autre de ces deux marques. Ils vous crucifieront sur la place publique — numérique, bien sûr.


Une conquête spatiale. La privatisation de l’espace est gérée par des agences gouvernementales comme la NASA, qui ont hâte de délester vers des sociétés privées les énormes coûts de développement et d’entretien du matériel nécessaire pour conquérir la Lune, Mars, et quoi encore. L’adage qui dit que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ne peut pas être plus vrai que dans ce secteur, où les premiers arrivés seront sans doute à terme les plus grands gagnants. Cela explique l’arrivée rapide de joueurs comme Blue Origin, de Bezos, et SpaceX, de Musk, aux États-Unis. Cela justifie aussi l’empressement de pays comme la Chine et même l’Inde à tenter leur propre conquête spatiale. L’objectif : s’assurer de récolter au moins une partie de la richesse promise par cette nouvelle industrie plus que mondiale que la firme d’analyse spécialisée SpaceTech Analytics évaluait déjà en 2021 à 4 billions (4000 milliards) de dollars américains.

 

Un bunker antinucléaire. Des milliardaires survivalistes ne courent pas se cacher en forêt. Ils achètent plutôt une collection d’abris nucléaires dernier cri comprenant généralement une piscine, un cinéma maison et un garage pour leurs voitures de collection. Le marché des abris nucléaires de luxe a explosé depuis cinq ans. La société texane Rising S Company est régulièrement citée comme une référence dans les médias américains, et Gary Lynch, son p.-d.g., dit avoir vu son chiffre d’affaires bondir de 1000 % entre 2018 et la fin 2021. Il reçoit jusqu’à 3000 appels par mois ces jours-ci, alors qu’il en recevait une centaine auparavant. Comme tout actif immobilier, l’abri nucléaire coûte cher ces jours-ci, et il faut généralement payer près d’un million de dollars pour s’en procurer un.


Un plan pour sauver l’humanité. Grâce aux milliards de dollars de la Silicon Valley, le transhumanisme est en train de passer de la science-fiction à la réalité. La société Neuralink, pilotée elle aussi par Elon Musk, a récolté 200 millions de dollars américains en 2021 pour mettre au point un ordinateur qui se grefferait directement au cerveau humain. Son but est de surpasser les limites de la condition humaine par la technologie. Peter Thiel — devenu milliardaire grâce à sa participation dans PayPal puis Facebook — est un autre grand financier du transhumanisme. L’homme d’affaires libertarien a déjà affirmé que les humains et l’intelligence artificielle fusionneraient quelque part vers 2030 pour créer une nouvelle espèce d’êtres vivants. Il s’est assagi ces derniers temps, affirmant lors d’une conférence à la fin 2021 que le mouvement du transhumanisme tournait ces jours-ci au ralenti. Il s’est aussi montré inquiet de la façon dont l’intelligence artificielle était utilisée à mauvais escient par certains États autoritaires.

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