Ça pourrait faire mal!

Des nouvelles données apportent un éclairage plus précis sur la facture qui découlera de l’augmentation des taux d’intérêt et du coût de la vie. Malheureusement, à peine viennent-elles d’être publiées que ces projections s’en trouvent assombries par une hausse du loyer de l’argent attendue plus forte que celle retenue dans l’analyse.

L’étude publiée mercredi par les économistes de la Banque Royale repose sur un taux du financement à un jour de la Banque du Canada atteignant les 2 % d’ici le mois d’octobre, soit le double du taux actuel, qui lui-même multiplie par quatre celui de janvier. Sur cette base, le ménage canadien moyen devra consacrer près de 2000 $ de plus au remboursement de ses dettes d’ici la fin de 2023.

L’impact sera évidemment davantage ressenti chez les ménages se trouvant dans le quintile des revenus les plus bas. Ces derniers doivent consacrer jusqu’à 22 % de leurs revenus après impôt au service de la dette, tandis que ce montant est de moitié pour les ménages du quintile de revenus les plus élevés. « La hausse du ratio d’endettement (montant de revenus disponibles nécessaire pour pouvoir effectuer les remboursements) sera aussi beaucoup plus prononcée pour les Canadiens à faibles revenus jusqu’en 2023, soit le double de celle observée pour les ménages à revenus élevés », indique l’analyse.

Et pour l’ensemble des ménages, uniquement pour l’hypothèque, en raison de la flambée des prix de l’immobilier résidentiel, une hausse de taux de 100 points de base a, aujourd’hui, un effet sur leurs revenus plus fort d’environ 66 % qu’il y a dix ans.

Un 2 % conservateur

Les économistes de la Banque Royale sont les premiers à reconnaître que ce seuil de 2 % du taux cible de la Banque du Canada pourrait être dépassé. Car le discours des banques centrales face à une poussée inflationniste, sans cesse révisée à la hausse et appelée à persister plus longtemps que prévu, laisse désormais transpirer une action plus énergétique des autorités monétaires. D’autant que le jeu des attentes des ménages et des entreprises inquiète, auquel s’ajoute une accélération des ajustements salariaux, traduisant à la fois la hausse des prix et la pénurie de main-d’œuvre. Tout cela laisse craindre un désancrage, alimentant une spirale salaires-prix que l’on veut éviter à tout prix.

Ils sont plus nombreux parmi les économistes à s’attendre à une augmentation de 75 points du taux cible de la Banque du Canada au terme de la réunion du comité monétaire au début de juin. Et à voir désormais le taux cible atteindre 2,25 % à la fin de l’été et 2,5 % à la fin de l’année. Avec ce dernier taux, on se retrouverait à 75 points de base au-dessus de celui de 1,75 % observé avant la pandémie, et avec une augmentation de 225 points de base cette année. Si l’on reprend les calculs des économistes de la Banque Nationale voulant qu’une hausse de 100 points équivaudrait à une érosion du pouvoir d’achat de 10,7 %…

On retient que, si la pandémie a eu pour effet d’accroître la dette, essentiellement hypothécaire, elle a aussi contribué à générer une épargne excédentaire permettant d’atténuer le choc. Or cette épargne n’est pas répartie de façon égale. « Près du tiers du montant total appartient aux ménages qui gagnent le plus (environ 178 000 $ par an) et moins du cinquième est détenu par ceux qui gagnent le moins (environ 34 000 $ par an). Pour ces derniers, l’épargne excédentaire a simplement servi à réduire la part des emprunts, une grande partie des liquidités ayant été utilisée pour rembourser les prêts à la consommation », souligne la Royale.

De plus, la valeur de cette épargne supplémentaire subit un effet érosif de l’inflation élevée davantage ressenti dans les quintiles inférieurs. Et cette tranche au revenu le plus faible consacre proportionnellement davantage de ressources à l’alimentation, au logement et aux autres dépenses courantes répondant à des besoins primaires — où l’inflation frappe plus durement — qu’aux services et aux dépenses discrétionnaires.

S’ajoutent ainsi, à l’impact de la hausse des taux d’intérêt, l’inflation et l’érosion du pouvoir d’achat. À part ceux des vêtements et des chaussures, tous les prix ont augmenté, et de façon plus prononcée. L’envolée des prix entamera profondément le pouvoir d’achat des Canadiens à faibles revenus, qui doivent généralement affecter une part beaucoup plus importante de leurs revenus aux achats de consommation. « Si les achats de 2019, avant la pandémie, étaient effectués aujourd’hui, ils accapareraient 10 % de plus du revenu net de ces ménages, contre seulement 3,5 % de plus pour les ménages qui gagnent le plus », souligne l’étude la Banque Royale.

Inaccessibilité immobilière

 

Le tout est à mettre dans le contexte d’une explosion des coûts d’accession à la propriété et, par ricochet, des loyers. « La mesure globale d’accessibilité à la propriété au Canada de RBC a enregistré son pire niveau en 31 ans au quatrième trimestre de 2021. Elle a augmenté de 1,6 % pour atteindre 49,4 % », une hausse de l’indice illustrant une détérioration, peut-on lire dans une autre analyse de la Banque Royale. « Au cours de la dernière année, elle a grimpé de 7,2 %. » Seule l’année 1990 — ayant précédé le krach immobilier du début de cette décennie — a été marquée par une hausse supérieure à celle-ci, note l’institution.

Avec la hausse attendue des taux, et même si la croissance des revenus pourrait atténuer en partie les effets, « il est fort possible que la mesure de RBC atteigne des niveaux records au cours de la prochaine année. Un tel bouleversement soumettrait les acheteurs à un stress énorme et exercerait une pression à la baisse considérable sur la demande ».

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