La récession s’ajoute à la liste

Lieu de spéculation, mais aussi d’anticipation, Wall Street a vu ses grands indices dépasser la barre des 10 % de perte depuis le début de l’année. L’indice de référence de New York, le S&P 500, a même encaissé la semaine dernière un troisième recul hebdomadaire de suite. Le mot « récession » est venu s’ajouter à une liste déjà longue de sujets de préoccupation.

Vendredi, les pertes affichées par le S&P 500 depuis janvier étaient à -10,6 %. C’était du -14 % pour le Russell 2000, plus sensible à la conjoncture économique, et du 11 % pour les grands des technologies qui composent le Nasdaq 100, plutôt sensible à la hausse des taux d’intérêt.

Ces reculs sont alimentés par les craintes d’une intervention plus musclée sur les taux directeurs d’une Réserve fédérale engagée dans une difficile normalisation de sa politique monétaire face à une inflation qui surprend par sa vigueur et sa persistance. La Fed indiquait la semaine dernière qu’il lui faudrait passer au rythme de hausses d’au moins 50 points de son taux cible, et ce, plus d’une fois, pour tenter d’infléchir la tendance. Pour plusieurs analystes, l’atterrissage en douceur souhaité cède le pas à une probabilité de récession accrue dans ce difficile arbitrage inflation-chômage.

Le risque de persistance d’une croissance inflationniste s’accrochant obstinément au-dessus des 3 %, loin de la cible, est devenu omniprésent dans le discours des banques centrales. Dans le Beige Book de mars de la Fed, la crainte d’une spirale salaires-prix ressortait pleinement. La forte poussée inflationniste se combine à un retour au plein emploi pour exercer une pression à la hausse sur les salaires, alors que les distorsions des chaînes d’approvisionnement exercent une tension haussière sur les prix. L’émergence d’une spirale salaires-prix pourrait soutenir le maintien d’une inflation à l’extérieur de la cible des banques centrales.

Le tout survient pendant que les marchés doivent composer simultanément avec trois bulles — sur les marchés des actions, des obligations et de l’immobilier — gonflées par la faiblesse des taux d’intérêt, l’abondance de l’épargne et l’injection massive de liquidités des banques centrales observées lors de la pandémie.

Profits au rendez-vous, mais…

Les grands indices ont amorcé la semaine en fort repli lundi, avant de récupérer leurs pertes et terminer avec un léger gain. Les yeux des boursicoteurs se sont braqués momentanément sur le dévoilement à venir de résultats financiers, en cette semaine riche en annonces, pour 180 des 500 entreprises du S&P 500. Actuellement, 78 % des entreprises de cet indice qui ont publié leurs résultats ont surpassé les attentes des analystes, nous dit Forbes. Mais l’on parle ici de données reflétant le passé, alors que l’horizon s’embrouille.

La liste de considérants est toujours plus longue. La pandémie n’est pas encore terminée, et elle pourrait générer d’autres fluctuations économiques, notamment avec l’arrivée de nouveaux variants, nous rappellent les analystes du Mouvement Desjardins. D’ailleurs, la Chine est de nouveau balayée par la vague, qui frappe désormais aux portes de Pékin après avoir poussé Shanghai en plein confinement. Sa politique zéro COVID ajoute aux distorsions dans les chaînes d’approvisionnement.

Parmi les risques géopolitiques, un conflit plus généralisé en Ukraine qui impliquerait directement des pays de l’OTAN entraînerait des conséquences humanitaires et économiques très graves. « Même sans se rendre jusqu’à ce point, la guerre en Ukraine pourrait détériorer davantage la conjoncture économique, notamment par une nouvelle recrudescence des prix de l’énergie, des matières premières et des aliments […] La guerre pourrait aussi dégrader davantage la confiance des ménages, des entreprises et des investisseurs, en plus d’exacerber les problèmes de chaînes d’approvisionnement ainsi que les pressions inflationnistes », ajoute Desjardins.

De leur côté, les banques centrales sont aux prises avec la potentialité d’une accélération plus durable de la croissance des prix, dans le contexte où un resserrement trop soudain des politiques monétaires serait susceptible d’entraîner une réaction négative des marchés et d’amplifier nettement le ralentissement économique, déjà attendu à l’échelle mondiale.

Le géant américain du prêt hypothécaire Fannie Mae évoquait récemment une modeste récession aux États-Unis en 2023, moins intense que celle de 2008. Le taux hypothécaire de 15 ans, une échéance populaire aux États-Unis, touchait alors les 4,4 %, contre 2,3 % un an plus tôt. Selon le Wall Street Journal, le risque qu’une récession soit déclarée au cours des 12 prochains mois se situe désormais à 28 %, contre 18 % en janvier. D’autres analystes ont chiffré la probabilité entre 30 % et 40 % en s’inspirant notamment d’une inversion de la courbe de rendement dont le pouvoir annonciateur d’une récession revêt un taux de réussite variant de 75 % à 80 %. Mais dont la précision s’érode avec l’action des politiques d’assouplissement et de restriction monétaires quantitatifs venant fausser la lecture.

Au Canada, le risque de récession demeure écarté en raison du poids du pétrole, des matières premières et des produits de base dans l’économie. Mais celui d’une correction prononcée des prix de l’immobilier résidentiel demeure présent, alors que la Bourse n’est pas à l’abri d’une correction.

Faites vos jeux…

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