Le test des valeurs

L’insécurité énergétique et ses impacts sur les marchés, que nous suivons depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, forcent la remise en question de nos choix d’investisseur responsable. En mars, le secteur de l’énergie a vu certains indices de référence générer des gains importants, les prix du pétrole et du gaz ayant augmenté après le choc d’offre négatif suivant l’éclatement de la crise.

En analysant la variation du rendement des différents secteurs représentés dans l’indice MSCI Monde ($US) au 15 avril, on constate que les énergies non renouvelables affichent un rendement de 35,7 % alors qu’il est nul pour celui des énergies renouvelables. Si, tout comme moi, votre portefeuille reflète vos valeurs et que vous priorisez les véhicules d’investissement responsable, dont la majorité exclut les combustibles fossiles ou parfois en limite l’exposition, il n’y a aucun doute que le contexte actuel teste solidement vos valeurs ! Après tout, au-delà des convictions, nous aimons aussi le rendement comme investisseur, n’est-ce pas ?

S’il est déroutant de voir les indices de référence surperformer, cela ne signifie pas que vos choix d’investissement responsable ne les battront pas sur le long terme. Bien que les enjeux géopolitiques favorisent le rendement à court terme du pétrole et du gaz, il m’apparaît rationnel de conclure que l’insécurité énergétique ne peut que favoriser à long terme les énergies renouvelables. Nous avons pu constater qu’en Europe, la dépendance énergétique de plusieurs pays envers la Russie est exacerbée par la situation actuelle. Par exemple, l’Allemagne, dépendante à 40 % de sa consommation de gaz naturel, s’est questionnée sur le plan de fermeture de ses centrales nucléaires en vue de devancer sa cible d’électricité entièrement renouvelable de 2050 à 2035.

Ainsi, bien que le conflit ait provoqué une hausse des prix du pétrole, il a aussi fait comprendre à de nombreux pays d’Europe leur dépendance face à la Russie et aura, souhaitons-le, des répercussions directes sur la transition verte et le développement d’entreprises se spécialisant dans les biocarburants, les équipements d’énergies solaire ou éolienne, les réseaux électriques ou les services publics renouvelables.

Enfin, malgré la hausse prévue des coûts de l’électricité, des analyses comparatives confirment que le coût total à long terme pour faire rouler une voiture électrique demeurera moins élevé que pour une voiture à essence, et ce, sans même tenir compte de la baisse éventuelle des prix de ces voitures et des batteries rechargeables. L’investisseur responsable défend ses valeurs, bien sûr, mais il comprend aussi que le passage vers cette nouvelle économie représente des milliards de dollars en occasions d’affaires.

En plus du pétrole, les prix des matières premières, des produits agricoles et de certains matériaux de base ont également grimpé en réaction à la guerre. L’Ukraine et la Russie produisent de nombreux matériaux clés pour le développement des technologies propres, comme le néon, qui est essentiel à la fabrication de certains semi-conducteurs actuellement produits par l’Ukraine.

Bien que les événements récents complexifient le développement de certaines entreprises et se répercutent à court terme dans le rendement des fonds en investissement responsable — qui sont par ailleurs souvent exposés de façon importante au marché européen, actuellement le plus ébranlé depuis le début de l’année —, ceux-ci n’éliminent pas le défi à long terme de nourrir huit milliards d’êtres humains. Sachant que l’agriculture durable, l’efficacité industrielle et les bâtiments écoénergétiques sont au cœur de nombreux mandats de fonds en investissement responsable, nous pouvons croire que ce conflit déchirant pourrait être le catalyseur du développement déjà amorcé d’une économie plus durable.

L’investissement responsable ne se limite pas à des choix tenant compte des seuls défis environnementaux. Les facteurs sociaux et de gouvernance en font partie intégrante également. Il n’y a pas meilleur contexte que la semaine du Jour de la Terre pour nous demander si nous sommes prêts à avoir un portefeuille de placements ayant le potentiel de créer des effets positifs pour l’environnement et la société. Je ne vous conseille pas ici de détenir uniquement des titres misant sur le développement des énergies renouvelables, puisque ceux-ci ont souvent un mandat de croissance à long terme.

D’autres solutions peuvent être trouvées en complément à ce type d’investissement afin de créer un portefeuille respectant votre tolérance au risque et vos objectifs, en incluant la portion obligataire de celui-ci. La diversification, peu importe vos valeurs, doit être au cœur de la composition de votre portefeuille.

Personnellement, je dors très bien la nuit, même en sachant que mon portefeuille ne profite pas des récentes performances des combustibles fossiles. De mon côté, il passe le test des valeurs !

Note : si vous avez ce type de questionnements, ne vous privez pas des conseils d’un spécialiste de l’investissement responsable.

 

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