Le départ de Véronique Hivon, une perte d’âme

Élue pour la première fois en 2008, Véronique Hivon n’appartenait pas à la grande époque du PQ. Elle n’a tenu qu’un rôle secondaire dans l’éphémère gouvernement de Pauline Marois et a décliné toutes les invitations à briguer la chefferie.

La députée de Joliette n’en était pas moins l’âme du PQ, dont elle incarnait magnifiquement les valeurs humanistes qui ont présidé à sa fondation. L’indépendance, bien sûr, mais aussi une idée plus généreuse du Québec. Plusieurs verront sans doute dans son départ le signal qu’il est temps de tourner la page.

On loue avec raison sa contribution à l’adoption de la loi sur l’aide médicale à mourir et à la création de tribunaux spécialisés dans les causes d’agression à caractère sexuel. Rarement a-t-on vu un élu avoir une telle aptitude à s’élever au-dessus des lignes de parti tout en sachant offrir une vigoureuse opposition.

On n’élit cependant pas une députée pour le rôle, si utile soit-il, qu’elle pourrait jouer dans l’opposition. On choisit avant tout un gouvernement, et les Québécois ne voient malheureusement plus le PQ le former.

Malgré leur regret de voir partir Mme Hivon, les électeurs de Joliette seront peut-être soulagés de ne pas se retrouver face à l’obligation de choisir entre une députée qu’ils ont aimée et le gouvernement qu’ils souhaitent. Elle leur aura évité ce dilemme.

Même si elle avait été réélue, une députée de plus ou de moins n’aurait pas changé grand-chose tant la situation du PQ paraît désespérée. Pascal Bérubé, qui semble inexpugnable dans son fief de Matane, pourrait bien être le dernier des Mohicans.

On peut très bien comprendre qu’après avoir consacré la plus grande partie de sa vie active à la politique, la députée de Joliette souhaite retrouver une certaine normalité. Elle assure que les sondages désastreux pour le PQ n’ont influé sur sa décision d’aucune façon, mais voir son rêve s’évanouir ne pouvait qu’affaiblir la motivation de cette indépendantiste convaincue.

Plus encore que le charisme et la compétence de ses dirigeants, la force et la grandeur du PQ résidaient d’abord et avant tout dans la ferveur de ses militants, portés par ce même rêve qui n’a cessé de s’éloigner depuis 1995.

Au cours des moments difficiles des dernières années, l’engagement de Véronique Hivon a sans doute constitué une source d’inspiration pour plusieurs. En la voyant partir, ils pourraient se demander à leur tour si la poursuite de ce qui ressemble de plus en plus à un mirage vaut la peine d’y consacrer le meilleur d’eux-mêmes. C’est peut-être en cela que son départ sera le plus dommageable.

Bon nombre de souverainistes qui se sont joints à la CAQ au fil des ans se voulaient pragmatiques, à l’instar de François Legault. Puisque les « conditions gagnantes » n’étaient pas réunies, il s’agissait de préserver l’avenir en empêchant la dissolution dans le grand tout canadien.

Le danger est d’en arriver à se contenter de petites victoires défensives, présentées comme autant d’objets de « fierté », qui ne font en réalité que retarder l’échéance. Faute d’un rêve devenu réalité, quelqu’un doit le garder en vie. Qui pourrait encore le faire, sinon le PQ ?

Les résultats du dernier sondage Léger, qui laissent entrevoir un balayage caquiste le 3 octobre, donnent toute la mesure du reniement de la promesse solennelle qu’était la réforme du mode de scrutin.

Les 44 % d’intentions de vote dont la CAQ est créditée n’ont rien d’exceptionnel : c’est le pourcentage obtenu par le PQ en 1994, et moins que ce qu’a récolté le PLQ en 2003. La différence est que le premier avait remporté 77 sièges, et le second, 76, alors que la CAQ pourrait approcher la centaine.

Dans les deux cas, l’opposition officielle avait fait élire au moins 45 députés. Cette fois-ci, elle pourrait en avoir à peine une vingtaine, voire moins. Même quand Robert Bourassa avait recueilli 55 % des voix, en 1985, le PQ comptait 23 députés.

Tout cela est de mauvais augure pour la démocratie parlementaire. Avec 76 élus, le gouvernement Legault donne déjà des signes d’arrogance inquiétants. Et cette situation ne risque pas de s’améliorer.

Le départ de Véronique Hivon a été l’occasion pour les citoyens de se réjouir de ces moments où l’Assemblée nationale a su mettre la partisanerie de côté au nom du bien commun. Une telle collaboration risque d’être plus difficile si le balayage annoncé se concrétise. Un parti en position de quasi-monopole a toujours tendance à confondre l’intérêt public avec le sien.

 

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