La mutinerie des anglophones du PLQ

Au moment où le Parti libéral du Québec tente, en proposant une charte des régions, un ultime effort pour éviter d’être refoulé dans ses derniers retranchements montréalais, voilà qu’une mutinerie éclate au sein même de la forteresse.

À moins de six mois des élections générales, l’apparition d’un nouveau parti qui sollicitera spécifiquement le vote libéral non francophone était bien la dernière chose dont il avait besoin. La campagne s’annonçait déjà difficile ; elle pourrait maintenant tourner au cauchemar.

L’ancien candidat à la mairie de Montréal, Balarama Holness, a été on ne peut plus clair : le parti qu’il dirigera, baptisé Mouvement Québec, a dans sa mire les comtés de l’ouest de Montréal que le PLQ a réussi à sauver du naufrage de 2018.

L’expérience de 1989 a démontré qu’aucune circonscription libérale n’est à l’abri d’un mouvement de colère de la communauté anglophone quand elle a l’impression d’être trahie par le parti qu’elle a toujours vu comme son protecteur contre ce qu’elle perçoit comme la tyrannie de la majorité francophone.

Cette année-là, le parti Égalité avait fait élire ses quatre députés là où le PLQ avait recueilli de fortes majorités aux élections précédentes : D’Arcy-McGee (21 672 voix), Jacques-Cartier (20 404 voix), Notre-Dame-de-Grâce (17 726 voix) et Westmount (15 083 voix).

Robert Bourassa savait parfaitement qu’il y aurait un prix à payer pour l’adoption de la loi 178, qui maintenait la règle de l’unilinguisme français dans l’affichage commercial, à l’encontre d’un jugement de la Cour suprême. Les trois ministres anglophones de son cabinet avaient démissionné avec fracas. Forts de l’appui d’une grande partie des francophones, les libéraux avaient néanmoins fait élire 92 députés.

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Cette fois-ci, le PLQ ne pourra pas compter sur les francophones, comme en témoignent les maigres 7 % récoltés lors de la récente élection partielle dans Marie-Victorin.

Sans l’appui des anglophones, des circonscriptions situées à l’extérieur du West Island deviennent également vulnérables. Saint-Henri–Sainte-Anne, par exemple, où la cheffe du parti, Dominique Anglade, l’avait emporté avec une majorité de 4224 voix en 2018. Ou encore Marquette, où celle d’Enrico Ciccone était de 4026 voix.

Aux élections municipales de novembre dernier, M. Holness a recueilli seulement 7,23 % des voix pour le poste de maire, mais le parti qu’il a créé, Mouvement Montréal, a dépassé les 15 % — voire les 20 % — dans certains arrondissements où réside une proportion significative de non-francophones.

À la fin mars, la présidente du Quebec Community Groups Network (QCGN), Marlene Jennings, disait que la création d’un nouveau parti « pourrait être dévastatrice pour le PLQ », qui « semble avoir oublié sa raison d’être ».

Déjà, selon les dernières projections du site Québec125, la représentation libérale à l’Assemblée nationale pourrait passer de 27 à 17 sièges l’automne prochain. Cela sans prendre en compte l’arrivée de ce nouveau joueur.

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Courir deux lièvres à la fois donne toujours les mêmes résultats. La cheffe libérale avait tort de croire qu’elle pouvait rivaliser avec la CAQ sur le terrain du nationalisme. Ses maladresses dans le débat sur le projet de loi 96 sur la langue, comme dans celui sur la laïcité, ont finalement eu pour effet de mécontenter les uns et les autres.

Au congrès de novembre dernier, le dossier linguistique avait été délibérément mis de côté pour éviter que les divisions n’éclatent au grand jour, mais elles n’ont fait que s’aggraver depuis.

Le député de LaFontaine, Marc Tanguay, n’a réussi qu’à se ridiculiser avec sa grossière tentative de dépoussiérer l’épouvantail référendaire la semaine dernière. Les anglophones, qui lisent les sondages comme tout le monde, n’ont pu qu’être insultés d’être pris pour des valises.

Le spectacle offert par le PLQ devient plus pathétique chaque jour. En cherchant maintenant à se présenter comme une victime du paternalisme du premier ministre Legault, Mme Anglade a elle-même donné l’impression de ne plus savoir à quel saint se vouer. M. Legault ne gagnera sans doute jamais un prix de féminisme, mais les difficultés du PLQ tiennent à bien d’autres choses.

Depuis qu’elle est devenue cheffe, elle a surtout réussi à transformer son parti en girouette. Après avoir constaté l’inutilité de chercher à doubler QS sur sa gauche, voilà maintenant qu’elle veut redonner au PLQ l’image de développeur qui avait jadis fait sa fortune.

Il ne reste plus qu’à voir à quelle nouvelle acrobatie elle va se livrer pour présenter une position constitutionnelle qui conciliera l’affirmation de la spécificité du Québec et la défense de l’unité canadienne sans donner l’impression qu’elle a été élaborée par Elvis Gratton.

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