Technologie: L'État technologique, un simple ministre ne suffira pas

Au cours des 20 prochaines années, le Québec sera confronté à un chantier technologique sans précédent. Que ce soit l'informatisation et l'uniformisation du réseau de la santé, la reprise du projet GIRES sous une tout autre forme, l'implantation du fameux gouvernement en ligne, le renouvellement du parc informatique et j'en passe, le gouvernement du Québec devra revoir ses infrastructures technologiques et logicielles afin de faire face aux grands enjeux du XXIe siècle.

En ce sens, la réflexion de monsieur Fischer mérite qu'on s'y attarde. En effet, comme il le soulignait avec justesse sur un carnet Web, le Québec doit prendre conscience de tous les enjeux soulevés par l'utilisation des technologies de l'information. Il y a urgence, et les NTIC offrent toutes les possibilités pour faire avancer le Québec moderne dans ce concept de développement durable qui semble être le nouveau mantra du gouvernement québécois.

Toutefois, un ministre des Technologies de l'information est-il la solution aux problématiques soulevées par Hervé Fischer? Advenant la création d'un tel ministère, ce futur ministre serait appelé à gérer des dossiers horizontaux dotés de budgets colossaux. Cela sous-entend donc que ce ministre aurait certains pouvoirs sur ses autres collègues. Or, le seul ministre qui possède effectivement ces pouvoirs d'influer sur ses collègues se nomme... le premier ministre.

Et ce, sans parler de la difficulté à trouver un ministre à la fois compétent en nouvelles technologies et apte à comprendre les grands enjeux stratégiques qui se dessinent afin d'éviter d'engager le gouvernement dans de coûteuses dépenses. Or, quand on sait que, pour plusieurs d'entre eux, la simple mention du mot ordinateur provoque une poussée d'urticaire, on se doute que le candidat idéal ne fait pas partie de l'équipe actuelle.

Quel type de gouvernance?

Afin de bénéficier de toute l'aide possible nécessaire à réalisation de cette Baie-James de la technologie, il convient donc de proposer un nouveau type de gouvernance. En cela, il faut louer le rapport du député Henri-François Gautrin sur le gouvernement en ligne qui avait justement réfléchi à ces enjeux.

Selon le rapport Gautrin, la réalisation de ces importants projets «ne serait possible que dans la mesure où les règles d'autorité et de gouvernance [seraient] clairement établies et que le projet de gouvernement en ligne [relèverait] de la plus haute autorité, soit celle du premier ministre».

En effet, le rôle, et surtout le poids moral du premier ministre, sont indispensables à la mise en oeuvre d'un tel chantier. Son leadership et son autorité sont primordiaux afin de mener à terme ces grands travaux.

Nous nous attendions donc à voir l'Assemblée nationale voter sur la création d'un poste de Dirigeant principal de l'information (DPI), rattaché directement au Conseil exécutif (le ministère du premier ministre). Travaillant sous la houlette du premier ministre, le DPI aurait eu la responsabilité de la stratégie de développement et de mise en oeuvre du gouvernement en ligne.

Malheureusement, il semble qu'il en sera tout autrement. En effet, le futur Dirigeant principal de l'information de l'État québécois relèvera plutôt du secrétariat du Conseil du trésor, le tout étant présentement en commission parlementaire. À tout prendre, il eût mieux valu que ce poste de DPI relevât du premier ministre.

Comme le Vérificateur général

Cependant, selon nous, la solution idéale, qui n'a jamais été considérée, eût été de faire du Dirigeant principal de l'information un véritable agent du parlement, au même titre que le Vérificateur général ou le Protecteur du citoyen.

Considérant l'ampleur des projets à venir et des investissements que le gouvernement devra faire au cours des 10 à 20 prochaines années, un poste de DPI tributaire de l'Assemblée nationale, avec un budget voté au salon de la race, aurait en premier lieu contribué à régler les problèmes potentiels de conflits d'intérêts.

De plus, la création d'un tel poste, totalement apolitique, aurait eu une force de frappe considérable auprès de tous les ministres. Il aurait pu inculquer au sein de tous les ministères sa vision, sa stratégie de mise en oeuvre. Son poids moral aurait pu contribuer à aplanir certains conflits qui, inévitablement, sont appelés à surgir lors d'un tel chantier.

Malheureusement, le premier ministre en a décidé autrement. Dommage.

Dommage aussi qu'il n'ait pas, à tout le moins, suivi les recommandations du rapport Gautrin. Espérons cependant que la présidente du Conseil du trésor et le futur Dirigeant principal de l'information pourront travailler ensemble afin d'engager vers une vision d'ensemble les différents intervenants concernés dans la mise en oeuvre de ce grand chantier.

mdumais@ledevoir.com

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