La vengeance du virus démasqué

Reparlons de la COVID, sujet qui n’intéressait plus grand monde. Dès la mi-avril, ça devait être dans la poche : bas les masques, même pour les Québécois groupés en rangs serrés. On passait à autre chose, ça suffisait, et basta ! Le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, avait beau minimiser l’ampleur du rebond, depuis mercredi, c’est officiellement reparti. La sixième vague est arrivée.

Damné virus mutant en BA.2 plus contagieux qui s’entête à hausser le nombre des contaminés. Même François Legault et Geneviève Guilbault ont été frappés au haut de la pyramide. Depuis deux semaines, on voyait bien l’indésirable affliger notamment un grand nombre d’artistes, qui se le refilaient par contacts au boulot, entre amis. Je pense à tous ces tournages et spectacles, en reprise de vie et d’espoir, soudain obligés de se mettre en pause parce que des comédiens, des musiciens ou des membres essentiels de l’équipe étaient alités. Fâcheuses éclosions printanières que celles des bourgeons ne sauront faire oublier.

À croire que la COVID trop tôt démasquée se vengeait de se sentir dédaignée. Elle reprend la vedette. On n’avait même plus besoin des statistiques quotidiennes éloquentes pour se faire une idée, mais plusieurs détournaient les yeux : courbe ascendante dans les hôpitaux comme sur les scènes et parmi nos connaissances qu’on voyait s’aliter, même triplement vaccinées. Décourageant !

Le milieu de la culture, sorti de sa tanière après les confinements divers, n’aura jamais vu sa communauté aussi touchée par la bête à pics. C’est dire…

À Montréal, des représentations avaient été annulées chez Duceppe, à l’Espace libre, à La Licorne ; dans la capitale, au Grand Théâtre, au Diamant à l’Anti bar & spectacles ; ailleurs aussi. À travers le Québec, des dizaines de tournées de chanteurs piquaient du nez.

Avant la date butoir prévue le 15 avril, plusieurs spectateurs enlevaient déjà le masque en contaminant leurs voisins. D’autres se faisaient rembourser leurs billets, trop malades pour s’y pointer.

Nous étions quand même quelques-uns à trouver ce retrait des mesures sanitaires prématuré, décrété pour des raisons stratégiques avant tout, histoire de calmer les esprits excédés. C’est sûr, la population a la langue à terre et les gestes barrières sont tombés un peu partout sur la planète. Le Québec participe au mouvement mondial qui vise l’immunité collective. Mais quand ça repart en peur, sommes-nous plus avancés ? Le masque méritait de rester en place plus longtemps. On l’avait compris en s’en désolant. Ça se contamine vite, une salle de concert, de théâtre et de cinéma, au coude à coude, quand plusieurs spectateurs ne sont pas vaccinés. Les interprètes et musiciens sur les planches deviennent aussi à haut risque d’attraper le mal. Aidons-les donc à nous faire rêver !

Je connais plusieurs personnes qui n’avaient plus envie de se retrouver dans des salles bondées, si l’échéance de la mi-avril demeurait en vigueur, guère rassurées sur leurs deux pattes. D’autres gardaient le sourire, tout à leur joie d’une vraie reprise comme c’était avant le fléau, quand on était capables de reconnaître son voisin de siège et de lui voir la bouche remuer. N’empêche…

Les avis étaient jusqu’ici partagés chez les directeurs d’établissements de spectacle. Certains voulaient miser sur ce printemps hâtif dans l’optimisme, quitte à perdre quelques représentations quand un artiste était contaminé, le temps de sa remise sur pied. Après tout, les vaccins minimisent les dégâts potentiels. On en meurt peu désormais, on reste couché moins longtemps, mais plusieurs l’attrapent fort et la contagion est trop vive. Aujourd’hui, le doute s’immisce. Nous sommes habitués au port du masque. Un peu plus, un peu moins longtemps… Et la distanciation avait du bon.

On me répondra que le milieu de la culture en a vu d’autres après deux ans de pandémie. Qu’il a fermé ses portes, géré des reprises, des jauges réduites, puis de nouveaux arrêts. Qu’il a développé une expertise dans l’art du remboursement, dans la mise en veilleuse de ses spectacles phares et dans le soutien aux affligés. Reste que plusieurs artistes ont changé de métier face à la précarité accrue de leur situation déjà difficile. Le coronavirus a laissé des trous béants dans le monde des arts, et modifié des habitudes de consommation.

Oui, les nouvelles mesures d’aide de la ministre de la Culture Nathalie Roy, annoncées la semaine dernière à la présentation du budget, tombent à point nommé. Un investissement supplémentaire de 147,6 millions en 2022-2023 aidera le secteur à éponger des pertes covidiennes. Il en aura bien besoin. Reste cette impression que la sixième vague a trop profité du relâchement des précautions phares, et qu’il est encore temps, pas juste sur le masque, de reculer.

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