L’iPhone de toutes les arnaques

Une application musicale qui facture 520 $ par an contre le gré de ses abonnés. Un portefeuille numérique qui dilapide le fonds de retraite de ses utilisateurs. Un jeu pour enfants qui est en réalité un casino en ligne… Les arnaques pleuvent dans les boutiques d’applications d’Apple et de Google. Et très peu est fait pour freiner le phénomène. En fait, le pire reste peut-être à venir.

Au début janvier, les créateurs de l’application montréalaise AmpMe se sont soudainement retrouvés dans l’embarras quand il a été découvert que l’application faisait tout ce qu’elle pouvait pour forcer ses utilisateurs à s’y abonner. Le coût de cet abonnement s’élève à 10 $ par semaine. Le renouvellement est automatique et à perpétuité. Le résilier par la suite est plutôt compliqué.

Depuis 2018, AmpMe aurait, selon l’estimation d’analystes indépendants, engrangé des revenus de 18 millions de dollars américains en misant sur ce stratagème. L’application mise aussi sur une tonne de critiques élogieuses qui paraissent sur sa page dans l’App Store. Léger détail : ces critiques dithyrambiques ont manifestement l’air fausses.

Il faut dire que, pour faire « vendre » des applications, les faux éloges sont une tactique très répandue. Pour faire des sous, les abonnements aux modalités pas toujours très claires en sont une autre. Tant Apple que Google, qui pour sa part gère le Play Store des téléphones Android, peinent à toutes les attraper.

Les plateformes mobiles n’ont pas non plus le monopole des applications aux méthodes suspectes. AmpMe est le fruit d’un développeur montréalais qui a été critiqué par le Commissaire à la protection de la vie privée du Canada en 2017 pour la façon dont il facilitait l’installation de logiciels espions sur l’ordinateur personnel de ses utilisateurs.

Devenant soudainement la cible des critiques, les créateurs d’AmpMe ont réagi vers la mi-janvier en réduisant de moitié leurs tarifs d’abonnement. Ils ont aussi admis avoir eu recours sans trop les surveiller à des consultants dont l’expertise est de maximiser par tous les moyens la popularité des applications sur les boutiques mobiles.

On dit que faute avouée est à moitié pardonnée.

Moins de publicité

 

Celui qui a lancé l’alerte à propos d’AmpMe se nomme Kosta Eleftheriou. Il est un des plus sévères critiques des méthodes utilisées par Apple pour trier les applications qui se retrouvent sur son App Store. Il partage d’ailleurs sur son compte Twitter le nom de plusieurs applications qui ont toutes les apparences d’une arnaque. La plupart ne veulent qu’une chose : gagner de l’argent le plus rapidement possible.

Selon les experts, de telles pratiques sont de plus en plus fréquentes ces jours-ci sur les boutiques d’applications d’Apple et de Google. Car les deux entreprises semblent incapables d’endiguer le phénomène. Pire : elles pourraient malgré elles avoir jeté de l’huile sur le feu.

Comment ? Apple a décidé l’automne dernier de réduire l’emprise qu’ont les régies publicitaires sur ses appareils mobiles. Et cela semble fonctionner : Facebook dit avoir perdu 10 milliards de dollars américains l’an dernier uniquement en raison de ces limites imposées par Apple. Aux États-Unis, l’iPhone représente un peu moins de la moitié de tous les sans-fil en circulation. C’est donc dire que 10 autres milliards sont en jeu du côté des appareils Android. Et on ne parle que des États-Unis…

Justement, la semaine dernière, Google a annoncé qu’il allait imiter Apple. Google a présenté un projet appelé Privacy Sandbox (le « carré de sable de la confidentialité »), qui ajoutera au cours des prochains mois sur les téléphones Android des réglages pour brouiller la piste de la publicité en ligne.

Les développeurs d’applications tous azimuts risquent donc de perdre une bonne partie de leurs revenus, puisque le marché du mobile repose très largement sur la publicité pour être rentable. Plusieurs de ces développeurs voient désormais le modèle par abonnement comme leur meilleur moyen de compenser cette baisse de revenus.

Davantage d’abonnements

Ce n’est pas une si bonne nouvelle pour les propriétaires d’un téléphone intelligent, prédit le spécialiste de la mobilité Martin Dufort. « On trouve toute sorte d’arnaques sur l’App Store, car on y trouve aussi un énorme bassin d’utilisateurs qui ont de l’argent à dépenser, observe-t-il. Les arnaqueurs vont vouloir profiter de ce virage. »

D’autant plus que c’est facile de faire dépenser ces utilisateurs, souvent même à leur insu. « Les gens ne lisent pas toujours jusqu’au bout les conditions d’utilisation, et il est facile de cacher dans les petits caractères ce à quoi ils s’abonnent », poursuit le spécialiste. « Et en ce moment, Apple et Google facturent automatiquement à la fin d’un essai gratuit sans intervention de l’utilisateur. »

Certains développeurs d’applications pressés de récupérer le plus tôt possible l’argent échappé du côté de la publicité seront tentés d’exploiter le laxisme des modalités d’abonnement des boutiques d’applications mobiles. Ils seront certainement prêts à tout. Comme embaucher les mêmes consultants en marketing qui ont mis AmpMe dans le trouble. Ou embarquer des utilisateurs imprudents dans des formules abusives d’abonnement hypercoûteux.

Évidemment, Apple et Google pourraient rapidement limiter les abus. En imposant une expiration automatique des abonnements après un certain laps de temps, par exemple. Mais ils ne le font pas. Au moins, Apple fournit déjà les outils nécessaires aux créateurs d’applications pour qu’ils soient les plus transparents possible sur les frais récurrents qu’ils demandent. Mais ils demeurent à ce jour trop peu utilisés.

Bref, en attendant un encadrement plus sévère de l’abonnement, ce sera aux propriétaires de sans-fil d’être vigilants.

Cliquer trop vite sur une application pourrait finir par coûter cher…

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