L’oracle de Marie-Victorin

Depuis que la victoire de Geneviève Guilbault dans Louis-Hébert, le 2 octobre 2017, a ouvert la voie au triomphe de la CAQ un an plus tard, une élection partielle a pris valeur d’oracle.

François Legault y avait tout de suite vu « un message à tout le Québec » et un tournant décisif. « Imaginez-vous : si c’est possible de prendre Louis-Hébert, c’est possible de prendre à peu près toutes les circonscriptions », avait-il lancé.

Il y avait déjà eu 14 élections partielles depuis le retour au pouvoir des libéraux en 2014, et la performance du PLQ avait été en moyenne supérieure de 4 points à ce qui avait été projeté à partir des plus récents sondages effectués à l’échelle du Québec.

Certes, les circonstances de la démission de Sam Hamad avaient laissé un goût amer à de nombreux militants libéraux de Louis-Hébert, et le désistement en catastrophe du candidat choisi initialement, Éric Tétrault, en raison d’allégations de harcèlement psychologique et d’intimidation, n’avait pas aidé les choses.

De là à penser que sa remplaçante, Ihssane El Ghernati, obtiendrait 20 points de moins que ce qui avait été projeté, il y avait cependant une marge. Il n’était pas davantage prévisible que cette dégelée serait suivie d’une débandade générale du PLQ à l’élection générale du 1er octobre 2018, alors qu’il a subi la pire défaite en 150 ans d’histoire.

On avait coutume de dire que les électeurs profitaient d’une partielle pour « envoyer un message au gouvernement », sans nécessairement le désavouer. Le gouvernement Lévesque avait perdu les 10 élections partielles tenues durant son premier mandat, ce qui ne l’avait pas empêché d’être réélu facilement en 1981, récupérant au passage deux circonscriptions perdues lors de partielles et une autre où il n’avait jamais gagné.

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En décembre, les stratèges de la CAQ se disaient convaincus que l’élection dans Marie-Victorin serait une simple formalité, ce qui incitait le premier ministre à vouloir la déclencher « après les Fêtes ».

Plus de deux mois ont passé, tous les candidats sillonnent la circonscription, mais le coup de départ, que l’opposition réclame à l’unisson, ne sera officiellement donné que « dans les prochaines semaines ». Autrement dit, quand les dernières restrictions sanitaires auront été levées et que la vie aura repris un cours plus normal.

Les projections du site Qc125 accordent un léger avantage à la CAQ sur le PQ, mais le souvenir de Louis-Hébert demeure présent dans les esprits. On ne parle plus de la victoire facile anticipée en décembre.

La semaine dernière, la CAQ a commencé à s’enquérir des besoins des médias en prévision de la campagne de l’automne prochain. En faisant ronfler les moteurs avec une précocité tout à fait inhabituelle, on souhaite manifestement inscrire la partielle dans Marie-Victorin dans la dynamique de l’élection générale.

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À moins d’un revirement épidémiologique inattendu, les électeurs de Marie-Victorin seront les premiers à exprimer dans l’urne l’humeur post-COVID et les nouvelles préoccupations de la population.

Après deux années durant lesquelles la période de questions à l’Assemblée nationale a été pratiquement monopolisée par la gestion de la pandémie, les partis d’opposition n’en ont plus que pour les méfaits de l’inflation, qui inquiètent 86 % des Québécois, selon un récent sondage Léger.

Depuis le début de la semaine, leurs interventions ont porté essentiellement sur la hausse du coût de la vie, la crise du logement, la hausse vertigineuse du prix du panier d’épicerie et de l’essence, des tarifs d’Hydro-Québec, etc. La pandémie semble déjà chose du passé. Sur la sellette depuis un an et demi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, n’intéressait plus personne.

Le ministre des Finances, Eric Girard, a indiqué que son prochain budget, le dernier du mandat, qui sera présenté le 22 mars, inclura des mesures visant à atténuer les effets de la hausse de l’inflation qui bénéficieront à une plus grande partie de la population que celles annoncées dans la mise à jour de l’automne dernier.

Bien entendu, cela ne suffira pas, mais ce qu’on y consacrera devra nécessairement être prélevé ailleurs. Gabriel Nadeau-Dubois s’inquiète déjà de voir la lutte contre les changements climatiques reléguée au second plan. Il n’a pas tort. Chez les 18-34 ans, qui y sont généralement plus sensibilisés, 45 % disent avoir rogné sur la qualité de leur nourriture au cours des dernières semaines.

Quand il est problématique de remplir le réfrigérateur et de payer le loyer ou l’hypothèque, voire de trouver un logement, la protection de l’environnement devient soudainement moins urgente.

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