Les Jeux blancs

Un bénévole balaie l’entrée du Palais omnisports de Pékin où se déroulaient, dimanche matin, les épreuves de patinage courte piste.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un bénévole balaie l’entrée du Palais omnisports de Pékin où se déroulaient, dimanche matin, les épreuves de patinage courte piste.

Pendant trois semaines, notre reporter Éric Desrosiers et notre photographe Marie-France Coallier partageront leur expérience de la couverture des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, des coulisses aux compétitions.

Elle y aura mis le temps, mais elle est finalement venue au 12e jour de compétitions de ces Jeux olympiques d’hiver. La neige.

On l’avait vu passer à l’écran sur les images qui nous arrivaient de la montagne la veille, mais on aurait pu mettre cela sur le compte d’un bref accident météorologique ou d’un mauvais signal vidéo. Mais dimanche matin, il n’y avait plus de doute possible. Pékin était recouverte d’un mince, mais non moins blanc manteau, et la neige tombait même si dru au site de ski alpin de Yanqing qu’il a fallu annuler un entraînement de descente féminine.

Qu’on se rassure, il n’a pas été nécessaire de fermer les écoles, et personne ne devrait rester pris pendant des jours sur des autoroutes bloquées par la neige. C’est seulement que, pour des Jeux d’hiver, ces Jeux de Pékin manquaient cruellement de ce qui est normalement censé toujours faire partie du décor.

Photo: Éric Desrosiers Le Devoir Une rue de Pékin enneigée

On a déjà amplement raconté comment la totalité de la neige nécessaire aux compétitions avait été produite artificiellement dans ces régions arides, où moins de trois centimètres de neige tombent en moyenne par année. Concrètement, cela donne des centres de ski où il n’y a littéralement un tapis blanc qu’aux endroits où des skieurs doivent passer. C’est un peu comme ces terrains de golf en plein désert de l’Arizona, où il n’y a de l’herbe qu’aux endroits où les balles des joueurs seraient censées atterrir. On a beau comprendre la situation, on n’arrive pas à se défaire de l’idée qu’il y a quelque chose qui cloche.

Dans la capitale, c’était pire. Jusqu’à dimanche matin, c’était le printemps, et il n’y avait pas neige qui vive, mis à part celle fabriquée pour le grand saut de Shougang pour le ski acrobatique et le surf des neiges, et celle ramassée par les Zambonis des différentes patinoires. Difficile de dire si notre joie était partagée par les Pékinois, mais il faisait chaud au cœur de les voir déblayer les trottoirs avec des pelles et de grands balais faits de branches, et de voir leurs enfants accroupis dans les parcs essayant de faire tenir la neige pas assez collante. Difficile de dire aussi dans combien de temps ce miracle aura fondu.

Photo: Éric Desrosiers Le Devoir Séance de déneigement à Pékin

C’est peut-être le prix à payer pour ne pas tenir les Jeux d’hiver toujours dans un même petit nombre de pays nordiques, surtout en cette ère de réchauffement climatique. Peut-être règlera-t-on un jour le problème en mettant au point de la neige en plastique recyclé aussi bonne que la vraie ? Mais comme un Noël qui ne serait pas blanc, des Jeux d’hiver sans neige, c’est quand même triste.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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