Le prix de consolation

« Norms are norms are norms », a lancé jeudi le député libéral de D’Arcy-McGee, David Birnbaum, à la suite de l’annulation du projet d’agrandissement du collège Dawson, qui a provoqué l’indignation de la communauté anglophone.

Il faisait bien sûr écho au célèbre cri du cœur « Rights are rights are rights », poussé en 1988 par l’ancien ministre Clifford Lincoln quand Robert Bourassa avait décidé d’utiliser la disposition de dérogation pour maintenir la règle de l’unilinguisme français dans l’affichage commercial, à l’encontre d’un jugement de la Cour suprême.

Peu avant les élections de 1985, le député de Notre-Dame-de-Grâce, Reed Scowen, avait fait adopter par les délégués au conseil général du PLQ une résolution qui engageait un éventuel gouvernement libéral à rétablir le droit à l’affichage bilingue, que la loi 101 avait interdit huit ans plus tôt.

Sauf qu’en 1988, le climat avait passablement changé. Depuis le retour au pouvoir des libéraux, les francophones s’inquiétaient de voir l’anglais reprendre du terrain. La loi 101 semblait moins respectée, la population craignait à nouveau d’être submergée par une immigration qui avait peu d’appétit pour le français.

Même si le PLQ menait largement dans les sondages, l’arrivée de Jacques Parizeau avait redynamisé le PQ, de sorte que M. Bourassa avait jugé imprudent de tenir l’engagement de 1985. La démission de ses trois ministres anglophones lui semblait un moindre mal.

La suite des choses lui a donné raison. Aux élections du 25 septembre 1989, la colère des anglophones a valu quatre députés à l’éphémère Parti égalité, mais le PLQ en a fait élire 92, et le PQ, 29.

Après la victoire caquiste de 2018, le gouvernement Legault a repris à son compte le projet d’agrandissement du collège Dawson, qui avait déjà été approuvé par celui de Philippe Couillard, en toute conformité avec les normes du ministère de l’Éducation.

Il l’a ensuite inclus dans la liste des projets d’infrastructures prioritaires annexée au projet de loi 61 présenté en juin 2020, puis dans sa nouvelle mouture présentée en septembre de la même année.

En février 2021, le gouvernement s’était également opposé à une motion présentée par le PQ qui réclamait l’annulation du projet et la redistribution des sommes prévues aux collèges francophones. On peut comprendre les anglophones de crier à la trahison.

Pourtant, les arguments que M. Legault fait valoir aujourd’hui pour justifier l’annulation étaient tout aussi valables il y a trois ans. Les collèges anglophones, et particulièrement Dawson, accueillaient déjà une clientèle majoritairement non anglophone, et les collèges francophones avaient déjà d’urgents besoins. Dès lors, comment expliquer cette nouvelle volte-face ?

De toute évidence, le gouvernement s’est rendu compte que le projet de loi 96 sur la langue, qu’il a présenté comme une « nouvelle loi 101 » et sur lequel il comptait pour se présenter comme le champion de la protection du français, n’a convaincu personne. Il a plutôt été perçu comme une demi-mesure qui ne suffira pas à freiner l’anglicisation accélérée de la région de Montréal.

Annuler une décision qui n’aurait jamais dû être prise au départ est sans doute une bonne chose, mais c’est simplement ici une tentative de compenser le refus d’étendre les dispositions de la loi 101 au niveau collégial. Un prix de consolation qui ne règle pas le problème.

Ce n’est pas non plus en dépréciant la québécité des libéraux, comme il l’a fait de façon puérile à l’Assemblée nationale, que M. Legault va démontrer que lui-même fait ce qui doit l’être. Comme dirait Jean Chrétien, la question n’est pas de savoir qui est le « plus pire ».

Cette semaine, le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, qui est aussi ministre de la Justice, s’est fait rappeler de façon brutale les limites que l’appartenance à la fédération canadienne lui impose, quand la Cour supérieure lui a signifié qu’il ne pouvait pas s’opposer à l’exigence du bilinguisme pour le poste de juge à la Cour du Québec.

Le juge Christian Immer lui a clairement dit de se mêler de ses affaires : « Une fois qu’il a demandé à la secrétaire d’ouvrir le concours, il n’a aucun mot à dire sur l’inclusion des besoins exprimés par la juge en chef dans l’avis ni sur l’identité des personnes qu’il doit nommer. »

Pour des raisons qu’il expliquera peut-être un jour, M. Legault croit maintenant que les avantages de faire partie du Canada l’emportent sur les inconvénients, par exemple qu’un juge doive parler anglais pour siéger à la Cour du Québec.

La Constitution ne l’empêcherait cependant pas d’imposer la loi 101 au cégep. Le fédéralisme est parfois insupportable, mais on ne peut quand même pas tout lui mettre sur le dos.

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