Une divulgation ESG dans l’opacité

Les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) se heurtent encore à une divulgation trop timide. Les grandes entreprises demeurent majoritaires à ne pas dévoiler l’attention qu’elles portent au développement durable et les actions qu’elles posent en la matière. Pour les autres, à peine un tiers des investisseurs estiment que la qualité de l’information reçue est adéquate.

Dans son rapport publié cette semaine, la firme d’experts-comptables PwC Canada observe que seulement 41 % des 150 plus grandes entreprises canadiennes publient un rapport ESG sur la place qu’occupe le développement durable dans leur stratégie, selon une analyse effectuée en septembre 2021. On ne parle, ici, que d’entreprises inscrites en Bourse. Que penser alors de l’ouverture et de la transparence chez les entreprises privées ?

On ajoute que 62 % des entreprises sondées disent reconnaître les facteurs, mais que seulement 30 % ont établi des délais d’exécution pour atteindre leurs objectifs ESG. L’inertie est plus marquée face au réchauffement climatique. Seulement 35 % ont un engagement formel de zéro émission nette, mais à peine 17 % d’entre elles se sont fixé une échéance.

Dans le cadre d’un sondage mondial ESG mené par PwC en septembre, cette fois auprès des investisseurs, « près de 80 % des répondants ont affirmé considérer les facteurs ESG comme un élément important dans leurs décisions de placement », et la moitié ont déclaré être prêts à retirer leur investissement des entreprises qui n’agissent pas suffisamment sur ce plan.

Un processus de certification

 

En outre, 73 % des investisseurs mondiaux affirment qu’il est important que les indicateurs ESG soient certifiés de façon indépendante. Or, 20 % des entreprises canadiennes analysées ont un processus de certification en place. Et seulement 18 % des indicateurs se comparaient à ceux de leurs concurrents ou à d’autres références externes, dans un environnement réglementaire où la divulgation demeure volontaire et où l’harmonisation fait défaut.

« Dans l’ensemble, l’information ESG publiée par les grandes entreprises du pays ne répond pas aux exigences des marchés de capitaux et des parties prenantes. Cela les rend vulnérables aux rumeurs d’écoblanchiment », souligne PwC.

Enthousiasme récent chez les épargnants

 

Cette lecture est aussi à mettre dans la perspective d’un enthousiasme encore récent pour les facteurs ESG chez les investisseurs dits de détail. Du moins, l’engouement demeure marginal chez les épargnants, si l’on s’en tient aux données de l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC) publiées cette semaine.

Les actifs des fonds communs de placement et des fonds négociés en Bourse (FNB) axés sur l’investissement responsable totalisaient 33,6 milliards et 8,1 milliards de dollars respectivement à la fin de 2021. Ce qui correspond à 1,6 % des actifs totaux des fonds communs de placement et à 2,4 % des actifs totaux des FNB.

Au-delà du faible poids, l’IFIC constate que les fonds d’investissement responsable ont considérablement augmenté leurs ventes nettes ces deux dernières années. Elles ont totalisé 17,4 milliards en 2021, après être demeurées sous le milliard avant 2020. Certes, elles ont été multipliées par 3,4 l’an dernier par rapport à 2020, mais elles suivaient, en cela, la multiplication par 3,6 des ventes nettes des fonds communs de placement, dans un contexte d’épargne accrue accumulée durant la pandémie et d’attrait des rendements boursiers combiné à la faiblesse des taux d’intérêt.

Mais PwC de rappeler qu’il n’y a pas que les investisseurs. Que les employés, les prêteurs, les clients, les régulateurs et les autres parties prenantes fondent aussi leurs décisions sur une information ESG permettant transparence et responsabilité.

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