Qui va payer?

C’est dans le courant de février que Christian Dubé dévoilera les détails de son plan de « refondation » du réseau de la santé, mais une chose est certaine : il faudra y consacrer encore plus d’argent, alors qu’il accapare déjà près de la moitié du budget de l’État.

Le taux d’augmentation des dépenses de santé est déjà supérieur à celui des revenus, et les Québécois sont déjà les plus taxés au pays. Le premier ministre Legault a été très clair mardi : une hausse de la contribution fédérale est essentielle à un réinvestissement dans le réseau.

Même s’il rappelle périodiquement qu’Ottawa n’assume plus que 22 % des coûts de santé, alors que la proportion était jadis de 50 %, il y a eu une sorte de trêve dans le débat sur le Transfert canadien en matière de santé (TCS) depuis le début de la pandémie.

On ne peut certainement pas accuser le gouvernement Trudeau d’avoir fait preuve de pingrerie au cours des deux dernières années. Les provinces ont obtenu toute l’aide qu’elles souhaitaient pour traverser la crise, même si Ottawa a manifestement cherché à profiter de la situation pour empiéter sur leurs champs de compétence.

Les Québécois, comme les Canadiens, n’auraient pas aimé que la pandémie devienne le théâtre d’une autre de ces foires d’empoigne qui sont le lot des relations fédérales-provinciales, mais ils n’ont sans doute rien perdu pour attendre.

Alors que les morts s’accumulaient dans les établissements de soins de longue durée, ce n’était évidemment pas le moment de chercher à imposer des normes pancanadiennes, mais M. Trudeau n’a jamais donné le moindre signe d’y avoir renoncé, bien au contraire. Le jour n’est sûrement pas loin où l’industrie constitutionnelle va se déconfiner à son tour.

  

Au fil des décennies, les chicanes à propos des transferts fédéraux en sont venues à faire partie du paysage, à tel point que la population a cessé d’y prêter attention. Peu importe qui avait tort ou raison, elle voulait simplement des services.

La pandémie a cependant eu pour effet de mettre en lumière les lacunes du réseau de la santé, contre lesquelles chacun pouvait pester à l’occasion, mais qui demeuraient somme toute supportables.

Soudainement, la pénurie de personnel ou la détresse des infirmières, dont les médias faisaient périodiquement état sans que notre vie quotidienne en soit affectée, ont eu des effets bien concrets. Si des mesures sanitaires ont été imposées et que l’espace de liberté de tous a été réduit, c’était d’abord pour éviter l’écroulement du réseau.

Il est vrai que la mémoire est une faculté qui oublie et que les priorités changent au fur et à mesure que les mauvais souvenirs s’effacent. On peut cependant penser que la pandémie a eu un effet suffisamment traumatisant pour qu’on s’en souvienne pendant un bon moment.

 

Le TCS versé à l’ensemble des provinces s’élève cette année à 43,1 milliards, soit 28 milliards de moins que ce qu’elles réclament. Pour le Québec, cela représente un manque à gagner de 6 milliards. En 2022-2023, le TCS sera de 45,2 milliards, soit une augmentation de 4,8 %, alors que la hausse des dépenses de santé est de l’ordre de 6 %.

Ottawa a toujours soutenu que les provinces avaient suffisamment de moyens pour offrir à leur population les services qu’elle requiert. La pandémie a démontré que ce n’était pas le cas, et la refondation annoncée par le gouvernement Legault exigera encore davantage.

Quand il dévoilera son plan, Christian Dubé devrait aussi présenter une évaluation de ses coûts. Au cours des prochaines années, combien coûtera l’embauche de milliers d’infirmières à des conditions qui leur donneront le goût de rester ? Combien faudra-t-il consacrer aux soins à domicile pour faire réellement une différence ? Sans parler des infrastructures.

Quant à y être, M. Dubé pourrait aussi préciser de combien il faudra augmenter les impôts si Ottawa refuse de hausser sa contribution. Pour le citoyen, il devient parfois difficile de démêler les responsabilités de chacun dans un système aussi complexe que le fédéralisme canadien. Voilà une belle occasion de faire œuvre de pédagogie.

S’il est vrai que le gouvernement fédéral ne contribue pas à hauteur de sa juste part, M. Dubé devrait aussi regarder dans sa propre cour et retourner chaque pierre. Toutes les provinces ont les mêmes griefs contre Ottawa, mais c’est au Québec que le réseau de la santé est apparu le plus vulnérable. La refondation n’est pas une option, mais une obligation. La question n’en demeure pas moins de savoir qui va payer.

Dans le peu qu’il a dit de son plan, M. Dubé n’a pas évoqué la question du mode de rémunération des médecins. S’il faut augmenter le rôle des autres professionnels de la santé, il faudra bien revoir aussi le statut des médecins. Évidemment, il faudrait peut-être reparler aussi du « troisième lien »…

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