Rendez-vous en mars

Les banques centrales ont mis la table à leur resserrement monétaire. La Réserve fédérale américaine (Fed) se dit prête à engager son taux cible dans un mouvement haussier dès sa prochaine réunion, le 16 mars. De son côté, la Banque du Canada attendait la résorption des capacités excédentaires dans l’économie, ce qui est fait. Sa prochaine annonce du taux directeur est prévue le 2 mars. « Le Conseil de direction juge que les capacités excédentaires de l’économie dans son ensemble se sont résorbées, et donc que la condition établie dans les indications prospectives de la Banque relativement au taux directeur est remplie. Ainsi, il a décidé de mettre fin à son engagement exceptionnel à maintenir le taux directeur à sa valeur plancher. Le Conseil de direction s’attend à ce qu’il soit nécessaire d’augmenter les taux d’intérêt. »

Quant à l’ampleur du mouvement, aux États-Unis, la majorité des membres du Comité monétaire de la réserve fédérale prévoyait l’an dernier trois hausses de taux d’un quart de point de pourcentage chacune en 2022, un scénario similaire en 2023 et deux hausses en 2024, ce qui pousserait le taux cible de la Fed au-dessus de 2 %. Ce parcours n’a pas été confirmé mercredi, la Fed disant plutôt qu’elle s’ajustera sur l’évolution des indicateurs économiques. Au Canada, « le moment et le rythme des hausses seront guidés par l’engagement de la Banque à atteindre la cible d’inflation de 2 % », se contente-t-elle de souligner, tout en réitérant que le taux directeur nominal neutre se situe au milieu de la fourchette 1,75–2,75 %.

Dans son Rapport sur la politique monétaire, la banque centrale canadienne voit l’inflation telle que mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) demeurer autour de 5 % au cours du premier semestre pour terminer l’année à environ 3 %, au fur et à mesure que les distorsions sur les chaînes d’approvisionnement s’estomperont. L’inflation devrait ensuite s’établir autour de 2,25 % au cours du deuxième semestre de 2023 pour rester près de la cible de 2 % en 2024. Si elle retient que les attentes d’inflation à court terme ont augmenté, mais que celles à long terme demeurent ancrées à la cible de 2 %, elle entend tout de même manœuvrer afin que ces attentes de court terme plus élevées n’aient pas « une influence durable sur l’inflation ».

L’inflation s’incruste

Car l’inflation s’enracine, sous le coup de la flambée des prix de l’énergie et des distorsions de l’offre venant de perturbations des chaînes d’approvisionnement amplifiées par Omicron. L’inflation des biens a atteint près de 7 %, pourcentage de loin supérieur à sa moyenne des dix dernières années d’environ 1 %. Dans les services, elle touchait les 3,5 %. « En raison de ces facteurs, des pressions s’exercent sur les prix d’un plus grand nombre de composantes de l’IPC. Près de 55 % d’entre elles croissent maintenant à un rythme de plus de 3 %, ce qui dépasse largement la moyenne historique de 30 %. » À elle seule, la hausse du prix des aliments atteint son plus haut niveau en dix ans. Celui des aliments achetés en magasin a augmenté de près de 6 % sur un an. Sur la scène immobilière, l’indice des prix du logement en propriété a augmenté de 4,1 % en 2021. Uniquement pour le coût associé à l’entretien, l’augmentation a été de 11,4 %.

Si le taux directeur demeure son principal outil, la Banque du Canada devrait accompagner son resserrement monétaire d’abord de l’arrêt des achats de titres à des fins de remplacement, puis d’une réduction de la taille de son bilan, étendant ainsi l’effet global sur la courbe de rendement. « La Banque gardera son portefeuille d’obligations du gouvernement du Canada assez stable au moins jusqu’à ce qu’elle commence à relever le taux directeur. À ce moment-là, le Conseil de direction évaluera la possibilité de clore la phase de réinvestissement et de réduire la taille du bilan de la Banque. » Le cas échéant, elle procédera non pas à la revente sur le marché, mais plutôt au non-remplacement des obligations arrivant à échéance. Le dosage « hausse des taux–réduction du bilan » sera donc une opération sensible. Cette phase de réinvestissement nécessite des achats d’obligations du gouvernement canadien de 4 à 5 milliards de dollars par mois. Quant à la taille de son portefeuille d’obligations, elle oscille autour de 435 milliards de dollars, comptant pour 87 % de son actif total et pour 28 % des quelque 1545 milliards de dollars de dette fédérale portant intérêt, selon les données de Statistique Canada d’octobre 2021.

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