Nos Himalaya intérieurs

Parfois, on ne peut rien faire pour aider, juste un sourire, une intention.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Parfois, on ne peut rien faire pour aider, juste un sourire, une intention.

Je marchais dans une petite rue enneigée près d’un parc. Il a baissé la fenêtre de son auto à ma hauteur, m’a tendu sa carte professionnelle « pour s’occuper des arbres », s’imaginant qu’ils m’appartenaient. J’ai remarqué ses doigts jaunis, son regard délavé, ses yeux cernés ; j’ai senti une vie de fatigue chez ce jeune homme déjà bien élagué par les tempêtes et les bourrasques. Je lui ai redonné sa carte : « Je suis locataire… Bonne chance ! » Ma voix s’est faite douce.

Parfois, on ne peut rien faire pour aider, juste un sourire, une intention.

En ce moment, tout me heurte. J’ai frappé une poche de brouillard la semaine dernière, une chape de tristesse immense. Je pense à Karim Ouellet, évidemment. Je ne voyais plus de directions, de sens, je n’entendais que des conflits, ne percevais qu’une ambiance lourde et une division palpable, des peurs irrationnelles braquées comme des boucliers. J’ai prévenu mes hommes : si jamais je reçois des soins D- au lieu de A+, vous ne me réanimez pas. De grâce.

Comme l’a si bien résumé Pénélope sur sa page FB cette semaine : « Ce qui me rend triste n’a pas un réel rapport avec moi, mais avec ma société, où on en est, d’un côté comme de l’autre, unis en silos, divisés et cyniques en gang, ça m’effraie, me peine, me met nos vulnérabilités, nos laideurs, nos contradictions en pleine face. » Geneviève a écrit, elle, qu’elle n’allait pas bien : « Tu es peut-être dans le même état, on est plusieurs à craquer de partout, je te vois. »

Je t’écris ceci au bord du gouffre /

On dit qu’on en sort plus fort quand on souffre /

Quand on a mis du sel sur nos blessures /

Témoin me soit le ciel /

Quelle aventure (quelle aventure, quelle aventure)

 

J’ai perdu des amis avec cette pandémie, en ai retrouvé d’autres, perdu (encore) des illusions, pour un oui ou pour un non. Que je sois sextuple vaccinée n’y changera rien, je serai toujours la Casabonne de quelqu’un, l’empêcheuse de postillonner en rond.

Heureusement, mon jiver en semi-résidence m’a tendu la main pour danser sur Runaround Sue (bit.ly/3qFMV2h), et nous nous sommes lancés dans une longue recette d’Ottolenghi accompagnée de pain naan maison. Mon B a rapporté un morceau de La Bête-à-Séguin de sa fromagerie : « Goûte à ça, mamou ! Il est à point. Il est naturellement salé à cause des vaches qui broutent les herbes de l’Isle-aux-Grues. » J’ai préparé de mémoire mon meilleur soufflé aux marrons à vie. J’ai ressuscité ma mère avec. Le manger mou peut goûter les cieux.

Chacun son truc

Mon grand-père Alban disait toujours : « C’est le moral qui compte, ma petite ! » J’ai demandé aux amis FB ce qui les aidait à traverser cette période sombre, pour sentir qu’un filet invisible subsiste dans ce filet social effrité.

je verse des histoires de rien dans l’océan numérique parce que je sais que la folie douce est contagieuse, comme le… criss de virus…

 

Pour Marie-Josée, c’est la zénitude des chats ; pour Carole, la militance et la nage ; pour Amélie, le ski de fond, la course, et fuck le ménage ; pour Francine, le vin chaud au chalet du lac des Castors après la raquette ; pour Julie, le tricot ; pour Lucie, donner aux autres et leur coudre des toutous-doudous ; pour Martine, écouter des podcasts de tueurs en série, et « après ça, je suis contente de rester à la maison » ; pour Sébastien, préparer des playlists et les offrir à ses amis ; pour Marie-Neige, voyager en lisant un roman japonais et se promener au Japon avec Google Earth ; pour Lynn, ne plus écouter les nouvelles ; pour Marie, s’envoler dans un voyage de solidarité au Togo ; pour Isabelle, « faire dur en attendant de faire mieux » ; pour Iléana, écouter la dernière saison de Queer Eye au Texas ; pour Kim, la ceinture fléchée ; pour Monique, aider les personnes isolées ou fragiles ; pour Suzie, lire sur la spiritualité et repeindre sa chambre en bleu ciel glacé ; pour Benoit, les collages ; pour Mélanie, Yoga with Adriene tous les matins et coloriage en ligne ; pour Catherine, relire Arnaud Desjardins et dire « oui » à ce qui est.

Pour moi ? Écouter mon B jouer du Nils Frahm au piano tandis que je prends mon bain. Je prends beaucoup de bains. J’aime également suivre les arabesques de la patineuse Laura Kottlowski (bit.ly/3GQbNuc) sur des surfaces sauvages. J’admire son cran face à un risque tangible et sa liberté intérieure, celle de l’enfant qui s’amuse. Comme celle de Sadhguru, en Inde, l’humour et l’immobilité en prime : (bit.ly/3KpDkVn).

Liberté, liberté… quelle saveur déjà ?

En fait, tout repose sur cette liberté qui semble bafouée pour le moment. J’ai fait appel à une amie psy pour qu’elle me refile ses pistes personnelles.

— Toi, Sylvie, tu fais quoi ?

« D’abord, me dit-elle, il faut comprendre que les gens sont “déclenchés” en ce moment, ils sont contrariés, ils veulent échapper à… mais il n’y a plus d’échappatoires. Nous avons de la difficulté à perdre des privilèges que nous tenions pour acquis. Nous ne sommes pas en Syrie ou au Yémen, et pourtant, nous n’allons pas bien. Nous l’avons facile, mais les gens ne sont pas heureux. Pourquoi ? C’est une belle occasion de découvrir autre chose. »

— Découvrir quoi, au juste ?

« D’abord, que la liberté est intérieure. Nous sommes accros aux mauvaises nouvelles, à la violence, à la peur. De quoi te nourris-tu ? Tes pensées sont aussi importantes que ce que tu mets dans ton assiette. Si tu manges du junk food, tu vas te sentir mal. Nous sommes habitués à fuir le mal-être. La fuite est horizontale, la paix est verticale. Tu écouteras Eckart Tolle là-dessus : (bit.ly/3qEVxGE

« Je recommande des vidéos si l’anxiété ou la souffrance posent des problèmes d’attention, mais son livre Le pouvoir du moment présent a été un immense succès mondial. Il est très apaisant et inspirant. » Si Sylvie n’avait qu’une chose à conseiller, ce serait la suivante : « Méditez, méditez, méditez. Trouvez votre forme de méditation, mais méditez. » Pour elle, ce fut la découverte de Joe Dispenza il y a plusieurs années et son approche axée sur les neurosciences (drjoedispenza sur YouTube) qui changèrent sa vie. Elle relit le classique La vie des maîtres, de Baird T. Spalding, et L’âme délivrée, de Michael A. Singer.

Et elle m’envoie cette chanson de Stéphane Venne interprétée par la merveilleuse Renée Claude pour terminer notre échange : « Tu trouveras la paix dans ton cœur. Et pas ailleurs. La seule vraie tranquillité, le grand repos, l’immobilité… »bit.ly/3AdOW9e

cherejoblo@ledevoir.com

Instagram : josee.blanchette

Joblog | Sur la route du dharma

En ce moment, j’écoute la série The Road to Dharma, dix épisodes, à la fois documentaire et téléréalité. Nous suivons 16 candidats qui ont décidé d’atteindre quatre temples de l’Himalaya à moto, accompagnés par un maître spirituel, très sage pour son jeune âge, qui retransmet la sagesse yogique himalayenne. Anand Mehrotra ne leur épargne rien, mais ses conseils sont ancrés dans les expériences millénaires, y compris celles que le groupe traverse, déstabilisé, confronté aux épreuves, un peu comme nous le sommes en ce moment. « Tant que nous ne tombons pas en amour avec l’inconnu, nous sommes constamment menacés... par l’inhabituel, l’inconfortable, le terrifiant », leur dit-il. Petit frisson à propos de la moto. Alors qu’on a plusieurs vies devant soi en Inde, pour un Occidental qui n’en a officiellement qu’une, ce choix télévisuel ajoute plus de piquant qu’un coussin de méditation, mais peut sembler suicidaire quand on connaît l’état des routes dans ce pays. Et les participants sont confrontés à la mort à chaque tournant. Dharma : la loi de la nature. Les deux premiers épisodes sont gratuits ici. : bit.ly/3Ie7CZc. Sinon, sur Gaïa (7 jours gratuits si on s’abonne), ou iTunes (10 $ bien investis).

Lu cet article « Self-care isn’t the fix for late-pandemic malaise » dans The Atlantic. Alors que les applications de pleine conscience comme Headspace ont connu des envolées d’abonnements spectaculaires en 2020, les études montrent qu’aider les autres rendrait encore plus heureux après plusieurs vagues. Bien sûr, pour être en mesure d’aider, il faut aller minimalement bien et avoir pris un peu soin de soi... bit.ly/3GJnzq9
 

Écouté avec ravissement le nouvel album de Geoffroy, Live Slow Die Wise, sorti cette semaine et produit par Louis-Jean Cormier. Geoffroy reste ma découverte Osheaga de 2021. Je prie pour que les salles rouvrent avant le 11 mars (son spectacle à Montréal), et en attendant, je le suis sur Instagram où il nous offre aussi des playlists de son cru. Merci Geoffroy de contribuer à ma santé mentale. Ça me change du Math Punk et du Sovietwave. bit.ly/3fAE1gt
 

Multiplié mes abonnements à différents comptes de décoration sur Instagram. L’harmonie et les couleurs m’apaisent : janefrenchhome; velvetart7_; bohochicdecoration ; doors_od ; secretsofahostess; schefferinteriors; jc_hoyer. Et pour les tendances couleurs 2022, c’est par ici. Le Babouche no 223 aura la cote : bit.ly/3Kq8koc

 

 



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