Le tout pour le tout

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), a finalement décidé : c’est dans l’ancien fief du « père de la loi 101 », Camille Laurin, qu’il tentera sa chance à l’élection du 3 octobre prochain.

Un choix judicieux, sur le plan tant stratégique que symbolique. Des quatre circonscriptions que le PQ détenait encore en 2018, c’est Bourget qui avait connu la défaite la moins cuisante, Maka Kotto ayant perdu par 500 voix aux mains de la CAQ.

Dans Pointe-aux-Trembles, Jean-Martin Aussant avait été battu par l’actuelle ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, par 1834 voix. Dans Rosemont, l’écart entre l’ancien chef, Jean-François Lisée, et Vincent Marissal (QS) était de 2500 voix. Dans Hochelaga-Maisonneuve, la défaite de Carole Poirier aux mains d’Alexandre Leduc (QS) avait été encore plus décisive (7079 voix).

À partir du moment où PSPP tient à se présenter dans une circonscription montréalaise, le député caquiste de Bourget, Richard Campeau, dont la notoriété demeure faible, représente sans doute l’adversaire le moins redoutable. Il devra quand même se méfier de QS, dont la candidate avait un retard de seulement 505 voix sur Maka Kotto.

Une rumeur voulait qu’il tente plutôt de se faire élire dans Verchères, où Stéphane Bergeron avait été battu par 827 voix en 2018, mais avait devancé le candidat solidaire par 9523 voix. Si le PQ veut encore avoir un avenir, il lui faut toutefois remettre le pied sur l’île de Montréal.

Une victoire dans Bourget constituerait un puissant signal. C’est à Montréal que tout avait commencé. Des sept sièges que le PQ avait remportés en 1970, six y étaient situés. Il a beau être devenu un parti des régions, son chef a en quelque sorte le devoir d’être au premier rang d’une éventuelle reconquête de la métropole. De toute manière, au point où il en est, mieux vaut jouer le tout pour le tout et tenter le coup de circuit.

  

En 1998, Camille Laurin avait cédé Bourget à Diane Lemieux. Dans l’imaginaire collectif, cela est néanmoins resté la circonscription du père de la loi 101, qui l’avait imposée malgré les réticences de René Lévesque.

L’indépendance demeure l’objectif ultime du PQ. Pour le moment, c’est cependant la défense du français qui est son principal cheval de bataille, et l’enjeu qu’il tentera d’imposer lors de la prochaine campagne électorale.

D’entrée de jeu, il a clairement signifié que le projet de loi 96 lui apparaissait beaucoup trop timide pour enrayer le déclin du français dans la métropole, et une majorité de francophones est sans doute du même avis, même si elle refuse de voir dans l’indépendance la condition essentielle à sa pérennité.

En s’entêtant à refuser d’étendre les dispositions de la loi 101 au niveau collégial, malgré les pressions dont il fait l’objet au sein même de son cabinet, le premier ministre Legault donne l’impression qu’il n’est pas réellement prêt à prendre le taureau par les cornes.

En matière d’immigration, les besoins du marché du travail semblent toujours peser plus lourd que ceux du français. C’est très bien de vouloir combler l’écart de richesse avec l’Ontario, mais que sert-il à un homme de gagner tout le monde s’il perd son âme, n’est-ce pas ?

  

Lors de son passage à Tout le monde en parle, dimanche, PSPP a mis en doute les résultats du récent sondage de Mainstreet, qui créditait le PQ de seulement 10 % des intentions de vote, alors que le Léger de décembre dernier le situait à 13 %.

Dans un cas comme dans l’autre, cela demeure nettement inférieur aux 17 % obtenus à l’élection du 1er octobre 2018. L’inquiétant pour le PQ aussi bien que pour le PLQ est que ni un ni l’autre ne semblent avoir profité de la chute de popularité de la CAQ, contrairement à QS et au Parti conservateur du Québec.

Il est possible que Mainstreet ait fait erreur, mais aussi que le sondage ait simplement enregistré une saute d’humeur consécutive à l’annulation des rassemblements des Fêtes et à l’imposition du couvre-feu. Auquel cas, la CAQ pourrait bien retrouver son niveau d’appui antérieur si l’amélioration annoncée de la situation sanitaire se concrétise.

C’est vraisemblablement ce que le premier ministre attend de voir avant d’annoncer la tenue de l’élection partielle dans Marie-Victorin, qui fera office de baromètre. Si un candidat de l’envergure de Pierre Nantel n’arrive pas à reprendre cet ancien bastion péquiste, cela sera de très mauvais augure.

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