Risques climatiques à ne pas sous-estimer

Les institutions financières canadiennes sont invitées à ne pas sous-estimer les risques climatiques.

La Banque du Canada, le Bureau du surintendant des institutions financières et six d’entre elles recrutées parmi les banques et les assureurs se sont livrés à un exercice de simulation articulant la transition climatique autour de quatre grands scénarios. Le projet pilote ne se voulait pas prévisionnel ou prédictif. L’exercice visait plutôt à explorer des trajectoires de transition plausibles, mais intentionnellement défavorables, qui incitent à la décarbonation, prend-on soin de préciser. Et les scénarios retenus sont intentionnellement axés sur les risques de transition, et non sur les risques physiques.

On constate, d’entrée de jeu, que les secteurs public et privé commencent à peine à mettre sur pied leurs capacités d’évaluation des risques associés aux changements climatiques. Pour l’industrie financière, une évaluation erronée pourrait exposer les institutions et les investisseurs « à des pertes soudaines et importantes ». Elle pourrait également retarder les investissements nécessaires à l’atténuation des effets des changements climatiques. À titre de référence, les secteurs auxquels les institutions participantes à l’exercice sont le plus exposées sont le pétrole et le gaz, l’électricité, le transport commercial et les industries énergivores. Ensemble, ces quatre secteurs représentent près de 90 % de leur exposition totale au risque de crédit, peut-on lire.

Distorsion pandémique

Le scénario de référence intègre les politiques climatiques mondiales en place en 2019. Le choix de cette année visait à éliminer la distorsion que la pandémie aurait pu provoquer. Selon les projections, tout au plus ce scénario permet, à peine, de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. On le compare à une intervention tantôt immédiate tantôt différée qui a pour but de contenir le réchauffement sous les 2 °C, alors que le scénario plus ambitieux retient une carboneutralité en 2050 et un réchauffement mondial moyen de 1,5 °C.

Dans tous les cas, l’incidence totale de la transition climatique prendrait la forme d’une ponction du PIB canadien qui oscillerait autour de 10 % en 2050 par rapport au scénario de référence, essentiellement sous l’effet d’une réduction de la demande et des prix des produits de base, une incidence qui traduirait tout le poids que des secteurs à fortes émissions de GES représentent dans l’économie canadienne.

À l’échelle mondiale, l’effet de la transition sur le PIB en 2050, par rapport au niveau qu’il serait dans le scénario de référence, serait d’environ 5 %, mais de 13 % sur celui des pays exportateurs de produits de base.

Hausse de la tarification

Il ressort également de l’analyse que l’atteinte des cibles d’émissions ne peut se faire sans une augmentation de la tarification carbone. Sans compter qu’une action climatique repoussée amplifie les incidences économiques et les risques pour la stabilité financière, avec, à la clé, une réévaluation soudaine des actifs. « Une intervention différée nécessitera une transition plus brusque et aura des impacts macroéconomiques plus forts, notamment sous forme d’une augmentation plus abrupte du prix théorique du carbone pour obtenir le même effet sur les changements climatiques. »

Mais en bout de piste, même si la transition vers une économie à bas carbone et à faibles émissions apparaît coûteuse, elle permet d’éviter des risques physiques qui, combinés à des mesures d’évitement ou d’atténuation, auraient une incidence notable sur les économies et sur le système financier. « On sait que, normalement, les avantages associés aux risques physiques évités pour l’économie mondiale dépassent les coûts de la transition », tient-on à préciser.

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