Redonner le sourire

Le hasard faisant bien les choses, le gouvernement Legault s’est rendu compte que la nature du variant Omicron permettait d’assouplir les mesures sanitaires les plus impopulaires précisément au moment où un nouveau sondage enregistrait un glissement inquiétant des intentions de vote pour la CAQ.

Alors que le Québec tout entier se préparait en maugréant à un autre hiver morose, le premier ministre avait au contraire de « bonnes nouvelles » à annoncer jeudi. Le couvre-feu sera levé, les enfants pourront retourner à l’école. M. Legault a même laissé entrevoir la réouverture des restaurants, bars, cinémas et autres lieux de plaisir.

On ne peut évidemment que s’en réjouir. Soudainement, la nécessité de réduire les contacts, qui était un impératif absolu, ne semble plus avoir d’importance. Le nouveau directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau, a expliqué que les écoles, considérées jusqu’à présent comme autant de foyers potentiels d’éclosion, sont simplement le reflet de la situation dans l’ensemble de la communauté. Le retour à l’école est « sécuritaire », a-t-il assuré. Si Horacio Arruda avait dit ça, on l’aurait accusé de se plier aux volontés du gouvernement.

Paradoxalement, alors qu’on n’a pas encore atteint le « pic » des hospitalisations et que le nombre de décès journaliers atteint des sommets, M. Legault a laissé entendre que nous sommes presque sortis du bois. Encore un peu et il ne parlera plus de crise, mais d’une nouvelle normalité, dont il nous dira sans doute qu’on peut être fiers.

Bien entendu, les non-vaccinés ne pourront pas en bénéficier, mais ils n’auront qu’eux-mêmes à blâmer, n’est-ce pas ? Remarquez, si les choses continuent à s’améliorer, il ne sera peut-être plus nécessaire de leur imposer une taxe !

Par rapport au sondage Léger du début de décembre, la CAQ a perdu 8 points dans les intentions de vote, selon celui qui a été effectué par Mainstreet entre le 6 et le 8 janvier, passant de 46 % à 38 %, soit presque exactement le même résultat qu’à l’élection du 1er octobre 2018 (37,4 %).

Après deux ans de pandémie, une avance de 18 points sur le principal parti d’opposition, en l’occurrence le PLQ, qui fait du surplace, serait certainement encourageante pour tout gouvernement à huit mois et demi d’une élection.

En fin d’année, M. Legault avait dit s’attendre à une certaine baisse, et il ne tient peut-être pas à devoir trouver une occupation à des dizaines de députés impatients de devenir ministres, mais perdre 8 points en un mois n’est pas anodin. Il ne faudrait surtout pas que cela devienne une tendance.

S’il s’agit simplement d’une saute d’humeur de l’électorat attribuable à la grogne causée par la réduction des rassemblements des Fêtes et par l’imposition du couvre-feu, on peut penser que des assouplissements se traduiront à terme dans les intentions de vote.

Il faut toutefois redonner le sourire aux électeurs avant que le mécontentement se cristallise. Et surtout ne pas les décevoir une autre fois. M. Legault commence déjà à évoquer le printemps, mais il doit maintenant savoir qu’il n’arrive pas nécessairement avec la première hirondelle. S’il fallait encore que la lumière au bout du tunnel soit rouge…

Le gouvernement a réussi à éteindre un autre feu vendredi, quand la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a interrompu momentanément son congé d’épuisement professionnel pour expliquer à la coroner Géhane Kamel qu’il ne fallait pas accorder foi aux déclarations incendiaires qu’elle avait faites sur la crise des CHSLD dans une entrevue-choc accordée à Radio-Canada en août 2020.

Quand on lui avait demandé où elle était au moment où le réseau de la santé était mis sur un pied de guerre en oubliant les CHSLD, elle avait laissé entendre qu’on avait trop tardé à réagir aux avertissements qu’elle avait multipliés. Si elle n’avait pas réussi à imposer son point de vue, c’était que le premier ministre n’avait pas voulu lui en donner le pouvoir, disait-elle.

À la coroner qui s’est étonnée de l’entendre présenter une version des faits nettement plus favorable au gouvernement, Mme Blais a fait valoir qu’elle avait accordé cette entrevue alors qu’elle manquait du recul nécessaire à une analyse objective de la situation et qu’elle était encore sous le coup de l’émotion. Elle n’a plus le moindre souvenir des problèmes qu’elle disait avoir soulevés à l’époque et elle assure que toutes les décisions prises l’ont été en groupe.

Elle a contredit ouvertement les témoins précédents, notamment la ministre de la Santé de l’époque, Danielle McCann, et le Dr Arruda, selon lesquels l’alerte sur la vulnérabilité particulière des CHSLD face à la COVID-19 avait été lancée dès le mois de janvier 2020. Elle-même n’aurait pris la mesure du danger que le 9 mars, lors de la présentation du désormais célèbre « Horacio show » au bureau du premier ministre. Bref, elle est rentrée dans le rang. Au prochain feu.

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