L’Alpha et le Bêta

Dans son document de réflexion Métamorphose. Repenser ensemble les placements, qui doit constituer le thème central de ses séminaires mondiaux en 2022, le cabinet en ressources humaines Mercer Canada prévoit notamment que l’Alpha est appelé à s’imposer devant le Bêta, que l’apport stratégique des gestionnaires de fonds va reléguer au second rang l’approche mettant l’accent sur la corrélation, avec les marchés ou entre titres. Un Alpha favorisant l’apport de la gestion active dans une optique de long terme, ou encore une exposition par thèmes peu ou pas corrélés au marché empruntant à l’univers des placements privés, des fonds alternatifs ou encore des Fonds négociés en Bourse (FNB). Poussant, donc, davantage vers l’investissement d’impact.

Cette transition s’observe déjà avec les FNB. Selon les données de la Banque Nationale pour 2021, si l’approche indicielle — et la petitesse afférente des frais de gestion — a conservé sa domination aux États-Unis en matière d’investissements dans ce marché l’an dernier, on a assisté à une prolifération des produits offerts et des investissements dans la famille des véhicules à gestion active. Par catégorie, les fonds Valeur et Petite capitalisation ont dominé, suivis par une « explosion » des FNB thématiques et sectoriels. Ceux qui offrent une protection contre l’inflation, et les FNB qui proposent des contrats à terme sur la cryptomonnaie ont complété la liste du « top-5 ».

Au Canada

Au Canada, si on exclut les fonds ESG (pour enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance) les fonds thématiques ont doublé leur record de 2020. Exemples de thèmes : voyages et loisirs, infrastructures, semi-conducteurs, métavers, lithium et technologie liée aux batteries…

Pour les fonds ESG, l’on parle d’une accélération de l’intérêt et d’un doublement du nombre de produits offerts sous cette étiquette entre 2020 et 2021, de 50 à 100. Mais tout cela reste encore marginal dans une industrie canadienne ayant assisté à la naissance de 202 FNB l’an dernier, ce qui porte le total à 1177.

Les FNB ont également conservé cette popularité par rapport aux fonds d’investissement traditionnels qui leur permet d’afficher des engagements égaux ou supérieurs depuis la crise de 2008-2009. L’année 2021 a toutefois été une exception au Canada, les FNB recueillant 53 milliards, contre des ventes nettes de 112 milliards pour les fonds traditionnels (à la fin de novembre), l’inversion étant expliquée par la hausse de l’épargne des ménages sous l’effet de richesse de la pandémie.

Aux États-Unis, la Banque Nationale observe dans son bilan 2021 que beaucoup de gestionnaires ont délaissé les fonds traditionnels pour les FNB, prisant évidemment leur avantage en matière de frais de gestion, mais aussi leur plus grande transparence.

Dans le segment ESG, plus précisément, Mercer Canada suggère que ce déplacement vers des stratégies d’investissement plus ciblées pourrait témoigner d’un flou qui persiste encore autour de la normalisation et de la classification « verte » de cet actif encore trop souvent aux prises avec l’écoblanchiment, pointant vers cette potentialité évoquée de l’existence d’une « bulle ESG » dans le marché. Au demeurant, il traduirait la volonté du gestionnaire d’être plus explicite dans son engagement ou son positionnement à l’égard des questions de développement durable.

Car il existe encore des difficultés à établir la compatibilité des investissements dits ESG avec un engagement faible en carbone et l’uniformité dans la classification des actifs, alors que la divulgation du risque climatique se fait de façon autonome et volontaire. La tendance va toutefois vers une normalisation homogène et une référence indicielle offrant des baromètres universels crédibles.

Les FNB

Ce déplacement vers l’investissement d’impact s’en trouve facilité par les Fonds négociés en Bourse, qui ont pour avantage d’offrir aux portefeuilles une capacité de se positionner ou de se rajuster à faibles frais. L’investissement d’impact adopte un comportement plus ciblé, un thème plus pointu. Il s’appuie sur l’intention d’obtenir ou de créer une valeur financière et sociale positive précise et d’en mesurer les effets sociaux ou environnementaux, sans sacrifier le rendement.

Jadis, dans une démarche éthique, l’investisseur faisait de ses choix de placement une question de discrimination et d’exclusion. Il retenait alors une approche de tamisage. L’investissement d’impact s’insère plutôt dans une approche de long terme, moins punitive et plus proactive. L’investisseur applique un filtrage positif à des entreprises selon le classement qu’elles occupent dans leur secteur et leur impact par rapport à une norme de référence.

Aux petits investisseurs, l’univers des FNB permet aussi d’obtenir à peu de frais une exposition à des catégories d’actifs qui n’était auparavant accessibles qu’aux investisseurs aguerris et institutionnels. Ces instruments offrent l’accès, parfois pointu, à un panier de titres diversifiés qui peut comprendre des actions, des obligations, des marchandises ou des produits dérivés. Voire aussi une approche ciblée en matière de placement et de risque particulier. Composant un univers plus vaste comprenant les unités de fiducie indicielles (iShares), ils combinent diversification, liquidité et contrôle du risque, à coût moindre.

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