La tâche de Jean-Yves Duclos

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas osé suivre l’exemple du président français, Emmanuel Macron, qui a créé une polémique dans son pays en disant cette semaine vouloir « emmerder » les non-vaccinés qui remplissent les lits d’hôpitaux et menacent la sécurité de leurs concitoyens. Interrogé mercredi sur les propos de M. Macron, M. Trudeau s’est limité à dire qu’il partage la frustration des Canadiens envers ceux qui refusent toujours de se faire vacciner malgré la flambée des infections au variant Omicron du coronavirus. Tout au plus, il a imploré les non-vaccinés de « faire la bonne chose » en relevant leur manche au plus vite. Il a ainsi évité de faire parler de lui comme son homologue français a le talent singulier de le faire.

Si ce n’était sa déclaration colorée sur les « ostrogoths » du fameux vol de Sunwing, la conférence de presse de M. Trudeau aurait laissé les reporters affamés, sans grand-chose à se mettre sous la dent. Après s’être rendu invisible pendant presque deux semaines, alors que les premiers ministres provinciaux passaient leurs vacances de Noël à gérer la crise d’Omicron, M. Trudeau a peut-être senti le besoin de crier « présent » pour la nouvelle vague de cette pandémie qui ne finit plus de nous jouer des tours. Mais sa conférence de presse en présence de ses ministres des Finances et de la Santé a renforcé l’impression qu’en ce qui concerne la gestion de la pandémie, le gouvernement fédéral joue un rôle secondaire.

Les dépenses fédérales

« Mon rôle comme premier ministre, et celui du gouvernement fédéral, c’est d’être là pour fournir les vaccins, pour fournir les tests rapides, pour sécuriser les frontières et d’être là pour [procurer] les traitements, d’être là avec des soutiens financiers, a déclaré M. Trudeau. Nous sommes une fédération où la livraison des soins de santé est la responsabilité des provinces, et elles feront la détermination sur la meilleure façon de servir leurs citoyens. »

Nul ne saurait accuser le gouvernement fédéral d’avoir lésiné sur les moyens durant les premières vagues de la pandémie. Les dépenses fédérales liées aux mesures directes de lutte contre la COVID-19 et de soutien aux personnes ont ainsi totalisé près de 350 milliards de dollars, selon la mise à jour économique déposée le 14 décembre par la ministre des Finances, Chrystia Freeland.

Ottawa a transféré 63 milliards de dollars aux provinces afin de les aider à éponger les coûts supplémentaires découlant de la pandémie, a fait remarquer cette semaine le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, sans parler des 25 milliards additionnels que les libéraux ont promis aux provinces durant la dernière campagne électorale.

Des limites à l’esprit de générosité

Toutefois, cet esprit de générosité semble avoir ses limites, le gouvernement Trudeau faisant toujours la sourde oreille aux demandes de provinces pour une hausse substantielle et permanente du Transfert canadien en matière de santé (TCS), qui ne cesse de diminuer par rapport aux dépenses des provinces en matière de santé. Et rien ne changera au cours des six prochaines années, selon les prévisions de dépenses contenues dans la mise à jour économique de Mme Freeland.

Peu avant Noël, Ottawa a dévoilé les montants de TCS que recevront les provinces en 2022-2023. L’enveloppe passe de 43,1 milliards de dollars à 45,2 milliards, une hausse de 4,8 % par rapport à 2021-2022, soit sensiblement le même rythme que l’inflation. Le Québec recevra 400 millions de plus en TCS, pour un total de 10,1 milliards de dollars.

Or, la pandémie a exacerbé la détresse de nos systèmes de santé provinciaux. Les comparaisons entre le Canada et la plupart des autres pays développés deviennent de plus en plus désolantes. Les conséquences de la pandémie se feront sentir pendant plusieurs années en raison des opérations et des diagnostics reportés.

La COVID-19 a mis en relief des failles énormes dans l’organisation des soins de santé au pays. Ce ne sont pas des retouches que nécessite le système de santé canadien, mais une réforme en profondeur. Si plus d’argent fédéral ne peut pas résoudre tous les problèmes du système, les provinces à elles seules n’ont pas les moyens suffisants pour y apporter les changements nécessaires.

Partenariat avec les provinces et les territoires

« Alors que nous émergeons de cette pandémie, je m’attends à ce que vous travailliez en partenariat avec les provinces et les territoires pour renforcer notre système de soins de santé public universel et les mesures de soutien à la santé publique, soutenus par une augmentation rapide des investissements dans les soins primaires et virtuels et les services de santé mentale, afin que tous les Canadiens puissent obtenir les soins dont ils ont besoin, peu importe où ils vivent », lit-on dans la lettre de mandat, rendue publique le 16 décembre dernier, que M. Trudeau a envoyée à M. Duclos.

Le temps est venu pour M. Duclos de joindre le geste à la parole de M. Trudeau. Si le prochain budget fédéral ne contient pas une hausse importante et permanente du TCS, le ministre aura failli à sa tâche.

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