Technologie: La présidentielle américaine à l'enseigne du jeu et de l'humour

Pour les frères Gregg and Evan Spiridellis, Hollywood a toujours été un rêve inaccessible. Malgré leurs efforts, ces deux New-Yorkais d'origine n'ont jamais réussi à percer dans la ville des anges. Pourtant, à la veille de l'élection présidentielle qui déterminera qui, de George W. Bush ou de John Kerry, sera le président des États-Unis, les deux frères ont réussi un coup d'éclat qui leur a valu l'insigne honneur de devenir quasiment aussi connus que Michael Moore, et ce, grâce à un peu beaucoup d'imagination, quelques outils logiciels et un petit film qui a pris d'assaut Internet.

À moins que vous ne viviez sur une autre planète ou que vous ne vous intéressiez vraiment pas aux enjeux de l'élection américaine, impossible de ne pas avoir vu ne serait-ce qu'une fois le petit film d'animation This Land, réalisé par les frères Spiridellis et diffusé sur leur site Internet JibJab.com.

Reprenant la mélodie The Land is Your Land, du grand chanteur folk Woodie Guthrie, l'animation met en vedette George Bush, John Kerry et tout leur personnel politique tout en évitant soigneusement de prendre parti pour l'un ou pour l'autre des candidats.

Plus de 65 millions de téléchargements plus tard, en réponse à un défi lancé par l'animateur Jay Leno, les deux frères Spiridellis récidivent avec un nouveau film d'animation, It's Good to Be in D.C., un petit bijou encore plus incisif que le premier.

En plus de George Bush et de John Kerry, ce nouveau film se paie la tête des deux colistiers, de Bill Clinton, de Michael Moore, de John Ascroft, du présentateur-vedette Dan Rather, de la Cour suprême et de la société Halliburton. Pour les deux frères Spiridellis, la réalisation de cette nouvelle capsule d'humour décapante a deux buts: évidemment, les faire connaître auprès de la communauté hollywoodienne, mais aussi inciter les Américains à s'inscrire afin de voter le 2 novembre prochain.

Incitation à aller voter

D'ailleurs, on constate qu'au cours des derniers mois, de nombreux sites sont nés avec comme mission d'inciter les Américains à voter lors de cette importante élection. Certains sont de facture plus classique comme MoveOn.org.

Mais d'autres ont choisi la voie du jeu ou de l'humour afin d'intéresser les Américains à cette élection.

Par exemple, impossible de passer sous silence le jeu The Political Machine, dont nous vous avions parlé en juin dernier. D'un réalisme surprenant, The Political Machine, une simulation informatique de la campagne présidentielle américaine en cours, prend en considération toutes les variables que comporte une campagne électorale présidentielle. En jouant à ce jeu, on comprend les défis et les difficultés qu'ont à relever les organisateurs professionnels de campagnes comme Karl Rove ou James Carville.

Moins connu, mais tout aussi intéressant, le jeu Frontrunner, qui se veut tout aussi passionnant que The Political Machine. Cependant, contrairement à The Political Machine qui nous en met plein la vue avec son graphisme haut en couleurs, Frontrunner détonne par son côté zen. Toutefois, que cela ne vous empêche pas d'y jeter un coup d'oeil, ne serait-ce parce que ce jeu permet d'introduire une variable absente dans The Political Machine, à savoir un troisième candidat. Il est donc possible de tenir compte de l'effet Nader dans cette simulation.

Sites

Outre ces deux jeux, plusieurs sites Internet proposent de petites animations ou de petits scénarios ayant plus ou moins rapport avec la campagne en cours.

Par exemple, tiré de la série télévisée Staffers, qui lève le voile sur les tribulations et les aventures de ces jeunes travailleurs d'élections qui n'ont de cesse de vouloir faire élire leur candidat, le jeu en ligne Staffers.

Le but du jeu est fort simple: vérifier si vous avez le talent nécessaire pour être un travailleur d'élection au sein d'une équipe visant à faire élire un candidat à l'élection présidentielle. N'oubliez pas, le job est ingrat et les conditions de travail, abusives. Mais que sont ces petits désagréments lorsque son candidat est enfin élu.

Dans un autre registre, et ouvertement anti-Bush, The Anti-Bush Videogame ne cache pas ses couleurs et dans un style qui mélange bandes dessinées, Star Wars, la lutte professionnelle et les mangas, met en scène un «Darth Rumsfeld» organisateur de réunions secrètes où sont évoqués tout autant la guerre contre le terrorisme que le déficit du pays.

Évidemment, conscients qu'une des façons d'atteindre les jeunes passe par le jeu en ligne et Internet, les sites Web des deux candidats proposent leur jeu où, étrangement, l'opposant est le perdant.

Sur le site officiel de George W. Bush, on vous propose le jeu John Kerry's Flip Flop Olympics, un rappel sur les prises de position à géométrie variable du candidat démocrate.

Bien qu'il ne soit pas hébergé sur le site Internet de John Kerry, le jeu Bush Shoot-Out ne donne pas sa place en proposant un jeu en ligne tout aussi décapant — et partisan — que celui du site Internet de Bush. Mettant en vedette un président Bush aux allures de Lucky Luke texan et accompagné d'une Condoleezza Rice affichant certaines ressemblances avec les «Bond Girls», le Bush Shoot-Out vous met dans la peau du président qui aura à défendre la Maison-Blanche contre les attaques de terroristes. Les armes sont une gracieuseté de la NRA.

Passionnés

Bref, en se promenant un peu sur la Toile, un constat s'impose: nos voisins américains sont passionnés par la campagne électorale en cours. Nombreux sont les sites comme MoveOn.org, voués au renouvellement des idées et qui favorisent la participation citoyenne à des débats ouverts, des échanges et des dialogues sur les grands enjeux de cette élection de novembre 2004.

Toutefois, rien n'empêche de glisser un peu d'humour et d'esprit ludique à cette campagne. À défaut d'être une motivation pour inciter les internautes à participer à cette élection cruciale, les quelques liens proposés en encadré auront tout au moins le mérite de démontrer au lecteur que, sur Internet, l'imagination, dieu merci, a encore sa place.

mdumais@ledevoir.com

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