Bonne année pour les régimes

L’année qui vient de se terminer a été des plus amicales pour les régimes de retraite. Celle qui débute sera plutôt truffée de défis et d’incertitudes. Le cabinet de ressources humaines Mercer a publié son indice sur la santé financière des régimes de retraite à prestations déterminées. Cette mesure du degré de solvabilité médian de plus de 500 régimes de retraite constituant sa base de données s’est établie à 103 % au 31 décembre, soit sept points de pourcentage de plus que celui chiffré au début de 2021.

À l’actif, les rendements étaient au rendez-vous sur le marché des actions, avec une poussée de l’indice de référence S&P/TSX de 25 % en 2021 propulsé par un gain de 28 % dans le segment de la grande capitalisation. Pour leur part, les rendements sur les obligations à long terme demeurent plus élevés qu’en début d’année, oscillant entre 1,7 % et 2,5 % au 31 décembre dernier. Ils oscillaient entre 1,1 % et 2 % un an plus tôt.

Au passif, les taux d’intérêt utilisés pour évaluer les engagements des régimes sont passés de 2,34 % à 2,82 %, a souligné le cabinet Aon. Cette hausse, conjuguée à un rendement de 7 % de l’actif, « a considérablement amélioré la situation de capitalisation des régimes de retraite au Canada ». Selon l’outil de suivi des risques utilisé par ce cabinet, le ratio de capitalisation global des régimes de retraite canadiens associés à l’indice S&P/TSX est passé à 97,2 % au 31 décembre 2021 contre 89,4 % les 12 derniers mois précédents.

Ce bilan sommaire, positif, de 2021 précède une année 2022 qui se montre plutôt embrouillée sur le radar des projections. Mercer propose une longue liste d’obstacles ou d’inconnus. Elle débute par les répercussions du variant Omicron et l’apparition possible de nouveaux variants, pour s’étendre à la disponibilité des vaccins dans les pays en développement, aux tensions géopolitiques accrues, à l’impasse politique aux États-Unis et à l’incertitude entourant les élections de mi-mandat de novembre prochain. La liste s’étend à la persistance d’une croissance de l’inflation au-delà des cibles et à la réaction des banques centrales, pour englober un marché du travail soumis aux pressions haussières sur les salaires et à une pénurie de main-d’œuvre venant alimenter les pressions inflationnistes.

Sans oublier, dans l’immédiat, Omicron et son effet contagieux, qui viennent accentuer les problèmes liés aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et à la pénurie de main-d’œuvre.

Risque inflationniste

 

D’ailleurs, selon les comptes rendus de la dernière réunion des 14 et 15 décembre du Comité monétaire de la Réserve fédérale américaine, « la plupart des participants ont noté qu’[…] il pourrait devenir justifié d’augmenter les taux directeurs plus tôt ou à un rythme plus rapide que ce [qu’ils] avaient prévu auparavant », reprenait mercredi l’Agence France-Presse. Ils évoquent la probabilité que l’émergence d’Omicron ne vienne exacerber « la hausse des coûts du logement et des loyers, une croissance des salaires plus généralisée entraînée par des pénuries de main-d’œuvre et des tensions mondiales prolongées du côté de l’offre ». D’autant que « les participants s’attendent généralement à ce que les goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement mondiale persistent au moins jusqu’à l’année prochaine ».

Et même si l’on reconnaît qu’une amélioration substantielle de la participation au marché du travail prendrait plus de temps que prévu et que la banque centrale américaine a maintes fois déclaré qu’elle maintiendrait ses taux bas jusqu’au retour au plein-emploi, certains participants du Comité ont affirmé que dans certaines circonstances « il serait approprié de les relever avant d’y parvenir. »

Métamorphose en 2022 et après

 

Cela vaut pour 2022. « À plus long terme, il devient de plus en plus urgent d’assurer la pérennité des actifs des régimes en fonction des changements climatiques », ajoute Aon, qui invite les promoteurs de régimes à utiliser leur situation de capitalisation améliorée « pour entreprendre des stratégies de réduction des risques et protéger le provisionnement de leurs régimes ».

Mercer propose une perspective élargie en plaçant ses séminaires mondiaux 2022 sous le thème de la métamorphose. S’inspirant d’une pandémie ayant testé le modèle, on propose, d’entrée de jeu, de réfléchir sur les limites d’une intervention des banques centrales accordant la préséance à l’emploi sur l’inflation, dans le contexte d’une atténuation des forces désinflationnistes hier alimentées principalement par la mondialisation et l’évolution technologique.

L’avenir prévisible verra se confirmer un recours accru à la robotisation, à l’automatisation et à la numérisation. Il mettra également en exergue l’essor économique de la zone Asie avec, pour locomotive, une Chine appelée à détrôner les États-Unis au premier rang des plus grandes économies de la planète et une montée en puissance économique de l’Inde et de la région de l’Asie du Sud-Est.

Dans l’intervalle, l’implantation de la fintech venant ébranler le modèle bancaire traditionnel devrait se confirmer avec, à la clé, le renforcement d’une finance décentralisée favorisant l’essor des cryptoactifs, croit Mercer.

Sur la scène des changements climatiques, l’émergence d’une potentielle bulle des investissements ESG provenant de la distorsion provoquée par trop d’écoblanchiment favorisera l’investissement d’impact, alors que la forte pression qu’exerce l’électrification de l’économie sur quelque six principaux métaux militera en faveur d’une approche empruntant à l’économie circulaire.

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