Et 2022?

L’année 2020 a été celle de la pandémie, et 2021, celle de la récupération. C’était avant que le variant Omicron ne vienne faire de l’ombre à une année 2022 que l’on plaçait sous le thème de la normalisation.

Le choc de l’éclosion de la pandémie a été suivi d’une année 2021 placée sous le sceau de la récupération économique. Sur le marché du travail puis dans la production de biens, pour ensuite déborder sur le secteur des services, particulièrement malmené par les mesures de restriction. Ce retour de la composante Services à son niveau prépandémique devait se poursuivre au début de 2022, avec une croissance attendue plus forte que celle de la production industrielle, appelée à dominer l’activité économique du premier semestre. Mais Omicron est venu brouiller les cartes et enrayer ce rééquilibrage.

Le scénario dominant n’évoque toutefois qu’un retard dans ce rattrapage, qui doit être suivi par un renversement de tendance, avec une production industrielle censée reprendre l’avant-scène au deuxième semestre. « Le potentiel de croissance devrait s’accélérer lorsque les distorsions sur les chaînes d’approvisionnement se seront estompées », écrit Oxford Economics. Dans l’intervalle, les entreprises auront pu adapter leur modèle et leur stratégie d’affaires pour s’engager davantage dans l’automatisation, la robotisation et la numérisation, et ce, tant dans leur relation entreprise-entreprise qu’entreprise-consommateur, afin notamment de répondre à la carence en pièces, à la hausse du prix des intrants et à la pénurie de main-d’œuvre.

Bref, on suppose ici que l’effet le plus ressenti d’Omicron sera concentré durant le temps des Fêtes, voire pendant le mois janvier, pour qu’ensuite l’épisode COVID-19 se transforme en une endémie. On reprend la projection de Wall Street. « Les investisseurs ont déjà établi leur jugement sur Omicron et pensent qu’il n’aura pas une incidence importante sur l’économie », disait une analyste, qui a ajouté : « une étude a estimé que le ralentissement lié au variant Delta avait coûté 1 % au PIB américain ; je pense que pour Omicron, ce sera beaucoup moins », a-t-on écrit jeudi.

Si l’on accepte l’hypothèse selon laquelle les répercussions d’Omicron sur l’économie seront bénignes et de courte durée et qu’elles ne viendront pas aggraver les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement, la normalisation reste à l’ordre du jour d’un agenda 2022 s’articulant autour d’une réponse à apporter aux excès de la crise sanitaire que sont les contraintes touchant l’offre, l’accroissement des coûts des matières premières et de l’énergie, la surchauffe immobilière et l’inflation galopante. Dit autrement, l’année qui s’amorce sera celle de la hausse des taux d’intérêt.

Aux États-Unis, la majorité des membres du Comité monétaire de la réserve fédérale prévoit désormais trois hausses de taux d’un quart de point de pourcentage chacune en 2022, un scénario similaire en 2023 et deux hausses en 2024, ce qui pousserait le taux cible de la Fed au-dessus de 2 %. Au Canada, la banque centrale pourrait procéder à sa première hausse dès mars, croient les économistes de la Banque Nationale, qui tablent sur l’imposition en 2022 de cinq hausses portant le taux cible à 1,5 %, sous réserve de l’évolution épidémiologique.

Pour les économistes du Mouvement Desjardins, le scénario suppose une remontée graduelle des taux directeurs, de l’ordre de 0,50 % à 0,75 % par année, « seulement si les pressions inflationnistes liées aux contraintes d’offre se modèrent comme prévu et si l’ensemble de la courbe de rendement reflète cette normalisation à venir de la politique monétaire. Le maintien de taux réels fortement négatifs, particulièrement pour les longues échéances, semble ainsi de plus en plus incompatible avec les objectifs des banques centrales ».

L’inflation reste la clé

Le comportement de l’inflation reste donc la clé. Pour les ménages, il est attendu que la hausse de l’épargne issue de la pandémie et celle des salaires découlant du choc de l’offre et de la pénurie de la main-d’œuvre viendront atténuer l’incidence de la forte poussée des prix. En revanche, la Banque Nationale rappelle que l’augmentation de la rémunération dans un contexte de rareté de main-d’œuvre et d’absence de gain de productivité se traduit par une poussée des coûts unitaires de main-d’œuvre, ce qui peut entraîner un « désancrage » susceptible d’alimenter une spirale salaire-prix.

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