Mes prix citron 2021

Je suis foncièrement optimiste, croyez-le ou non. C’est sans doute parce que je baigne dans l’illusion que les choses vont s’améliorer que je suis si dur envers ceux qui, d’après moi, retardent le groupe.

Je vous offre donc l’occasion de maugréer avec moi contre les décisions ou les tendances qui ont mis notre optimisme à l’épreuve depuis 12 mois.

Le prix Woke 2021 : De tout ce qu’on a vu et entendu, je donne la palme à CBC Ottawa, et au réseau en entier, pour avoir mis en ligne une liste de mots à ne pas utiliser, car susceptibles d’offenser certains auditeurs et téléspectateurs. La palme va à « brainstorm », donc remue-méninges ou tempête d’idées. Les gens à capacité cognitive réduite pourraient, selon la CBC, en prendre ombrage.

Les briseurs de promesses : Ex æquo, François Legault qui renie sa signature et son projet de loi sur la réforme électorale (comme Justin Trudeau avant lui), Jagmeet Singh qui rompt sa promesse aux Québécois au sujet de la non-contestation de la loi 21. Mention à Valérie Plante et son reniement de promesse d’embauche de 250 nouveaux policiers.

Le désinformateur : Justin Trudeau qui a dit des dizaines de fois ces derniers jours qu’une enseignante voilée avait été mutée « à cause de sa religion » plutôt qu’à cause de son affichage religieux. Mention aux interviewers, y compris francophones, qui ne l’ont pas corrigé sur ce point.

Le lâche de l’année : Le député-ministre montréalais Marc Miller, grand ami de Justin Trudeau, a déclaré ce mois-ci que la loi 21 était « lâche ». Bizarrement, il n’a pas eu le courage de dire une chose aussi choquante pendant la campagne électorale d’août et de septembre dernier. Un manque de courage évident.

L’embarrassant de l’année : Jean Charest a doublé, à deux millions de dollars, la somme qu’il demande au gouvernement québécois qui l’a « mis dans l’embarras » à cause de fuites sur l’enquête portant sur l’hypothèse voulant qu’il ait présidé à la plus grande opération de corruption politique du Québec moderne.

La vacherie de l’année : Maurice Duplessis avait offert au nouveau chef libéral, Georges-Émile Lapalme, de se présenter dans une partielle sans opposition du parti de gouvernement. François Legault n’a pas eu cette élégance envers Paul St-Pierre Plamondon dans Marie-Victorin.

Ailleurs, c’est pire !

Les voisins violents : Une majorité d’électeurs républicains estiment que Donald Trump a vraiment gagné l’élection de 2020. Cela n’aurait aucune importance si cette conviction était équivalente aux 15 % qui croient toujours qu’Elvis est vivant. Mais les sondeurs sont allés plus loin et leur ont demandé si « l’utilisation de la force est justifiée pour remettre Donald Trump au pouvoir ». En juin, 8 % ont dit oui à cette question d’un sondage du Projet sur la sécurité et les menaces de l’Université de Chicago (CPOST). Cela correspond à 21 millions d’adultes. En novembre, 12 % ont dit au Public Religion Research Institute que « les vrais patriotes américains pourraient devoir user de violence pour sauver le pays », ce qui équivaut à 32 millions d’adultes.

Détail aggravant : le tiers de ces répondants possèdent des armes et 15 % d’entre eux ont servi dans les forces armées. Selon le chercheur Robert Pape, de CPOST, cité dans The Atlantic, ces nombres sont semblables à ceux recensés chez les catholiques d’Irlande du Nord, favorables à la violence, juste avant la création de l’IRA et des décennies d’affrontements armés.

Le palmarès des dictateurs : Les tyrans Vladimir Poutine et Xi Jinping se sont zoomés en décembre et ils n’en revenaient pas de tout ce qui les unit. « Je considère ces relations comme le modèle véritable de la coopération interétatique au XXIe siècle », a susurré Poutine dans une portion de l’entretien retransmis à la télé. Ils se verront, évidemment, aux JO de Pékin en février avec leurs autres copains rétifs aux droits et libertés. Poutine et Xi compareront leurs notes et leurs projets. Xi veut envahir Taïwan. Poutine, l’Ukraine. L’année 2022 leur est propice. Pourquoi ne pas lancer les attaques le même jour ? Ma prédiction : celle de Taïwan se fera après le 8 novembre prochain, date à laquelle l’Américain Joe Biden perdra le contrôle du Congrès, affaiblissant sa position.

Tout ça est glauque, oui. Mais, au moins, ça nous change de la pandémie.


jflisee@ledevoir.com ; blogue : jflisee.org

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