Le trouble-Fêtes

Wall Street ne craint plus Omicron. Cette complaisance ou cette insouciance, c’est selon, comporte un petit air de déjà-vu.

En Bourse, il se dégage depuis une semaine ou deux que les investisseurs ont adopté un optimisme prudent face au variant Omicron. « Les investisseurs ont déjà établi leur jugement sur Omicron et pensent qu’il n’aura pas une incidence importante sur l’économie », disait une analyste de Wall Street, qui a ajouté : « une étude a estimé que le ralentissement lié au variant Delta avait coûté 1 % au PIB américain ; je pense que pour Omicron, ce sera beaucoup moins ».

Alors que les records de contaminations associées à Omicron se multiplient ici et là sur la planète, le S&P 500, indice baromètre de Wall Street, se prépare à terminer l’année avec une poussée de plus de 25 % en 2021, ce qui surpasse le saut de 16 % mesuré l’an dernier et rivalise avec la progression de 29 % inscrite en 2019.

Pourtant, dans ce jeu des anticipations, une grande inconnue demeure : le risque que fait peser le variant sur les chaînes d’approvisionnement et, par ricochet, sur la persistance des pressions inflationnistes. Des distorsions déjà bien ressenties, avec les effets des goulets d’étranglement amplifiés par la pénurie sectorielle de main-d’œuvre.

Cette lecture nous ramène donc à cette belle assurance postrestrictions évoquant une inflation transitoire et des perturbations temporaires sur les chaînes d’approvisionnement, qui résulteraient d’un déséquilibre entre une reprise forte et soudaine de la demande et une offre déstabilisée par la pandémie.

Or, le choc de l’offre se fait plus persistant et obstiné. Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, n’a pu que l’admettre au début de décembre devant une commission parlementaire du Sénat. Il a reconnu avoir mal lu la portée et les conséquences des problèmes d’approvisionnement, une situation qualifiée de sans précédent. Il a ensuite précisé que l’arrivée du variant Omicron pourrait prolonger la persistance d’une croissance de l’inflation au-delà des cibles. Déjà, l’envolée des coûts des produits alimentaires et de l’énergie entraîne des hausses de prix plus fortes et plus durables que prévu, retient-on.

Les inconnues concernant le variant et sa très grande contagiosité pourraient réduire la capacité ou la volonté des gens de travailler en personne et ainsi « ralentir les progrès sur le marché du travail tout en intensifiant les perturbations de la chaîne d’approvisionnement », a-t-il prévenu. Le tout s’inscrit dans un contexte de resserrement du marché du travail, défini aux États-Unis comme étant une « grande démission ».

Statistique Canada soulignait la semaine dernière que le nombre de postes vacants au pays avait atteint un sommet historique de 912 580 au troisième trimestre, une hausse de 79 % par rapport au trimestre précédant la crise sanitaire, et de 62 % par rapport au trimestre correspondant de 2019, une comparaison qui écarte l’effet saisonnier trimestriel. Il se chiffrait à 238 050 au Québec à la fin du troisième trimestre, une progression de 60 % par rapport au quatrième trimestre de 2019 et de 73 % sur deux ans.

Le nombre de postes vacants a augmenté entre le troisième trimestre de 2019 et le trimestre correspondant de 2021 dans 18 des 20 principaux secteurs d’activité, a ajouté Statistique Canada. Dans l’intervalle, la croissance du salaire moyen offert a dépassé celle de l’Indice des prix à la consommation (de 4,3 % au cours de la période) pour 42 %, ou 155, des 373 professions recensées. Des résultats corroborés par ceux de l’Enquête sur la population active de novembre, selon lesquels la croissance sur deux ans du salaire horaire a été de 10 % pour les nouveaux employés et de 6,4 % pour les employés d’expérience.

Puis vint Omicron.

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