La 6G s’en vient (déjà !)

Les télécommunications font la promotion depuis tellement longtemps des réseaux sans fil de cinquième génération (5G) qu’on a l’impression qu’ils demeureront en place plusieurs années. Mais ce ne sera pas le cas. Ou en fait, presque pas, puisque certains équipementiers préparent déjà la venue de ce qui leur succédera : la 6G. On la dit « plus humaine et responsable ». Qui veut croire aux vertus de la 6G ?

Vu comment la 5G a été reçue par une partie du public, les plus cyniques ne manqueront pas de placer ici un calembour bien senti à propos de la 6G. Les tours des fournisseurs seront-elles installées directement sur le toit des écoles primaires ? Une puce 6G sera-t-elle insérée dans une éventuelle quatrième dose de vaccin ? Y aura-t-il une casquette rouge MAGA doublée d’une fine couche métallique assez puissante pour bloquer des ondes qui vont sans doute contrôler le cerveau des gens ?

Rien de tout ça, évidemment. Mais parce que cette technologie verra le jour dans un monde où télécommunications rime avec incompréhension et désinformation, les équipementiers ressentent le besoin de mieux préparer le terrain cette fois. Si bien que, même si l’activation des premiers réseaux 6G publics est prévue quelque part à la fin de la décennie, c’est en ce moment que se décide ce que seront ses principales caractéristiques.

Des réseaux plus durables ?

« Les réseaux 5G ne sont pas encore tout à fait fonctionnels, mais déjà, dans nos laboratoires, nous développons ce qui deviendra dans quelques années la 6G », ajoute Kaniz Mahdi, vice-présidente responsable de la technologie périphérique pour la société américaine VMware.

Selon ce que nous dit l’experte américaine, la technologie 6G sera essentiellement composée des « applications » qui ont été promises par la 5G : une intelligence artificielle personnalisée selon l’utilisateur, des services infonuagiques plus rapides et polyvalents et une puissance de calcul digne d’un superordinateur accessible à partir de téléphones bon marché.

En gros : la 5G ne sera pas « remplacée » par une nouvelle technologie. Elle sera « améliorée », explique Kaniz Mahdi. « Les réseaux 5G étaient une révolution du côté de l’infrastructure. On a élevé le sans-fil au niveau des réseaux filaires à haute vitesse. Avec la 6G, on se concentrera sur les services aux utilisateurs : applications, automatisation et personnalisation. »

La principale grande nouveauté du côté matériel sera l’activation de ce que l’industrie appelle l’informatique de périphérie. Des serveurs des supercalculateurs seront intégrés directement aux antennes partout sur le réseau. C’est comme si les énormes centres de données que les géants technologiques ont construits dans des régions très précises du continent étaient soudainement morcelés et répartis sur l’ensemble du réseau mobile.

En distribuant ainsi la puissance informatique, les réseaux 6G promettent d’offrir une qualité de service égale partout sur le territoire, y compris dans les régions un peu plus éloignées. L’informatique périphérique est cette petite révolution des objets industriels connectés qui promet d’automatiser la production agricole partout en province pour accroître le rendement des fermes de toute taille.

Cette ambitieuse promesse est la même que celle faite en santé avec la télémédecine, en éducation avec la recherche universitaire de pointe et dans le divertissement avec le métavers. Oui, ce même métavers que Facebook (aujourd’hui Meta), Microsoft, Apple et Google voient dans leur soupe ces temps-ci.

Le piège du marketing pressé

 

Si tout cela sonne comme du déjà entendu, c’est que ça a déjà été dit… pour vanter les mérites des réseaux 5G. Et si on rejoue le même refrain, c’est que le secteur des télécommunications a parfois un peu trop hâte de parler de ce qui s’en vient. C’est aussi un peu pour cela qu’on parle de 6G presque dix ans en avance !

Passer à la 5G a exigé des investissements hors normes pour les fournisseurs. Soucieux de rentabiliser le plus vite possible cette dépense, ils ont fait tout le bruit qu’ils pouvaient pour faire adopter la nouvelle technologie. Or, pour l’utilisateur moyen, cette technologie n’a rien de bien révolutionnaire : le chargement des données est peut-être un peu plus rapide, mais c’est à peu près tout.

Il faut dire que la technologie sans fil actuellement utilisée au Canada n’a de 5G à peu près juste que le nom. C’est un travers un peu fâcheux des géants des télécommunications que d’avoir tellement hâte qu’arrive la grande technologie suivante qu’ils vont englober dans son appellation les technologies intermédiaires qui préparent le marché à son arrivée. La même chose a été tentée lors du passage de l’industrie des réseaux 3G, les premiers réseaux numériques qui ont permis entre autres à Apple de commercialiser son premier iPhone au-delà du marché américain.

Les fournisseurs ont rapidement qualifié de technologie 4G des versions plus performantes des réseaux 3G, ce qui a créé une certaine confusion quand les véritables réseaux 4G ont vu le jour. À tel point que, depuis, dans le coin supérieur droit des téléphones intelligents, on voit une petite icône « 4G » lorsque l’appareil est connecté à un réseau sans fil de génération intermédiaire. La véritable 4G s’appelle aujourd’hui LTE, pour Long-Term Evolution.

Dans le cas des réseaux 5G actuellement en service, il manque encore les deux principaux éléments qui définissent cette nouvelle génération de sans-fil : l’absence quasi totale de latence, soit un délai de moins de 10 millisecondes entre l’envoi et la réception d’un signal sans fil, et un débit de transfert des données qui sera à nouveau de cinq à dix fois plus rapide qu’il l’est à l’heure actuelle.

Les premiers réseaux 6G sont attendus au tournant de la prochaine décennie, mais on peut déjà imaginer que les fournisseurs s’empresseront d’en parler le plus tôt possible. D’autant que la 6G sera une évolution plus en douceur de la 5G que cette dernière l’a été par rapport à sa prédécesseure.

Bref, on ne verra donc sans doute aucune véritable application 6G en 2022. Mais on en entendra beaucoup parler.

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