Petite pression sur Québec

Le gouvernement du Canada a rappelé vendredi une mesure budgétaire d’avril qui commandait une hausse du salaire minimum fédéral, qui passera à 15 $ l’heure le 29 décembre. Petite pression sur Québec. Ce salaire minimum touche les travailleurs du secteur privé sous réglementation fédérale et vient fixer un plancher. Pour ceux qui travaillent dans des provinces ou territoires où ce salaire est plus élevé, ce dernier s’appliquera. À l’inverse, c’est le 15 $ l’heure qui prévaudra. Il augmentera par la suite chaque année le 1er avril, au rythme de l’évolution de l’Indice des prix à la consommation.

Le gouvernement du Canada estime que 26 000 employés du secteur privé sous réglementation fédérale gagnent moins de 15 $ l’heure et bénéficieront du nouveau taux. Ils travaillent en majorité en Ontario et au Québec. Selon les estimations, 59 % d’entre eux sont des hommes et 41 % des femmes, lit-on dans le texte de La Presse canadienne. Dans l’ensemble, on dénombre quelque 287 000 personnes travaillant au salaire minimum au Québec, 57 % étant des femmes.

Auparavant, le salaire minimum applicable à ces employés d’organisations de compétence fédérale était, sauf exception, celui de la province où l’employé exerce habituellement ses fonctions. « Cela signifiait que de nombreux employeurs sous réglementation fédérale pouvaient avoir des employés qui occupaient le même poste tout en étant rémunérés différemment, selon leur province d’emploi », a expliqué le cabinet d’avocats BLG.

Ottawa a précisé que l’établissement de ce salaire minimum fédéral indépendant avait été recommandé par le Comité d’experts sur les normes du travail fédérales modernes en 2019. Le secteur privé sous réglementation fédérale comprend certaines industries telles que : les transports interprovinciaux et internationaux, les télécommunications, les services bancaires, l’extraction d’uranium, la plupart des sociétés d’État, le secteur céréalier et les conseils de bande autochtones.

Au Canada, seules l’Alberta (15 $) et la Colombie-Britannique (15,20 $) appliquent un tel salaire minimum. L’Ontario s’ajoutera à cette liste, ayant récemment annoncé une hausse à 15 $ qui entrera en vigueur en janvier. Ce taux est 11 % supérieur au taux général de 13,50 $ l’heure du Québec. Ailleurs, le taux varie entre 11,81 $, en Saskatchewan, et 13,70 $, à l’Île-du-Prince-Édouard.

En octobre dernier, le gouvernement Legault rejetait du revers de la main une proposition du président du conseil d’administration de Cogeco, Louis Audet, qui suggérait d’augmenter le salaire minimum à 20 $ l’heure au nom de la justice sociale et de la réduction des disparités de revenus. Il en résulterait un « choc économique important », avait répondu le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet. « Il faut y aller de manière progressive », avait-il ajouté, tout en laissant entrevoir une « hausse importante » du salaire minimum en mai prochain, notamment sous le coup des pressions sur les salaires qu’impose la pénurie de main-d’œuvre. Le ministre a rappelé la mécanique de calcul retenue par Québec : le salaire minimum doit équivaloir à 50 % du taux horaire moyen, et celui-ci tournerait autour de 26-27 $ dans la province.

Le salaire horaire médian au Québec était en hausse de 3,2 % sur un an en novembre, à 26,04 $, ont indiqué les économistes du Mouvement Desjardins. Et sur la base plus large de la rémunération, les données de l’Institut de la statistique du Québec indiquent que la rémunération horaire moyenne s’établissait à 30,24 $ en Ontario en 2020, 6 % de plus que les 28,20 $ mesurés au Québec. Au-delà du chiffre retenu, dans ce jeu de comparaison, l’Institut du Québec a déjà rappelé que bien qu’il y ait autant d’employés dont le salaire varie entre 26 $/h et 40 $/h au Québec qu’en Ontario, les différences observées se situent surtout aux extrémités de la distribution. Ainsi, le Québec compte proportionnellement plus de salariés dont le salaire horaire se situe entre 12 $ et 26 $ et moins dont le salaire horaire excède 40 $. Il ajoutait que les écarts salariaux étaient particulièrement marqués dans le secteur de la finance, de l’assurance et des services immobiliers ainsi que dans celui des services professionnels, scientifiques et techniques. En outre, on retient qu’une comparaison sur la base du revenu disponible des travailleurs au salaire minimum, une fois soustrait l’impôt payé et pris en compte les crédits et prestations reçus, devient plus appropriée. Et ce, sans omettre le coût de la vie.

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