Discrimination

En éducation, mais pas seulement là, on parle beaucoup et de plus en plus de discrimination. Certaines de ces discussions se font au regard des politiques d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI) qui prennent désormais une place importante, et qui se veulent une manière de lutter contre les discriminations.

Le concept et ses enjeux

 

Le mot « discrimination » et ses dérivés ont typiquement des connotations d’emblée négatives. « C’est de la discrimination », « c’est discriminatoire » sont jetés comme des accusations d’injustice qui prétendent régler une question, très souvent complexe et polémique.

Je pense qu’on va souvent un peu vite en affaires et que la conversation démocratique en général, et le monde de l’éducation en particulier gagneraient à plus de clarté et de précision dans l’utilisation de ce mot idéologiquement très chargé — comme le sont du reste aussi les mots « inclusion », « diversité » et « équité ». Mais restons-en au premier.

Discriminer signifie « établir une différence entre des personnes ou des choses en se fondant sur des critères distinctifs ». Bref : cela veut dire discerner, distinguer, séparer. Cette distinction se fonde sur un critère, une norme, et elle n’est pas que théorique : elle a typiquement des conséquences pour les personnes distinguées.

Certaines discriminations et leurs conséquences sont anodines et ne font pas débat. La personne qui poinçonne votre billet de cinéma distingue les billets valides et ceux qui ne le sont pas, et sur cette base autorisent ou non l’accès à la salle. Ce qui pourrait poser problème ici, c’est l’application de la règle, par exemple si le préposé laissait entrer des amis avec des billets non valides.

On a donc, quand on discrimine, une norme ou règle ; son application ; et des conséquences connues. Quand une discrimination pose problème ou fait débat, ce peut donc être que la règle semble à certains injuste et à d’autres juste ; ou que ses conséquences sont jugées par certains inacceptables ; ou que son application est jugée inadéquate ; ou tout cela à la fois.

Je pense que nos discussions sur les cas de discrimination devraient clarifier en ces termes nos éventuels désaccords, plutôt que de lancer comme une évidence qui prétend clore le sujet : « C’est de la discrimination ».

Applications pratiques

 

Voyons cela en pratique sur de — plus ou moins — récents cas polémiques de discrimination en éducation. Chaque fois il vous revient, si vous n’êtes pas en accord avec la discrimination préconisée, de préciser où se situe votre désaccord et de dire comment vous le justifiez.

Dix sujets de réflexion

 

1. Laïcité : au Québec, on ne permet pas aux enseignantes et enseignants du secteur public de porter des signes religieux. Refuser de suivre cette règle vous ferme les portes de la profession.

2. Une discrimination dite positive est pratiquée à l’Université Harvard : elle favorise, pour la très concurrentielle et convoitée admission, les étudiants afro-américains, même s’ils et elles ont de moins bons résultats scolaires que d’autres demandeurs.

Sous-question : des Américains d’origine asiatique poursuivent en justice l’Université Harvard. Selon eux, un étudiant d’origine asiatique qui aurait 25 % de chances d’être admis en aurait 36 % s’il était Blanc ; un étudiant hispanique aurait 75 % de chances d’être admis avec ces résultats scolaires, et un Afro-Américain 95 %.

Autre sous-question : On rapporte que des personnes mentent sur leur origine raciale pour augmenter leurs chances d’être admis.

3. Aux États-Unis, il est arrivé que des dons d’argent importants faits par des particuliers à une université y aient facilité l’admission de leurs enfants.

4. Sur un formulaire canadien de demande de subvention de recherche, vous devez dire que vous allez privilégier l’embauche d’assistants de recherche conformément à ces fameuses politiques EDI. Un professeur de l’Université McGill, Patanjali Kambhampati, a écrit qu’il ne considérerait que les compétences des candidats. Il assure que c’est ce qui lui a valu le rejet de sa demande.

5. Les livres pour enfants qui présentent une certaine image de certains groupes sont retirés de la bibliothèque. Et pour certains brûlés.

 

6. Les livres pour enfants qui sont signés par des auteurs appartenant à certains groupes sont de facto et pour cette seule raison achetés par la bibliothèque scolaire — si des enfants de ces minorités fréquentent l’école.

7. Les personnes qui postulent pour un poste de professeur en Social Inequality and Social Justice à la University of Toronto at Scarborough doivent montrer leur adhésion à des approches « antiracistes, non-eurocentriques et décolonialistes » de ces sujets.

8. Un poste de professeur en droit public à l’Université Concordia est réservé aux personnes racisées ou autochtones.

9. Un cours de yoga a été annulé en 2015 à l’Université d’Ottawa parce que la professeure était blanche. On le reprend ensuite avec une professeure au nom à consonance indienne… mais qui est née à Calgary.

10. Le prestigieux Journal of the Royal Society of Chemistry a adopté une nouvelle politique sur l’offense. On y lit : « C’est la perception du destinataire qui doit être prise en compte, indépendamment de l’intention de l’auteur. » Un contenu offensant est : « Tout contenu qui pourrait raisonnablement offenser une personne en raison de son âge, de son sexe, de sa race, de son orientation sexuelle, de ses croyances religieuses ou politiques, de son statut marital ou parental, de ses caractéristiques physiques, de son origine nationale, de son statut social ou de son handicap. »

À voir en vidéo