L’écart de santé

Le Québec tout entier a poussé un soupir de soulagement mardi en entendant le ministre de la Santé, Christian Dubé, annoncer que des rassemblements de 20 personnes seront autorisés durant la période de Noël en guise de « récompense » pour les vaccinés.

Il a assuré que cet assouplissement n’avait rien à voir avec le souhait que le premier ministre Legault avait émis avec une insistance qui ressemblait à un avertissement lancé à quiconque s’aviserait à jouer au Grinch.

Malgré la hausse significative des nouveaux cas de COVID-19, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a surmonté lui aussi ses hésitations initiales. Il parle maintenant d’un « risque calculé » qui se justifie par la stabilité des hospitalisations. Tant mieux si la santé et la politique trouvent également leur compte.

Il faut sans doute se féliciter que la situation épidémiologique nous épargne la morosité des Fêtes de l’an dernier, mais force est de constater que le nombre de nouveaux cas demeure systématiquement plus élevé au Québec qu’en Ontario, non seulement par tranche de 100 000 habitants, mais également en chiffres absolus.

Alors que la province voisine compte deux fois plus d’habitants, on y recensait mercredi 1009 nouveaux cas, par rapport à 1367 au Québec. Il est possible que le dépistage y soit moins précis, mais les plus malades aboutissent quand même à l’hôpital. Or, au prorata de la population, les hospitalisations demeurent nettement moins nombreuses en Ontario.

À l’Assemblée nationale, les partis d’opposition ne cessent de harceler le gouvernement, auquel ils reprochent sa piètre gestion de la première vague, plus particulièrement l’hécatombe survenue dans les CHSLD au printemps 2020.

Le premier ministre aura beau répéter ad nauseam qu’il a fait son possible avec l’information dont il disposait, cela demeure un peu court quand 4000 personnes âgées sont décédées, souvent dans des conditions inhumaines.

À ceux qui réclament la tenue d’une enquête publique indépendante, il réplique que plusieurs enquêtes sur les CHSLD ont déjà été réalisées ou sont toujours en cours et il leur reproche de ne pas faire confiance à ceux qui les mènent.

Chaque semaine qui passe soulève de nouvelles questions sur cette période sombre auxquelles il faudra bien répondre un jour, mais il faudrait aussi savoir pourquoi, alors qu’on en est maintenant à la cinquième vague, le Québec fait toujours figure de cancre face à son voisin.

De façon générale, le gouvernement Legault a pourtant adopté des mesures sanitaires plus hâtives et plus contraignantes qu’ailleurs au Canada. La campagne de vaccination a été présentée comme un modèle d’efficacité, et le taux de vaccination est l’un des plus élevés au monde. Sans parler de la « solidarité » et du « courage » des Québécois, que M. Legault n’en finit plus de vanter.

Au cours de la première vague, on s’est interrogé sur le « mystère de Toronto ». On a évoqué la semaine de relâche plus hâtive ici qu’en Ontario, l’entrée plus importante de migrants illégaux, la pénurie de personnel, la réforme Barrette et quoi encore ? Le Québec a repris le dessus grâce au couvre-feu que Doug Ford n’a pas osé imposer chez lui, mais cela n’a pas duré.

Soit, il manque toujours des infirmières, et l’information circule encore mal dans le réseau de la santé, comme en témoigne le rocambolesque épisode des rapports d’inspection dans les CHSLD. Ce qui pose assurément un problème à l’intérieur des établissements ne peut cependant expliquer que la contagion dans la communauté demeure plus importante qu’en Ontario.

La Direction régionale de santé publique de Montréal rapportait mardi que le nombre de nouveaux cas en milieu de travail a presque doublé en deux semaines dans la métropole. Et le variant Omicron n’a pas encore commencé à circuler au Québec.

Il ne faut pas se faire d’illusion : avant d’en être débarrassé, il faudra continuer à vivre avec le virus pendant un bon moment. Raison de plus pour s’inspirer des meilleures pratiques. On a beaucoup appris depuis le début de la pandémie et, grâce à la vaccination, le nombre de décès liés à la COVID est dix fois moindre que l’an dernier. Il reste que certains font encore mieux que nous.

M. Legault se console en évoquant la situation en Europe, mais c’est à l’Ontario qu’il compare le Québec quand il est question d’économie. La réduction de l’écart de richesse entre les deux est même devenue une véritable obsession. Dans sa récente mise à jour, le ministre des Finances, Eric Girard, prévoit qu’il sera comblé en 2035-2036. Espérons que l’écart de santé le sera plus rapidement.

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