Nuvei sous assaut

Spruce Point Capital Management remet cela. L’investisseur militant spécialisé dans la vente à découvert cible cette fois Nuvei. Réaction : l’action de la société montréalaise spécialisée dans les solutions de paiement chute de quelque 40 %.

Dans un rapport accusateur, Spruce Point a soulevé des inquiétudes au sujet de Nuvei et de sa haute direction. La firme d’investissement a également dénoncé une absence de divulgation concernant les entités ayant précédé Nuvei, en plus de critiquer la tendance de la croissance interne et la stratégie d’acquisition de la société de traitement de paiements. Cette sortie exposait les actions de Nuvei à un risque de baisse de 40 % à 60 %. En réaction, l’action est tombée de 40,4 % mercredi, à 73,12 $, après avoir atteint un sommet de près de 176 $ fin septembre.

La firme new-yorkaise a toutefois dû préciser qu’elle détenait une position à découvert sur Nuvei et possédait des titres dérivés susceptibles de bénéficier de la chute du cours de son action. Vendre à découvert consiste à vendre des actions empruntées, qui seront remboursées avec des actions achetées à un prix que l’on souhaite moindre.

La réponse de la société visée est venue. Ce rapport « est intentionnellement trompeur, tire des conclusions inexactes et lance des insinuations ainsi que des attaques ad hominem contre des hauts dirigeants clés, entre autres points contestables. Les attaques personnelles […] semblent avoir été faites dans le but de détourner l’attention des réalisations et des progrès de la Société. Le vendeur à découvert admet qu’il pourrait profiter considérablement de la baisse du cours des actions de Nuvei, aux dépens des actionnaires, des clients et des employés de Nuvei. »

Autant d’accusations et d’allégations de la part de Spruce Point qui restent à valider.

  

Spruce Point vient aussi tout juste de s’attaquer à Lightspeed. Le 29 septembre, la firme reprochait au spécialiste du commerce en ligne de manquer de transparence, de ne pas divulguer suffisamment d’informations pouvant permettre de déterminer sa véritable croissance interne et d’exagérer la taille, la qualité et les perspectives de croissance de ses activités. Lightspeed avait répliqué en affirmant que le rapport contenait « un grand nombre d’inexactitudes importantes et d’interprétations erronées, trompeuses et manifestement destinées à profiter » à l’auteur.

L’action de Lightspeed a chuté de 28 % dans la foulée de ce rapport, pour partir de 147,76 $ et toucher un premier creux à un peu plus de 108 $ le 8 octobre. Elle ne s’en est jamais remise depuis, fermant à 61,41 $ mercredi, après une mise à jour des prévisions financières mal accueillie.

L’histoire retient que le spécialiste de la vente à découvert avait misé dans la bonne direction avec TSO3, une entreprise de Québec spécialisée en stérilisation d’équipement médical. En août 2017, alors que le potentiel haussier de la seconde faisait la quasi-unanimité parmi les analystes, le premier recommandait de vendre l’action, chiffrant le risque de perte à 80 %. Elle amorçait son effondrement cinq mois plus tard. TSO3 a été vendue à une entreprise américaine après avoir perdu 87 % de sa valeur.

En 2018, Spruce Point visait Maxar. Il accusait le « fleuron » du secteur aérospatial bien implanté à Montréal de masquer de manière comptable certaines erreurs commises dans le passé. L’action a immédiatement chuté, pour finalement perdre plus de 90 % de sa valeur en 13 mois.

Spruce Point aura tout au plus « joué de chance » avec Dollarama. Dans un rapport publié à l’automne 2018, la firme soutenait que l’action méritait de reculer de 40 % en raison d’importants vents contraires fondamentaux, de cibles de croissance irréalistes et de pratiques de gouvernance douteuses. L’action s’est repliée de 38 % pour atteindre les 31 $ en décembre. Mais elle affiche un gain de plus de 80 % depuis.

Et le vendeur à découvert aura mordu la poussière avec Canadian Tire. En décembre 2019, il qualifiait les pratiques comptables du géant du commerce de détail d’« agressives », « trompeuses », estimant à 50 % le potentiel d’effondrement de l’action. La chute aura été de 14 %, suivie d’une remontée de 90 %. 

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